Où allons-nous? - Un appel de Edouard Mangonès

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Où allons-nous? - Un appel de Edouard Mangonès

Post by » Fri Jan 23, 2004 9:11 am



Où allons-nous?

Edouard Mangonès

edmangones@comcast.net

11 Janvier 2004

LAUDERHILL, Florida - L'histoire se répète-t-elle? Un exemple classique d'un fou furieux, c'est quelqu'un qui fait constamment la même chose, s'attend à des résultats différents et s'étonne de ne pas les avoir. Sommes-nous en train de perpétuer la folie haitienne ?

Aujourd'hui, c'est le tour de Jean-Bertrand Aristide de faire face au jugement national pour crimes contre la nation. Il n'y a aucun doute qu'Aristide mérite cette place à l'échafaud politique. Et pourquoi cet honneur? Aristide est, tout d'abord, un incompétent. Ensuite, il violé les droits des citoyens, c'est un populiste démagogue et un mégalomane aigri. Il est un chef de gang mafieux et vraisemblablement le padrino des trafiquants de drogue qui opèrent avec impunité en Haiti. Il s'enrich
it au dépens du peuple et sa priorité est de se maintenir au pouvoir à tout prix. Il a trompé et trahi le peuple. Il contrôle une police corrompue et violente doublée de chimès assassins recrutés de la masse des lumpens à travers le pays, qui répondent aux ordres du baron pour attaquer, brûler, violer, assassiner sur commande. Aristide est le mal incarné. Mais, est-il la seule source de nos maux? Et après lui? Où allons-nous?

Les participants aux manifestations massives qui se déroulent à travers la nation haitienne sont unis dans leur opposition à Lavalas et son chef Aristide et par leur désir de s'en débarrasser. Mais quoi d'autre est-ce que les étudiants, les intellectuels, les partis politiques, les féministes, les paysans, les commerçants et industriels, la presse, la société civile et les simples citoyens ont-ils en commun? Et existe-t-il un objectif commun? Où allons-nous ?

Les groupes armés de Gonaives représentent un autre aspect de l'opposition à Aristide. Ce ne sont que des zen
glendo, ex-chimès qui considèrent l'assassinat d'Amiot Métayer comme un abandon et une trahison d'Aristide. Ils sont déçus d'avoir perdu leur pouvoir-sur-le-béton jadis octroyé par le Chimè-en-Chef Titide, et veulent se venger du meurtre de Métayer.

Les étudiants universitaires, unis dans leur répugnance contre l'attaque sur l'Inaguei, munis de leur enthousiasme et de leur fougue idéologique font preuve d'un courage exceptionnel face à la violence à laquelle ils ont été soumis et continuent à confronter de jour en jour. Ils sont appelés à jouer un rôle important dans l'avenir de notre pays. En fait, l'avenir, c'est eux.

La Plate-forme Démocratique, coalition-sur-le-terrain, comprend bon nombre de partis et personnalités politiques qui s'offrent à la nation comme alternative saine au règne de Lavalas.

Le Groupe des 184, représentant – pour le moment - la société civile, a saisi le taureau par les cornes et, à travers son porte-parole Andy Apaid, Jr., a pris une position de leadership d
ans la lutte pour forcer la démission de Jean-Bertrand Aristide de la présidence. Ce groupe a présenté à la nation une proposition de contrat social qui fait état des grandes lignes sur lesquelles les différents secteurs du pays devraient se pencher pour arriver à des solutions collectives. Leur Caravane de l'Espoir qui, l'année dernière a envoyé des délégations à travers le pays pour des réunions plus ou moins symboliques avec des membres du leadership de ces localités, a fait preuve de très bonnes intentions. La liste des organisations faisant partie de 184 est impressionnante et va certainement dans la bonne direction. Mais il semblerait que l'excellente préparation de 184 qui promettait finalement de représenter l'avant-garde d'un mouvement de dialogue et d'inclusion nationale sans distinction de couche sociale, ait souffert d'une maladie de détermination ou tout au moins d'une carence d'énergie. Bien que la proposition de contrat social reflète une position qui se voudrait démocratique et inclusive, e
lle ne demeure malheureusement qu'une proposition. « La mise en œuvre de cette quête du vouloir vivre ensemble » promise par 184 n'a pas été réalisée. Ce n'est pas étonnant, considérant que 184 est très occupé ces jours-ci à organiser les manifestations quasi-journalières destinées à forcer la démission d'Aristide.

Ces manifestations et grèves sont des actes courageux, mais il n'est pas évident que la stratégie de l'opposition aboutira à la chute d'Aristide. Premièrement, Aristide bénéficie d'une position constitutionnelle et il semble que l'opposition a opté de rester strictement dans la constitutionalité. La formule de transition proposée par 184 suggérant de choisir comme remplaçant d'Aristide un juge de cassation indique le caractère constitutionnel de sa stratégie. Jouant donc le jeu de la constitutionalité, Aristide envoie sa police «mettre de l'ordre » dans les rues, fait escorter les manifestants, « protège » ces manifestants contre ceux qui les attaquent, proclame être la victime d'un compl
ot de déstabilisation mené par les bourgeois et s'enfonce confortablement dans son fauteuil présidentiel. Il n'a pas du tout l'air de vouloir démissionner. Sur le plan politique, si les Américains, les Français, les Canadiens ou même l'OEA décideraient d'appliquer une forte pression sur Aristide, il accepterait peut-être de prendre l'exil, mais là encore, ce n'est pas évident. L'opposition pourrait adopter le chemin politique ou révolutionnaire, prendre les armes et mener une lutte armée contre Lavalas, mais ce genre d'opposition n'existe pas pour le moment. Et même si on y parviendrait, un renversement armé serait considéré comme un coup d'état même s'il était de nature révolutionnaire.

Que va-t-il donc se passer? Si l'opposition tient le coup, si les manifestants ont l'estomac pour ramasser les morts qui s'accumuleront par la violence des chimès et de la police contre les manifs, le reportage de la presse traditionnelle internationale commencera finalement à faire état des crimes et des abus pe
rpétrés par ce gouvernement décrété hors-la-loi par l'opposition. La presse et l'opinion publique américaines arriveront peut-être à influencer George W. Bush à prendre une position contre Aristide, ce qui ne serait pas tout à fait une mauvaise idée pour lui, à la veille de sa campagne de réélection, vu qu'Aristide est aujourd'hui à son poste, grâce au Démocrate Bill Clinton. Serait-ce la stratégie de la coalition actuelle? Contester Aristide dans les rues, se faire attaquer par des chimès et la CIMO, souffrir des pertes de vie et attendre que la violence de Lavalas soit si dramatique qu'elle nous vaudrait la pitié de l'oncle Sam qui, une fois de plus, viendrait à notre secours ?

N'avons-nous rien appris ? Pensons-nous que les Etats Unis - ou n'importe quel autre pays - ont la moindre intention de nous aider à résoudre nos problèmes ? Chaque pays est préoccupé par ses propres problèmes et leurs actions politiques ou commerciales sont dirigées vers leurs propres besoins. C'est à nous, haitiens de no
us sortir de notre gouffre par nos propres moyens.

Qu'est-ce que nos partis politiques ont fait pour mériter le nom de partis politiques ? Des articles circulent à travers l'Internet critiquant le plan de transition proposé par 184 et offrant comme alternative la nomination de Leslie Manigat comme Président provisoire. Pourquoi nous acharnons-nous à apporter notre support à un homme, une personnalité ? Le culte de la personnalité ne représente qu'un paternalisme malsain qui n'a jamais servi à quiconque autre que les personnalités dirigeantes elles-mêmes. Ces plans de transition politique ne s'adressent qu'à une question tactique et ignorent les questions stratégiques qui devraient être présentées comme plate-forme politique. Quels efforts ont été faits par RDNP et les autres partis et personnalités politiques pour organiser le Peuple sur une échelle nationale ? Des leaders tels que Manigat, Evans Paul, Andy Apaid, De Ronceray… ont certainement de la valeur. Mais leur vraie valeur sera mesurée par l
eur capacité de mener, organiser, de motiver, de gérer, dans leur conviction morale, dans leur éthique, leur honnêteté, et surtout dans leur amour pour leurs concitoyens et concitoyennes de toutes les classes en commençant par les plus démunis !

Il n'est pas complètement inconcevable que les circonstances conspirent à pousser à la démission de Jean-Bertrand Aristide. Dans un cas pareil, que nous offre-t-on comme alternative? Pas grand chose, il semble! On parle de transition politique, on parle d'un contrat social, on parle de sécurité. On parle de toutes sortes de projets mais personne, PERSONNE n'a encore présenté une plate-forme politique et un plan de développement intégré qui répondrait aux besoins de la nation.

C'est aussi possible qu'Aristide arrive à tenir le coup jusqu'à la fin de son mandat. Dans un cas pareil, les partis politiques et autres leaders doivent se servir de cette période qui représente une opportunité sans pareil pour faire le travail d'organisation nationale qui de
vrait déjà être en cours. Les leaders doivent communier avec le peuple. Ils doivent communiquer, consulter, éduquer, apprendre, mener, planifier; ils doivent sentir la condition du paysan, ils doivent la vivre et la comprendre avant d'oser s'octroyer le droit de s'offrir comme leaders capables de résoudre les problèmes de la population. Ceci n'implique pas que les paysans sont les seuls citoyens qui méritent l'attention des leaders. Les populations urbaines, les travailleurs d'industrie de transformation, la classe moyenne, les étudiants, les artistes, les intellectuels, les industriels, les commerçants, les Haitiens de tous les secteurs contribuent à la marche - ou absence de marche - du pays, et leur bien-être collectif est l'objectif d'une politique nationale saine.

La démocratie implique le plus grand bien pour le plus grand nombre. Elle préconise la participation de tous les citoyens. Elle inclue des idéologies divergentes et encourage la libre expression et l'opposition. Elle requiert le dial
ogue, les compromis. Elle accorde les droits et exige la responsabilité. Elle protège les droits de tous les citoyens et applique la loi fermement, sans parti pris, sans favoritisme. Elle ne tolère aucune forme d'anarchie. La démocratie n'est pas un système américain ou français. Le « one man, one vote » n'est qu'un aspect de l'application de la démocratie occidentale. Les communistes se disent démocrates. La démocratie ne demande pas qu'un peuple soit sophistiqué ou hautement instruit. Ce qu'exige la démocratie, c'est la participation de tous au profit de tous. Le gouvernement est formé par le peuple, pour le peuple. La gérance gouvernementale doit également être – exclusivement – au service du peuple. L'application de la démocratie en Haiti offrira une opportunité sans pareille de coopérer, de communiquer, d'inspirer, d'apprendre, d'instruire, d'instaurer la responsabilité individuelle et collective. Elle servira de moteur au développement La démocratie haitienne doit être basée sur les réalités h
aitiennes et y apporter des solutions bénéfiques.

Il est louable de proposer des idées et des grandes lignes à être débattues démocratiquement comme le fait 184 dans sa proposition de contrat social, mais quand tout le monde attend qu'un consensus miraculeux sorte d'une rencontre fabuleuse d'idées émises par les factions divergentes de notre chère nation, nous nous retrouvons dans une super-démocratie libérale à l'attente de la manne du ciel. Il incombe aux leaders de mener. Il incombe aux leaders d'étaler leur plate-forme et leur plan d'action, quitte à le soumettre à une approbation générale. Il incombe aux leaders d'être en mesure de gérer le bien public et d'en faire état au préalable. Il incombe donc aux leaders de dévoiler leur plan et de nous expliquer où nous allons !

En tant que citoyen haitien, pour l'instant de la diaspora, et au nom du peuple haitien, je fais appel urgent à toutes les organisations de l'opposition et particulièrement aux leaders, de se mettre au travail immédiat
ement pour élaborer un plan national pour nous expliquer comment nous allons finalement sortir de notre sort jusqu'ici permanent de pauvreté, de sous-développement, de malnutrition, de faim, de mortalité prématurée, de chômage, d'érosion, de manque d'irrigation et d'eau potable, de déboisement, d'analphabétisme, du manque de professeurs qualifiés, de brutalité, d'abus de pouvoir, de racisme, d'élitisme, de sexisme, de manque d'hygiène, d'absence de soins médicaux, de manque de routes et d'électricité, de bidonvilles urbains, etcetera.

J'exhorte mes concitoyens et concitoyennes à exiger de nos leaders qu'ils nous présentent leur plate-forme politique et leur plan de développement.

Le PLAN de développement national doit comprendre un inventaire complet de notre condition, l'analyse de notre réalité, la création d'un plan d'infrastructure, l'interconnexion des projets, l'établissement de priorités, l'évaluation de toutes nos ressources - naturelles aussi bien qu'humaines – en incluant la diaspor
a, un plan d'exécution, un délai fixé, et un budget. Comment financer notre développement devra être l'objet de délibérations après avoir établi le budget. Avec une volonté inébranlable, nous arriverons à accomplir tout ce que nous nous proposons.

L'élaboration du plan doit inclure la participation active de la classe paysanne et ouvrière. Les étudiants universitaires pourraient faire partie des recherchistes et statisticiens qui font l'inventaire national.

Il est évident que ce plan ne peut pas exister dans l'absence d'une plate-forme politique qui répond aux nécessites nationales. Nous devons établir certains principes de base qui répondent à nos besoins collectifs. Pour citer un exemple, notre gouvernement doit prendre les mesures nécessaires pour aider et protéger notre production nationale agricole, artisanale et industrielle – oui industrielle aussi, car nous pouvons et nous devons nous industrialiser, pas à pas. Notre gouvernement doit, en somme, adopter une philosophie et une gér
ance politique qui met l'accent du développement de la nation haitienne, de la base au sommet, et non du sommet a la base tel que nous l'avons toujours fait.

Les partis politiques feraient bien de réagir à l'appel de la population. Les partis politiques feraient bien d'aller au delà de la proposition du contrat social du groupe de 184, aussi noble qu'elle soit, et de se mettre au travail immédiatement pour l'élaboration et la présentation au peuple haitien de leur plate-forme politique et de leur plan détaille pour le développement intégré d'Haiti.

Nous ne voulons pas d'Aristide, mais nous tenons à savoir où nous allons !

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