Regis Debray, prophète des malheurs d'Aristide et d'Haiti?

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Gerard

Regis Debray, prophète des malheurs d'Aristide et d'Haiti?

Post by Gerard » Mon Apr 19, 2004 4:08 am

REGIS DEBRAY, PROPHETE DES MALHEURS D'ARISTIDE ET D'HAITI ?
Les extravagantes révélations du philosophe à la télévision française

Au cours d'une émission « ARRÊT SUR IMAGES », de France 5 du 11/04/ 2004, consacrée à « l'Actualité, le sacré et les sacrilèges », entre autres, aux réactions contradictoires soulevées par le film de Mel Gibson, La Passion du Christ, Daniel SCHNEIDERMANN, présentateur, interroge Régis DEBRAY sur sa mission en Haiti pour le compte du ministre d'alors des Affaires étrangères, D. de Villepin.
Les extraits qui suivent sont, à divers titres, édifiants du rôle joué par le philosophe et écrivain français dans ce qu'il dit être celui du « météorologue qui annonce l'orage » et qui voulait « faire entendre la voix du réel » au président Aristide, lors de sa première mission en Haiti.
Bonne lecture.
N.B. Les (…) ne suppriment aucun passage essentiel
de l'entretien.

D.S.- Régis Debray, votre mission, là-bas, a consisté en quoi exactement, notamment auprès d'Aristide ?
R.D.- Ce n'était pas une mission auprès d'Aristide. C'était une mission destinée à savoir comment la France pouvait, je dirais, non pas payer sa dette au sens financier du mot, (…) une vieille dette, dite de Charles X,(…), une très vieille histoire qu'Aristide, pour des raisons démagogiques, avait exhumé tout d'un coup.
D.S. - Il s'agit d'un remboursement à la France ?
R.D.- 23 milliards de dollars et quelques centimes. Non, tout cela n'était pas sérieux ! Mais la France a des obligations envers ce pays qui a été créé par elle, puisque nous avons, je dirais, amené, le colon a amené le colonisé, puisqu'il a amené les noirs d'Afrique par la traite. Et nous avons une sorte de responsabilité morale et que nous esquivons depuis toujours et depuis très longtemps. Et aucun président de la république, aucun ministre des affaires étrangères, ne s'est rendu dans ce pays depuis 1804.
r
Or, c'est un pays qui joue dans l'imaginaire noir un rôle capital, puisque ce n'est pas pour rien que l'Afrique du Sud se sent très proche de Haiti, première république noire, premier état indépendant de l'Amérique latine, première révolte anti-colonialiste…
D.S. - On le savait déjà, Régis Debray !
R.D.- Personne ne le savait. (…), Dans les manuels scolaires en France, nous ne trouvons aucune mention du fait que Napoléon a rétabli l'esclavage par décret, qu'il a été battu, avant même de l'être par les Espagnols et par les Russes. Il a été battu par des nègres, des nègres dépenaillés, en 1804 ! Qui sait ça ? Personne !
D.S. - Mais Dominique de Villepin le savait.
R.D. - D. de Villepin est un des rares hommes politiques français, qui soit au courant de l'histoire.
D.S. - Pourquoi il vous envoie là-bas ? Pas pour lui rappeler cette vérité historique qu'il connaît déjà ? Je ne comprends pas pourquoi.
R.D. – Je pense qu'il voulait avoir une vue un peu fraîche, disons un peu extra-diplomatique,
que, avec la liberté de mouvement que donne l'indépendance qui permet de voir à la fois l'opposition, le pouvoir, les rebelles, les clandestins, les insurgés, enfin, bref, une sorte d'ouverture que la diplomatie au sens strict ne permet pas.
D.S.- D'accord. Mais, ça c'est la manière dont vous présentez les choses. Alors, les choses ont été présentées d'une manière beaucoup plus catégoriquement, - pas sur les grands médias, qui ont été assez flous par rapport à votre mission -, mais sur un certain nombre de sites internet. Vous savez qu'ils sont aujourd'hui très influents (…), Vous avez notamment été mis en cause sur le site du réseau Voltaire (…)
R.D. – Pourquoi faites vous cas de ce genre de choses ?
(…)
D.S. – Alors, justement, comme vous êtes là,, vous nous donnez l'occasion de rétablir (…), c'est vous qui allez nous le dire en répondant, parce que, quand même, ce qui est dit est extrêmement précis.(…) On y explique que vous avez poussé à la démission du président Aristide, au cours d'une mis
sion, au cours de laquelle vous étiez accompagné par la sœur de D. de Villepin, Véronique Albanel. Voilà. C'est parfaitement clair. L'information a été reprise sur de nombreux sites hispanophones, anglophones et du monde (…) Et l'ancien président Jean-Bertrand Aristide a déposé une plainte contre X, pour menaces, menaces de mort, enlèvement et séquestration, plainte dont l'AFP nous apprend qu'elle vous évoque nommément. Alors, est-ce que vous avez rencontré Aristide et est-ce que vous lui avez conseillé de démissionner ?
R.D.- J'ai rencontré Aristide, plusieurs fois, et une fois, effectivement en compagnie de V.Albanel, qui ne faisait pas partie du comité que je préside, en tant que sœur du ministre de l'Education (sic), mais en tant que personne qui s'était engagée en Haiti, depuis longtemps, auprès d'une communauté religieuse, appelée « Fraternité universelle », et notamment qui travaille au centre de Haiti, dans le monde des paysans, des exclus.
D.S. – Alors, qu'est-ce que vous avez demandé à Aristid
e ?
R.D. – J'ai essayé de raisonner Aristide. (…) J'ai demandé à le voir en privé pour lui dire en gros ceci : « Monsieur le Président, vous avez incarné un espoir considérable. Actuellement, votre message ne passe plus. Vous n'êtes plus entendu. Il y a un blocage de la situation. Je crains, lui ai-je dit, comme peut dire un météorologue qui annonce l'orage, que les choses vont aller de mal en pis pour vous. Il me semble que vous seriez sage de faire comme le général De Gaulle, ou comme d'autres grands personnages, de quitter le pouvoir, pour y revenir ensuite. »
D.S. – Vous lui avez dit ça : « pour revenir ensuite » ?
R.D.- Evidemment, je lui ai dit « restez chez vous, et surtout avec tous les militants qui ont cru en vous, et peut-être que l'avenir vous donnera raison. »
(…)
D.S. – S'il a vraiment perdu pied, s'il est vraiment un « tyranneau », comme vous le disiez au début de l'émission, qu'est-ce qui pourrait faire qu'il revienne ensuite ?
R.D ; - Ecoutez, on peut toujours compter d'ab
ord sur la raison des gens, le bon sens, le fait que tous les Haitiens se battaient devant sa porte, et qu'il regardait peu par la fenêtre, de moins en moins. Il y avait chez lui un repli un peu autiste. Et donc, j'ai voulu lui faire entendre la voix du réel. La voix de la raison. Beaucoup de diplomates n'osaient pas le faire. L'opposition le faisait en criant dans la rue, mais il ne l'écoutait pas. J'ai essayé de lui faire un tableau objectif de la situation et j'ai décrit ce qui allait se passer. Hélas ! Je lui ait dit que les Américains vont venir et vont vous mettre dehors. Ne laissez pas faire ça. Prenez les devant, gardez l'initiative !
D.S. – Il a réagi comment ?
R.D. – Comme toujours, avec le sourire, un sourire incrédule, car Aristide est un homme complexe. Je ne veux pas surtout le réduire à ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire, un despote assoiffé de sang, etc… C'est aussi un homme de culture. C'est un homme qui parle l'hébreu, c'est un homme qui a été à Jérusalem faire des études de théologie. C
'est un homme qui parle plusieurs langues. C'est un homme, je dirais, qui a surtout représenté, sans doute pas le messie, comme il le croit, mais qui a représenté l'espérance de gens exclus de tout pouvoir depuis 200 ans. Donc, qu'il faut prendre au sérieux, et je l'ai pris au sérieux. Et j'ai voulu l'aider. Ensuite, il est entouré malheureusement de gens, disons, qui n'ont pas les mêmes vertus que lui, et qui sont des gens qui ont monté ce genre de légende, comme quoi, je faisais partie d'un complot.
(…)
D.S. – (...) Il y a tout de même un petit fond de vérité, Régis Debray. (…) Mais, en fait, c'est ambigü ! Vous êtes quand même mandaté par le ministère des Affaires étrangères français !
R.D. – Je préside un comité indépendant, qui est dit indépendant. Un comité indépendant ! Dix personnalités spécialistes de Haiti à des titres divers dont un prêtre d'ailleurs, le père Gilles Danroc, un dominicain, dont des agronomes, dont des historiens etc… Nous sommes un comité indépendant.
D.S. – Mandaté pa
r le gouvernement français.
R.D. – Mandaté par le gouvernement français, comme sont beaucoup d'autorités administratives indépendantes, ou beaucoup de comités informels. Le mien s'est dissous. Nous avons remis un rapport. Autrement dit, vous n'essayez pas d'aider les gens !
D.S. – Moralité de l'affaire !
R.D. – Moralité de l'affaire !

Après les extravagantes révélations de son invité, qui laisse entendre, entre autres, qu'il aurait rencontré les rebelles, les clandestins, les insurgés, le présentateur de France 5, ne souhaitait visiblement pas le gêner outre mesure, celui-ci devant encore se prononcer sur le film de Mel Gibson, et autres faits d'images.
Le philosophe avait déjà évoqué dans son rapport la « conception schizophrénique de la légalité » de l'ex-président, parce que celui-ci refusait d'obtempérer à la pression française, et suggéré l'envoi d'une force de paix !, qu'il faut bien qualifier, aujourd'hui, d'occupation franco-américaine ! Alors, simple « prophétie » ou vrai complot
? Le peuple Haitien en jugera !
On a du mal, en tout état de cause, à imaginer la scène inverse, où un émissaire Haitien, - par exemple, l'écrivain Réné Dépestre, qui a approuvé le rapport R.Debray, ou encore l'économiste Gérard Pierre Charles, de la Convergence démocratique, qui approuve l'occupation étrangère -, viendrait, sous les ors de l'Elysée, annoncer au président français la débâcle électorale du 28 mars, et lui faire « entendre la voix du réel » !

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