Les Organisations Populaires Lavalas

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Les Organisations Populaires Lavalas

Post by » Wed Jan 21, 2004 2:16 am


Les Organisations Populaires Lavalas dans la politique Haitienne
Pierre Rodrigue Saint-Paul
Mai 2002

A la fin du mois d'avril, les Organisations populaires Lavalas (OP) ont fait parler d'elles en manifestant bruyamment dans divers quartiers de Port-au-Prince. On savait, depuis 1990, qu'elles apportaient régulièrement leur concours au pouvoir Lavalas, lorsque celui-ci est en danger. Ce fut le cas au moment du coup d'Etat de Roger Lafontant en janvier 1991, de celui de Cédras en septembre 1991, de l'attaque de l'Ecole de Police en 2001, et tout récemment, de la tentative d'assassinat contre le président Aristide du 17 décembre 2001. Dans bien des cas beaucoup de leurs membres ont perdu la vie et versé leur sang.
Ce rôle politique joué par ces organisations, issues des entrailles des masses populaires pauvres, leur a valu
la haine des profiteurs de tout poil de la société haitienne. Raoul Cédras voulait les éradiquer définitivement par une campagne d'extermination. Certains ambitieux n'ont pas trouvé de termes assez méprisants pour les qualifier. Chacun se souvient du terme "chimères" exhumé de la mythologie pour les stigmatiser.
Mais qu'y a-t-il de chimérique à manifester ses opinions, à revendiquer ses droits à manger, à se soigner, à étudier, à ne pas être bastonnés selon le bon plaisir d'une soldatesque? Le rêve de certaines gens de bien serait de pousser le gouvernement à réprimer ces nèg pieds sales, "sans éducation", pour laisser la politique aux gens de bonne société. Cette solution n'est ni bonne ni démocratique. Oui, il y a un grand problème d'éducation du haut en bas de la société haitienne. N'est-ce pas un manque d'éducation politique d'encourager un embargo économique injustifié qui aggrave les souffrances de votre propre pays?. L'exemple d'un comportement civilisé doit normalement venir d'en ha
ut, chez ceux qui ont bénéficié des pauvres ressources du pays pour accéder au savoir. La première règle de civilisation est d'accepter de contenir ses appétits personnels dans l'intérêt du groupe.
Ainsi en ce mois d'avril les OP ont manifesté pour rappeler au gouvernement que les pauvres souffrent gravement du chômage, et de la dégradation des infrastrutures.
Des personnes intéressées ont qualifié ces manifestations de désordre et d'anarchie. Elles se sont empressé de crier haro sur Aristide. D'autres y voient des fauteurs de troubles malintentionnés. En réalité l'intérêt de la démocratie n'est pas de refuser les droits inscrits dans la constitution à une partie de la population, parce qu'elle est pauvre. L'intérêt de la démocratie est que tous les secteurs de la population puissent exercer tous leurs droits dans le cadre de la loi et sous sa protection.
Les Organisations populaires ont intérêt à bien se former, à bien s'organiser pour mener des actions plus efficaces, dans le
cadre de la loi, tant que leurs adversaires en fassent autant. Elles doivent elles-mêmes empêcher des provocateurs d'infiltrer leurs rangs pour les discréditer. C'est ainsi que, exerçant intégralement leurs droits et devoirs constitutionnels, elles peuvent devenir un acteur puissant et responsable du système politique haitien.
Quant aux gens qui se sentent concernés par l'avenir du pays, ils doivent reconnaître que tous les citoyens, même les plus pauvres, ont ègalement des droits. Les responsables socio-politiques ont le devoir de favoriser la participation des organisations de base en les aidant à développer des initiatives économiques, en se préoccupant du fonctionnement des infrastructures nécessaires à la vie quotidienne.
La solution des problèmes ne peut pas se faire du jour au lendemain. Mais il faut que la population puisse constater que des efforts sont engagés en sa faveur et non en faveur des mêmes privilégiés. Les décideurs publics et privés ont l'obligation de tenir ouverts des
canaux de dialogue et de participation avec les structures populaires. Une réflexion sérieuse est nécessaire sur l'enjeu d'intégrer la majorité nationale dans la nation. C'est, répétons-nous, la question critique de la problématique haitienne.

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