Gérard Pierre-Charles, dead of heart failure

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Gérard Pierre-Charles, dead of heart failure

Post by admin » Tue Oct 12, 2004 10:28 am

Gérard Pierre-Charles
By MICHAEL NORTON

SAN JUAN, Puerto Rico, Oct 11 (AP) -- Prominent Haitian intellectual and politician Gerard Pierre-Charles has died of heart failure in Cuba, where he was receiving emergency treatment for a lung infection, friends and colleagues said Monday. He was 68.

Pierre-Charles died Sunday, said retired physician Guy Noel, a close friend. He said Pierre-Charles was flown to Cuba on Friday after coming down with the flu.

Involved in politics for half a century, Pierre-Charles was an economist who wrote at least 16 books and a longtime communist whose ideology shifted toward the center after the fall of the Berlin Wall.

He was a leading opponent of his former ally President Jean-Bertrand Aristide up until his ouster in February, accusing him of betraying the poor and drifting toward dictatorship.


"In the current crisis, the voice of Gerard was always the voice of objectivity -- in a country where people are so emotional -- and I personally will miss him," interim Prime Minister Gerard Latortue told The Associated Press in a phone interview Monday.

Though he never held elected office, Pierre-Charles became a top leader of the Democratic Convergence, an alliance that held a series of protests until Aristide left amid a rebellion this year.

Pierre-Charles was born Dec. 18, 1935, in the southern city of Jacmel and was orphaned at 10 when his mother died.

In 1959, he helped found the Party of Popular Understanding, which later was absorbed into the Haitian Communist Party.

Communists faced persecution under dictator Francois "Papa Doc" Duvalier, and in 1960 Pierre-Charles began 26 years in exile, studying economics at Mexico's National Autonomous University.

For years he was allied with Aristide. The two had a falling out in 1997, when Pierre-Charles
accused the former priest of trying to monopolize power.

Pierre-Charles' supporters gathered signatures to nominate his for the Nobel Peace Prize last year.

He is survived by his wife, three sons and a daughter.

Isabelle_

Le Militant Politique

Post by Isabelle_ » Thu Oct 14, 2004 10:37 am

LE MILITANT POLITIQUE

Un long itinéraire pour la paix et la démocratie
Frappé de tuberculose, Il fut interné durant plusieurs mois au Sanatorium à Port-au-Prince. Il sortit profondément renforcé de cette épreuve qui lui permettant de pénétrer dans ce monde de laissez pour compte, l'habilita au plan psychologique, à prendre en mains son destin en lui offrant l'occasion d'acquérir une base solide, par la lecture et la réflexion, à l'humanisme qui a inspiré sa vie.

Gérard Pierre-Charles né le 18 décembre 1935 à Jacmel, ville connue pour ses traditions libérales et sa fécondité culturelle, est issu d'une famille nombreuse de classe moyenne paupérisée. Il n'a pas connu son père Emmanuel, qui fut inspecteur des écoles et professeur de Lettres au Lycée Pinchinat de la ville. Il a connu très peu sa mère, Eva Bernier qui animait
une association nommée Entraide Chrétienne Jacmélienne, décédée quand il avait 10 ans. Il dut donc, très tôt, faire face à la gêne et aux carences de toutes sortes.

Très tôt, il a participé au mouvement d'action culturelle dans sa ville natale. A Port-au-Prince, devenu ouvrier à l'Usine de Ciment, il fut le fondateur du Syndicat de cette entreprise et participa au lancement du mouvement syndical à la chute du président Paul Magloire en 1956. Il était alors militant de la Jeunesse Ouvrière Catholique. Il devint co-fondateur en 1957, de la Fédération Ouvrière qui, sous le nom d'Union Inter- Syndicale d'Haiti, s'efforça de défendre les intérêts des travailleurs dans les débuts du régime de François Duvalier.

Il fut co-fondateur, en 1959, avec Jacques Stephen Alexis le fameux écrivain assassiné par Duvalier, et Gérald Brisson, un brillant économiste, mort au combat, du Parti d'Entente Populaire, d'orientation marxiste, inspiratrice idéologique et politique de la jeunesse intellect
uelle engagée contre la dictature, pour la démocratie et le socialisme.

Il n'a jamais cessé d'exalter les valeurs d'héroisme de ces révolutionnaires des années 60, des femmes et des hommes souterrains de la lutte clandestine qui ont versé leur sang généreux contre le fascisme et pour la libération nationale.

Un exil de 26 ans pour un cri de liberté
En 1960, il dut, comme de nombreux autres Haitiens, abandonner son pays, vue l ‘ambiance de persécution créée par le régime de François Duvalier. C'était le début de cette fuite éperdue de milliers d'Haitiens, de toutes conditions, qui se réfugièrent à l'étranger pour des motifs politiques, exode qui s'amplifia les années suivantes par les effets combinés de la terreur et de la dureté des conditions d'existence.

Durant son long exil au Mexique, ses positions d'intellectuel progressiste et son labeur opiniâtre au service d'Haiti son pays l'ont fait connaître dans ce pays et en Amérique Latine. Figure publique, interven
ant souvent dans la presse et par de fréquentes apparitions à la TV, son nom était mentionné durant des années 1980 par la publication « Quien es Quien » parmi les personnalités les plus connues au Mexique, dans les sciences, les arts, la politique et les affaires.

Etant à l'étranger, il exerça des responsabilités au sein du Parti d'Entente Populaire et du Parti Unifié des Communistes haitiens. Il fut promoteur du Comité Démocratique Haitien de Mexico, une organisation réunissant diverses tendances.

Défenseur des causes les plus nobles de l'humanité
Il se prononça contre l‘intervention militaire des USA en République Dominicaine en 1965. Dès cette époque, il commença, directement avec un groupe de militants clandestins basés en République Dominicaine et réunis au sein de l'Union Démocratique des Emigrants Haitiens, à défendre la cause des travailleurs émigrés et à faire connaître les conditions d'exploitation de ces « braceros » dans les champs de canne, les fameux bateyes,
avec la complicité des oligarchies locales.

Il a été aussi l'initiateur des études dominicano-haitiennes, organisant à l Université de Mexico, en 1971, la première rencontre entre intellectuels et spécialistes des Sciences Sociales des deux pays. Il a toujours plaidé en faveur de l'harmonisation, la collaboration, l'amitié et la coopération la plus étroite possible entre les deux Etats…

Il a contribué, durant les années 70 et 80, par des conférences, des articles et tout un travail d'orientation, avec les mouvements contre la discrimination et pour la promotion des noirs à Panama, en Colombie et au Brésil; il a exprimé, par ses écrits et par des actes, sa solidarité en faveur de la Révolution Cubaine, dans sa signification caribéenne, latino américaine et a niveau du Tiers Monde. Il a aussi défendu le Vietnam héroique, le peuple de l'Afrique du Sud en butte à l'Apartheid, les peuples d'Uruguay, l'Argentine du Chili, du Nicaragua, El Salvador, Guatemala, victimes de la viol
ence et des dictatures militaires.

Au fil de son long itinéraire de combattant de la paix, il a maintenu des rapports étroits avec des associations internationales telles que Amnistie Internationale, l'Association des Juristes Démocrates, le Conseil Mondial de la Paix, la Fondation Lelio Basso, le Conseil Mondial des Eglises, Washington Office for Latin America, les sections de défense des Droits Humains et de promotion de la démocratie de l'Organisation des Etats Américains, de l'UNESCO et de l'Organisation des Nations Unies. Il a été membre du Conseil Mondial de la Paix. Il est membre titulaire de l'Académie Mexicaine des Droits Humains.

Dans ces instances internationales, il a fait entendre sa voix de défenseur des droits humains, en faveur de la solution pacifique et négociée des conflits politiques, la voix d'Haiti en pro de la solidarité.

Cela lui a valu de représenter, durant longtemps, un des principaux porte-parole de la cause de son pays. Haitien, noir
, handicapé, parcourant le monde sur ses béquilles de courage, en quête de solidarité à la lutte de son peuple, son personnage, sa silhouette et sa parole ne pouvaient manquer d'impressionner ceux qui l'écoutaient. Tous ces traits ont fait de lui une figure représentative des minorités exclues, de ces catégories d'hommes sans voix qui, au-delà de leurs particularités ethniques, physiques ou culturelle, portent au plus point et transmettent les valeurs universelles.

De retour en Haiti pour rassembler et reconstruire l'espoir
Gérard Pierre-Charles retourna dans sa patrie en 1986 quelques semaines après le départ du dictateur Jean-Claude Duvalier. Ce retour était l'_expression de sa détermination à continuer sa lutte pour Haiti et, aussi, un choix selon une vision de la militance adaptée à la réalité du pays et du monde.

Il estimait en effet qu'il fallait d'un cadre novateur pour rassembler toutes les forces de progrès oeuvrant pour la transformation du pays dans le sens de la dé
mocratie, du développement et de la justice. Une telle plate-forme de rassemblement était inconcevable dans les moules propres du Parti. Cette conviction le porta à s'en éloigner pour continuer la bataille de sa vie orientée par l'humanisme, son sens de la justice et la volonté d'améliorer les conditions de vie de son peuple.

Ainsi, le professeur Pierre-Charles s'est évertué d‘éduquer les jeunes, de diffuser l'espoir, de signaler au peuple la voie du changement. Son horizon idéologique et politique s'était élargi à partir de ses réflexions sur l'expérience de l'Amérique Latine, théâtre de multiples courants révolutionnaires et de stratégies politiques qui furent remises en question par les faits. Tirant profit des apports critiques des milieux intellectuels à ces expériences pleines d'enseignement, synthétisées entre autres par son grand ami mexicain, le Dr Pablo Gonzalez Casanova, en contact avec le mouvement social revendicatif, il commença à redéfinir sa militance en fonction des nouvelles do
nnes de la situation nationale et internationale. Il se consacra à monter un réseau réunissant des jeunes, des militants venant des divers horizons de la pensée et de l'action, en particulier de la théologie de la libération, des groupements de base et des mouvements paysans, désireux de trouver des instruments efficaces contre la misère et l'exclusion.

Sa quête d'action sociale et de réforme politique efficace l'avait conduit à être un des animateurs de la "Convergence Démocratique et Nationale" en 1990. Il s'agissait d'une initiative d'inspiration non-partisane et patriotique de caractère civique qui convoqua divers secteurs politiques en vue d'un accord électoral pour la présentation d'un seul candidat aux élections présidentielles. Cette initiative conduisit de fait a un appui à la candidature de Jean Bertrand Aristide, prêtre issu de secteurs populaires qui allumait l'enthousiasme des masses et qui, avec son mouvement ‘'Lavalas ‘', gagna les élections de 1991.

Appréciant le
rôle que ce dirigeant pouvait jouer comme représentant des majorités en faveur de l'unité de la nation. Pierre-Charles s'évertua d'orienter ce mouvement et de structurer en son sein, une organisation politique, avec une vision moderne et démocratique. Cette tâche il la poursuivit après le coup d'Etat contre Aristide en 1991 et durant les trois ans du régime militaire subséquent.

Contribuant à organiser la résistance, dans des conditions de risques amplifiés du fait de son handicap physique, il entreprit une action organisée et systématique en vue d'encadrer et d'orienter de nombreux patriotes engagés dans le combat pour la restitution des droits constitutionnels dans le pays et le retour d'Aristide.

Dans cette optique, en même temps qu'il se livre à un patient travail d'éducation dans les milieux populaires et qu'il combat le coup d'Etat et le régime militaire installé, de façon persévérante il continue ses efforts en vue d'organiser et de rassembler les secteurs démocratique
s et populaires.

Aux compétitions électorales de 1995, ce secteur organisé, représentant une tendance de plus en plus autonome, surgit comme la principale force électorale du pays. Sa majorité relative aux deux Chambres lui permit de consolider le parlement pour en faire, conformément aux prescrits de la Constitution, une institution indépendante par rapport à l'Exécutif, exerçant pleinement la prérogative de nommer comme Premier Ministre un citoyen issu de ses rangs.

Une telle avancée, en terme institutionnel, garantissait les principes du pluralisme démocratique. Elle heurta cependant les pratiques du présidentialisme qui entreprit de gagner à tout prix le contrôle du Parlement aux élections partielles d'avril 1997. L'OPL se désolidarisa alors du mouvement Lavalas, adoptant le nom d'Organisation du Peuple en Lutte.

En dénonçant les fraudes qui marquèrent les élections parlementaires, l'OPL alerta l'opinion nationale et l'OEA sur les dérives antidémocratiques
du pouvoir, qui menaçaient les conquêtes civiques prétendant conduire le pays au règne de la violence et de l'arbitraire. Ainsi, l'opposition parlementaire ouvrit de plus en plus l'espace politique, favorisa l'émergence de la presse indépendante et la croissante participation des organisations de la société civile.

La coalition du millenium pour le respect des principes démocratiques.

Dépassant les mirages et faux espoirs du populisme, cette remontée de la résistance au pouvoir fut un fait historique. Freinant l'implantation d'un régime autoritaire, elle donna lieu à un mouvement de citoyens en faveur d'une participation combative aux élections législatives de l'an 2000. Le rejet par l'opposition et d'amples secteurs de la population, des fraudes réalisées durant ces comices suscita la remise en question de leur légitimité par l‘OEA et la communauté internationale.

L'accès à la présidence de Jean-Bertrand Aristide, bien que le peuple, par une ab
stention massive, eut dit non à cette imposture, plongea le pays dans une profonde controverse, provoquant une crise qui dure encore, rendant la population de plus en plus concernée. Au centre de la résistance à cette imposition, l'OPL poursuivit son œuvre de rassembler divers secteurs de la société civile dans un front de refus, la Convergence Démocratique. Cette coalition de centre gauche, des principaux Partis politiques, continua, dans la ligne initiée depuis 1997 par l'OPL, à sensibiliser les principaux pays d'Europe, de l'Amérique Latine et le gouvernement des USA contre ces élections cette entreprise antidémocratique.

Dans cette perspective, Gérard Pierre-Charles eut des rencontres avec Madeleine Allbright, Strobe Talbott, respectivement Secrétaire d'Etat et sous-Secrétaire d'Etat des USA, avec Anthony Lake, ex-Conseiller à la Sécurité Nationale de l'administration démocrate. Les gouvernements de France et du Canada furent aussi sollicités Ces démarches et l'action politique d'autr
es secteurs de la Convergence et de la société civile, en particulier, auprès des actuelles autorités républicaines, amenèrent la Communauté internationale à réagir face au danger représenté par ce pouvoir pour le présent et l'avenir de la démocratie en Haiti.

De là une action soutenue de l'OEA, pour faciliter les négociations entre le Gouvernement et l'opposition et œuvrer à rétablir la normalité constitutionnelle. Ainsi, les campagnes de dénonciation et de mobilisation ainsi que les ardues négociations menées par la Convergence Démocratique renforcèrent, dans le pays et à l'étranger son image positive en tant qu'obstacle à l'absolutisme, porteuse d'une alternative. de progrès.

Face à une opposition acquérant une croissante crédibilité et présence politique, le pouvoir réagit avec violence, contre les Partis d'opposition. Ainsi le 17 décembre 2001 les locaux de ces Partis et les résidences de leurs principaux dirigeants furent pillés et incendiés ; Agression qui affecta le pr
ofesseur Pierre-Charles, coordonnateur de l'OPL, dans son patrimoine familial et intellectuel, le siège de son Parti ainsi que le centre culturel fondé par lui-même et son épouse.

Réagissant avec sérénité à cette dure épreuve en réclamant justice et réparation pour les victimes de ces actes barbares, il en appela au dépassement. Il exhorta les Partis politiques et autres secteurs de l'opposition à continuer le combat démocratique devant avoir raison de la violence, paver la route à la réconciliation et à l'avènement de la paix et du renouveau en Haiti.



Nou pa p janm bliye ou Papi Charles

Johnny Bélizaire

Isabelle_

...Un Mapou terrassé par une grippe

Post by Isabelle_ » Fri Oct 15, 2004 10:21 am

La mort de Gérard Pierre-Charles : Un Mapou terrassé par une grippe
par Leslie F, Manigat

La notoriété intellectuelle de Gérard Pierre-Charles est née à partir de et avec un livre : « L'économie haitienne et sa voie de développement » achevé par l'auteur en 1964, publiée à Mexico puis à Paris, œuvre de jeunesse et alors de controverse, mais œuvre majeure qui est comparativement restée son « magnum opus » et qui a fait sa réputation d'universitaire de valeur à travers la confirmation de vingt années de professorat à l'Université autonome de Mexico et de rayonnement intellectuel en Amérique Latine. Le jeune spécialiste des sciences sociales, embrassant l'ensemble de l'histoire et des dimensions de la science économique haitienne, n'hésitait pas à a
fficher les couleurs : « cet ouvrage n'est pas une photographie de l'économie haitienne d'aujourd'hui, annonce-t-il, …mais en partant d'une définition du mode de production, la recherche des rapports étroits et contradictoires, de caractère interne ou externe, qui gouvernent les phénomènes de distribution et circulation d'exploitation et de paupérisation » (sic). La formulation peut être encore malaisée, mais l'analyse s'organise mieux que le dire du manifeste, en mettant en relief les lignes de force de la situation socio-économique et politique d'alors. Avec une précoce maturité de la méthode « totale-globale ».. C'était déjà, d'un coup, la consécration d'une maîtrise du sujet que lui reconnaîtront ses premiers lecteurs curieux et conquis En tout cas, à l'échelle du pays haitien, Gérard Pierre-Charles devenait progressivement mais sans conteste une figure de proue.

Nous pleurons, avec une telle valeur bien de chez nous bien qu'épanouie sur d'autres rivages de ce continent, la perte d'un nom respec
té qui a fait honneur à l'intelligence haitienne et nous a donné quelques-uns des grands titres de la bibliographie d'Haiti. Combien de nos étudiants n'ont-ils pas connu Haiti à travers les 270 pages de l'état des lieux de l'économie haitienne de l'exilé de Mexico ? Un exil de 22 ans pendant lequel sa silhouette pénible de victime d'une poliomyélite infirmante ne lui permettait point, pour cause de dictature, de venir se reposer et ressourcer dans son Jacmel natal. Cela me rappelle ce sentiment étrange que j'avais de survoler Port-au-Prince dans mes fréquents voyages de Port of Spain ou de Caracas à New York en sachant que la patrie m'était interdite, que je voyais pourtant à mes pieds par un hublot indiscret..

Mais Gérard avait heureusement les continents pour patrie quand, du fait de son option idéologique, il appartenait d'esprit à cette tricontinentale dont la révolution cubaine a fait les beaux jours dans ces temps paradoxaux où Castro, aligné tel qu'il fut, plastronnait cependant dans le mouveme
nt des non-alignés par lequel Nasser, Nehru , Soekarno s'efforçaient de donner un lustre « neutraliste » aux pays du Tiers-Monde en plein conflit Est-Ouest. Gérard Pierre-Charles, conviction et tempérament de gauche, rassemblait sous sa houlette, à Mexico et dans l'Amérique latine, voire à Paris et en Europe de l'Est, ceux qui croyaient alors admirativement dur comme fer que le communisme était l'avenir du monde. Comment faire comprendre que cet être ondoyant et divers à l'occasion, était un dur et surtout un homme entier, conviction et tempérament de gauche échappant de justesse par son intelligence tactique au dogmatisme de la « bêtise au front de bœuf » (Lefèvre) qui a trop longtemps caractérisé certains tempéraments néophytes du marxisme a la Plénakov. Lucien Febvre disait qu'on peut tirer un homme par les bras ou par les pieds, c'est toujours l'homme tout entier qu'on tire. Tel était le cas de Gérard qui était plus que le communiste de service. Sa culture lui permettait de ratisser large, comme j'aime à
dire.

Mon social-christianisme, nourri de Lamenais (Féli), de Léon XIII et de Teihard de Chardin, bien que nous opposant idéologiquement, n'a pas empêché le développement d'une amitié personnelle et intellectuelle réelle que cautionnait affectivement l'amitié plus vieille de Suzy. On se rencontrait, les deux couples et même les deux familles, avec plaisir dans des congrès internationaux aux intermèdes gastronomiques, et c'est Gérard Pierre-Charles qui prit l'initiative de m'inviter à Mexico, dix ans plus tard, à la conférence sur « L'Amérique Latine et la Caraibe » organisée par l'Institut de Recherches Sociales de l'Université de Mexico et par l'Unesco.

L'amitié personnelle, créatrice de connivence, arrivait humainement à transcender l'inimitié idéologique, laquelle s'exprimait cependant à des réunions de stratégie politique où le communisme essayait de prendre le contrôle de l'action unitaire contre Duvalier, notamment aux conférences de Mexico ou de Panama. Il y a eu aussi, plus tard,
notre rupture avec la « convergence démocratique » dont Pierre Charles assumait l'orthodoxie tactique. Il y avait ainsi des hauts et des bas dans l'histoire de nos relations. Mais on avait fini par maîtriser l'idée humaniste de pouvoir vivre ensemble harmonieusement malgré les différences acceptées qui ont cependant toujours fait échouer des tentatives de pourparlers en vue d'un accord direct RDNP-OPL, de parti à parti. Je crois, en Haiti, à la pesanteur historique des idéologies obsolètes ailleurs et des plis d'intérêts y compris matériels, difficiles à défaire une fois pris. C'est une culture de fait accompli.

Un Mapou abattu par une grippe : ce n'est pas une ironie du sort, mais la tragédie d'un destin. C'est que l'organisme même d'un géant mais déjà physiquement lourdement handicapé, avait encaissé tant de coups et accumulé tant d'épreuves dans une vie de lutteur aux cheveux blancs que la cassure fatale d'un brusque débordement de la nature a duré quelques heures à peine, laissant Suzy désemparée
à ne pas pouvoir réaliser que Gérard s'en était allé comme dans un rêve au moment où il allait être mieux. Au lieu de voie de récupération pour rentrer chez soi, il venait d'entrer dans la voie de l'éternité que sa philosophie niait. Il survivra dans la mémoire de ceux qui croient dans la suprématie des oeuvres de l'esprit chez nous comme ailleurs, malgré la furie des descendants des enragés de la révolution française qui disaient de Lavoisier : la révolution n'a pas besoin de chimistes.

Il a été de tous les combats depuis que je l'ai connu adolescent par la médiation de Suzy, alors une de mes premières étudiantes d'histoire à l'Ecole Normale Supérieure à mon premier retour au pays, qui faisait son mémoire de sortie sous ma direction sur l'occupation américaine de 1915 à 1934. Mais celui que je connaissais à peine comme le « promis » de Suzy avant de devenir l'époux de tant d'années de bonheur familial, allait vite marquer son identité personnelle dans la lutte syndicale comme jeune militant de « l
'Intersyndicale » d'obédience communiste. Gérard allait alors combiner jusqu'à les fondre la lutte anti-duvaliériste et la lutte anti-impérialiste. Ce fut sa force et sa faiblesse, depuis son inscription dans les rangs du Parti d'Entente Populaire que le médecin-psychiâtre Jacques Alexis dominait de son ombre tutélaire de grand romancier, jusqu'à l' avènement à la position de secrétaire général du parti communiste unifié où on l'a cru inamovible jusqu'à l'émergence successorale de René Théodore.. Plus compétent que moi retracera l'histoire véridique de Gérard communiste, de son style, de ses succès, de ses erreurs et de ses contradictions. Il n'eut pas à renier publiquement Staline après les travaux du XXème congrès du PCUS avec Kroutchev, à l'heure où d'autres ont déboulonné moralement le « petit père des peuples », et il n'eut pas à être un renégat du marxisme-léninisme quand fut renversé le mur de Berlin en 1989, au point de faire douter quelque fois de la sincérité de son changement de position véritabl
e et profond. Mais Gérard évoluait Il se glissa dans des peaux successives comme autant de « sincérités successives ». De son observatoire de Mexico, cet engagé dans « la lutte finale » a vu Jacques Alexis se faire prendre dans une mésaventure héroique mais donquichotesque » dans le Nord-Ouest d'Haiti, il a vu Brisson se faire tuer à Port-au-Prince le revolver à la main, Dépestre prendre ses distances avec le castrisme de sa jeunesse et de sa maturité. Gérard était capable d'un élan du cœur comme quand il me téléphona de Mexico, encore bouleversé, pour m'annoncer avec ménagement, l'accident mortel qui nous a fait perdre prématurément, un grand historien marxiste haitien plein de promesse en la personne de Benoît Brennus Joachim que mes censeurs de son parti accusaient de « manigatisme ».pour entretenir avec moi une amitié fraternelle admirative. Il n'a gagné tout à fait ni perdu complètement aucune de ses batailles, sauf la dernière, celle que personne de vivant n'a gagnée, sa mort dans une clinique de La
Havane. Mais il a connu les déboires de la vie haitienne avec ses écœurements, mais aussi avec les pratiques politiciennes dont il était un des acteurs manipulateurs comme lors des élections de 1995. Il a usé avec un réalisme parfois non exempt de cynisme, sinon même mésusé du pouvoir sans jamais l'avoir eu à part entière.

Sa vérité d'homme appartient à l'histoire seule révélatrice des grandeurs et des faiblesses individuelles, mais son vécu a marqué en zigzags parfois déconcertants l'histoire du peuple haitien aux espoirs démocratiques de la chute de Magloire jusqu'aux lendemains mal assurés du départ forcé d'Aristide...

A l'heure des bilans, son plus grand mérite politique aura été d'avoir combattu Duvalier, par la parole (« Radiographie d'une dictature ») et par l'action, mais sa plus grande déconvenue coupable aura été d'avoir fait Aristide avec la même arme idéologique : le communisme. Ses illusions d'homme d'appareil à la soviétique ont été mal masquées plus tard par le changement d'appel
lation contrôlée OPL d'Organisation politique Lavalas à l'Organisation du Peuple en Lutte. Fignolé n'avait jamais récupéré d'avoir idéologiquement troqué son MOP (Mouvement Ouvrier Paysan) contre son MOP ( Mouvement d'Organisation du Pays). Arroseur arrosé dans la perception de ses détracteurs, il devint victime de la violence déchaînée de son ancien partenaire devenu son adversaire, persécuteur et cible dans un duel d'autant plus impitoyable qu'il disait vouloir se prêter à un compromis opportuniste et réciproquement insincère, fauteur de confusion dans l'esprit public. Il a continué d'obéir par tactique, avec d'autres, à une Internationale, celle de la résolution 822 de l'OEA mais plus celle qui devait changer le genre humain. Le monde de la mondialisation néo-libérale s'était rétréci aux dimensions des vingt navettes infructueuses de la « shuttle diplomacy » de Luigi Einaudi au char duquel Gérard s'essoufflait à accrocher ses espoirs sans laisser trop percer son fond désabusé. Humilié et même peut-être h
onteux en son for intérieur, mais imperturbablement impassible et activiste, pliant mais ne rompant point. Car lutteur, c'est à dire forgeur d'avenir, il le restait jusqu'au moment de remettre son tablier.

Le meilleur de Gérard Pierre-Charles demeure l'intellectuel universitaire auteur d'une œuvre pionnière source d'inspiration, et le chercheur émérite qui a co-fondé avec Suzy, par le Cresfeld, un centre d'investigation déjà avantageusement apprécié dans l'interrogation du réel haitien toujours à découvrir. Mais aussi il ne faudrait pas sous-estimer, parmi ses performances, l'opérateur idéologique à succès des temps de la guerre froide qui lui laissaient l'illusion que Moscou ne pouvait pas se tromper, qui lui faisaient voir dans le messianisme généreusement égalitariste de Marx un postulat scientifique comme le voulait la théorie de la société sans classe, et qui lui ont valu l'adhésion fidèle de nombreux zélateurs surtout dans la clientèle des jeunes disponibles pour le message marxiste avant mais
aussi parfois après 1989. Quand il en est revenu, ce ne fut plus le même homme, ce qui a gâté un peu sa mue plus tard en social-démocrate observateur à l'Internationale Socialiste. Le temps ne lui a pas laissé l'occasion d'apprivoiser personnellement sa dernière utopie. L.F.M.

Isabelle_

Le maestro n'est plus! par Cary HECTOR

Post by Isabelle_ » Sun Oct 17, 2004 7:47 pm

Le maestro n'est plus!
Hommage à Gérard Pierre-Charles
par Cary HECTOR

Etudiants, collègues et amis proches l'appelaient, avec déférence affectueuse, maestro, bien sûr au Mexique, sa terre d'exil, mais aussi ici et là en Amérique latine. J'en avais, moi aussi, pris et gardé l'habitude, depuis qu'au cours de l'été 1971, on avait lié connaissance et amitié à l'occasion du premier colloque haitiano-dominicain tenu à Mexico sur son initiative.

Pourtant, le militant d'avant-garde de la lutte anti-duvaliériste m'était connu dès les années soixante, à travers ses écrits et sa correspondance ainsi qu'à travers les réseaux de mobilisation patriotique qui ramenaient invariablement vers lui, singulièrement en Europe. Devenu moi-même mexicaniste par inclination professionnelle, j'apprendrai, durant les années 70-80, à connaître de près l'intellectuel de gauche, i.e le sc
ientifique social de mouture latino-américaine, le mari et père de famille radicalement modèle et l'ami généreux, soucieux d'écoute, profondément humaniste et convivial.

Durant ces années de ferveur patriotique anti-duvaliériste et de combats idéologiques pour le socialisme, Gérard Pierre-Charles impressionnnait indistinctement ses auditoires par le courage de ses opinions et convictions. Sans hargne préméditée ou ‘‘le couteau entre les dents'', comme on disait à l'époque, mais avec une détermination inébranlable soulignée par son débit haletant et souvent, lors de ses diatribes anti-fascistes, par l'__expression d'une douleur intérieure que relayaient ses yeux désorbités.

J'ai le souvenir aussi de quelques corps à corps mémorables, cette fois sur le plan académique, notamment durant l'apogée des ‘‘théories de la dépendance''. Que ce soit à Mexico ou ailleurs en Amérique latine, Gérard trônait superbement aux côtés des Theotonio dos Santos, Vania Bambirra (Brésiliens), Pablo Gonzalez Casanova
(Mexicain), Julio Cotler (Péruvien), Heinz Sonntag(Vénézuélien), etc. Il était simplement comme eux, parmi les plus connus et les plus sollicités pour les mille et un colloques, congrès et autres rencontres académiques et para-académiques sur l'Amérique latine et le Tiers-Monde. J'avoue que, venant du pôle universitaire tempéré de Montréal, j'éprouvais une certaine fierté à contempler Gérard ‘‘nous'' représenter avec tant de pugnacité contagieuse mais aussi de savoir-dire universel.

Chercheur titularisé de l'Instituto de Investigaciones Sociales de l'UNAM (Université Nationale Autonome du Mexique), Gérard Pierre-Charles s'est révélé un auteur constant et productif: Génesis de la revolución cubana, México, Siglo XXI, 1976; El Caribe contemporáneo, Mexico, Siglo XXI, 1981; Pensamiento social y político en le Caribe, México, Fondo de Cultura Económica, 1984, sans compter ses nombreuses contributions dans des ouvrages collectifs et autres compilations. Sur Haiti, il s'évertuera à illustrer à chaque fois
l'économiste, le sociologue et l'analyste politique de premier plan qu'il finira par incarner depuis son retour d'exil après février 1986. L'Economie haitienne et sa voie de développement (1965) et Radiographie d'une dictature (1969) auront été les premiers jalons d'une production innombrable et diversifiée (ouvrages, articles, interventions, etc.) jusqu'en 2003-2004. Enfin, il aura contribué au rapprochement intellectuel, académique et politique entre Haiti et la République dominicaine à travers les colloques dont il a pris l'initiative, ses écrits et interventions ainsi que les liens d'amitié qu'il a su tisser avec des leaders politiques et des intellectuels dominicains.

Même si je n'ai pas fréquenté assidûment le leader politique et chef de file que Gérard Pierre-Charles était devenu à partir des années 1995-1996, je suis resté le vieil ami du couple Suzy – Gérard qu'il m'a été donné de connaître et de pratiquer depuis plus d'une trentaine d'années. Même accueil indéfectible de sa voix inimitabl
e: ‘‘banm ti nouvèl-ou''. Et elle d'entonner un faux ‘‘Monsieur Hector'', appuyé d'un large sourire complice de reconnaissance mutuelle. La dernière table partagée avec eux en toute simplicité, comme jadis à Mexico, était rehaussée de quelques tortillas ‘‘en mon honneur'', insistait Suzy. Voilà à peine trois mois.

Enfin, un souvenir récurrent au cours de 2003-2004: la nostalgie émouvante qui travaillait l'homme politique Pierre-Charles pour son passé de chercheur universitaire, avec tout ce qu'un tel univers connotait de joutes intellectuelles, de passes d'armes conceptuelles et théoriques sans répit. J'aurai été le témoin intime de cette bouffée nostalgique en trois occasions: une table ronde du CRESFED sur les relations Etats-Unis/Amérique latine, le colloque du CLED sur les Centres de réflexion (‘‘Think Tanks'') à l'Hôtel Montana(2003) et le colloque de l'ISPOS sur les partis politiques à Moulin-sur-Mer(2004). Comme quoi, Gérard Pierre-Charles aura été de tout temps, malgré qu'il en ait, un ‘‘h
omme en trois morceaux'', pour emprunter une tournure parlante de Roger Dorsinville: le combattant politique, l'intellectuel de la pensée radicale et l'universitaire impénitent.

Notre grand malheur aujourd'hui, et c'est pourquoi notre détresse est si profonde, c'est que la disparition soudaine de Gérard Pierre-Charles entraîne pour nous une perte franche sur chacun de ces fronts. Mais en même temps aussi, une consolation à terme: Gérard peut demeurer vivant en tous et chacun de nous parce qu'il nous aura laissé des semences multiples et fécondes.

A Suzy, sa compagne indéfectible et poteau-mitan de la famille, à Jean, Garry, Daniel et Tania que j'ai vu grandir et mûrir sous le regard toujours attentionné de leur père, j'offre mes condoléances affectueuses et amicales. A l'OPL et aux compagnons de lutte de Gérard, je transmets mes vœux de réconfort citoyen et me permets de dire: au nom de Gérard et avec Gérard, continuez le combat!

Le 13 octobre 2004.

Isabelle_

Gérard Pierre-Charles, homme politique haitien

Post by Isabelle_ » Mon Oct 18, 2004 3:47 pm

DISPARITION
Gérard Pierre-Charles, homme politique haitien
LE MONDE | 13.10.04

L'intellectuel et dirigeant politique haitien Gérard Pierre-Charles est mort dimanche 10 octobre. Il était âgé de 68 ans. Il avait été hospitalisé d'urgence, la veille, dans un hôpital de La Havane, où il est décédé d'une crise cardiaque.

"Gérard Pierre-Charles est une figure démocratique latino-américaine de dimension continentale", soulignait Jorge Castañeda, alors ministre mexicain des relations extérieures, en lui remettant en janvier 2003 la médaille de l'Aigle aztèque, principale décoration mexicaine.

Né le 18 décembre 1935 à Jacmel, au sud d'Haiti, Gérard Pierre-Charles n'eut pas une enfance facile. Orphelin à 10 ans, il fut victime de la tuberculose puis de la poliomyélite, qui l'obligea à utiliser des béquilles durant toute sa vie.

Militant de l
a Jeunesse ouvrière catholique, il s'engage à la cimenterie d'Haiti et participe à la création du mouvement syndical dans les années 1950. En 1959, il fonde, avec l'écrivain Jacques Stephen Alexis et l'économiste Gérald Brisson, le Parti d'entente populaire, d'orientation marxiste, qui rassemble la jeunesse engagée contre la dictature de François Duvalier et donnera naissance au Parti unifié des communistes haitiens (PUCH).

Face à la sanglante répression des "tontons macoutes", Gérard Pierre-Charles quitte Haiti en 1960 et s'installe au Mexique, où il entreprend des études d'économie.

UN INTELLECTUEL MARQUANT

Durant ses vingt-six années d'exil au Mexique, il enseigne à l'Université nationale autonome de Mexico (UNAM), publie plus d'une vingtaine d'ouvrages, dont son classique Radiographie d'une dictature, et s'affirme comme l'un des grands intellectuels progressistes latino-américains. En 1971, il organise au Mexique la première rencontre entre
universitaires haitiens et dominicains. Avec son épouse, l'historienne Suzy Castor, il ne cessera de plaider en faveur d'un rapprochement entre les deux pays qui se partagent l'île d'Hispaniola.

De retour à Port-au-Prince en 1986, peu après la chute de Jean-Claude Duvalier, Gérard Pierre-Charles s'engage dans la lutte pour la démocratisation d'Haiti. Alors que le mur de Berlin tombe, il rompt avec le PUCH et appuie la candidature du jeune prêtre issu de la théologie de la libération Jean-Bertrand Aristide, qui est triomphalement élu président en décembre 1990. Très vite des divergences les opposent.

Contre la volonté d'Aristide, Gérard Pierre-Charles s'efforce de structurer le mouvement Lavalas en un parti moderne. Durant les trois ans de coup d'Etat militaire, de 1991 à 1994, il se bat courageusement pour le retour du président exilé. Les relations entre les deux hommes s'enveniment après la victoire de l'Organisation politique Lavalas, fondée par Gérard Pierre-Charles, aux élections
législatives de 1995.

La rupture est consommée en 2000 lorsque Jean-Bertrand Aristide obtient un deuxième mandat présidentiel dans des conditions contestées. Gérard Pierre-Charles dénonce les dérives dictatoriales de l'ancien prêtre et prend la tête d'un rassemblement d'opposition, la Convergence démocratique, qui se réclame de la social-démocratie.

Le pouvoir réagit avec violence : en décembre 2001, sa maison, son centre de recherches et le siège de son parti sont incendiés par les "chimères", les milices d'Aristide. "Aristide a trahi toutes les valeurs morales qui l'ont porté au pouvoir en 1990. Il s'est converti en un être pervers et maléfique", nous disait récemment Gérard Pierre-Charles. Optimiste dans l'adversité, il ne cachait pas sa "douleur" face à l'incapacité des Haitiens à résoudre leurs problèmes.

"Une intervention étrangère, c'est dur, deux c'est trop", lâchait cet homme dont le sourire et la force tranquille ont charmé ses nombreux visiteurs étrangers.

Jea
n-Michel Caroit

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 14.10.04

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