Menace d'une catastrophe écologique! par J.E. René

Post Reply
Isabelle_

Menace d'une catastrophe écologique! par J.E. René

Post by Isabelle_ » Thu Sep 30, 2004 10:02 pm

Menace d'une catastrophe écologique!

Par Jean Erich René
Agronome-Economiste

Il y a un lien étroit entre l'environnement d'un pays son économie et son tissu social. L'homme avant tout fait partie d'un écosystème. Il ne représente qu'un maillon de la chaîne mais il s'est révélé l'élément le plus destructeur de la nature. Pour satisfaire ses besoins, il n'hésite pas à sacrifier le cadre naturel sans se soucier des retombées négatives. Les dommages sont encore plus grands dans les pays du Tiers Monde où lespopulations défavorisées éprouvent du mal à couvrir leurs besoins fondamentaux sans manifester aucun souci de protection et de conservation de l'environnement. Qui pis est, ces dégradations sont irréversibles et cumulatives. Il suffit d'évoquer la tragédie de Fond Verrettes, de Mapou et des Gonaives pour saisir
l'ampleur du danger qui menace le Peuple haitien.

A l'échelle du pays le processus de dégradation de nos sols consacre la faillite écologique d'Haiti. C'est de l'infantilisme de croire qu'en déplaçant la population on arrivera à résoudre le problème. La racine du mal c'est le comportement anarchique des individus. Donc en déplaçant la population on augmente le problème en le vulgarisant vers d'autres sites d'implantation des sinistrés. Il devient plus dangereux encore d'agir sous le coup de l'émotion en prenant en considération les suggestions fantaisistes de certains leaders en quête d'électorat. Ils ne savent pas ce qu'ils disent! Le problème est plus complexe qu'on ne le pense et mérite une analyse beaucoup plus approfondie.

Les causes qui ont abouti à cette catastrophe de notre environnement sont multiples et diverses. Nous les résumons au nombre de 5:

1.-Le problème est avant tout économique.

Les conditions économiques particulièremen
t difficiles dans lesquelles vivote le Peuple Haitien expliquent au prime abord la dégradation rapide de notre environnement. La nécessité de se nourrir, de se loger force les ménages à sacrifier les ressources naturelles à leur portée. Pour la cuisson des aliments dans nos communautés rurales et au niveau des familles pauvres de nos villes on utilise le bois. Les citadins en général brûle le charbon de bois dans leurs cuisines. Seules les familles aisées et certains membres de la classe moyenne usent un four à gaz ou une cuisinière à fuel.

L'électricité devient un luxe en Haiti. Face à l'augmentation croissante de la population qui est de 2,2 % selon le rapport de 2003 du PNUD, la consommation du bois et du charbon de bois ne fait que croître. L'explosion démographique met davantage en péril nos ressources naturelles.On a relevé une densité de 640 habitants par Km2 agricole.La politique macro-économique de l'Etat haitien doit prendre en compte l'arrière-pays. C'est la base de toute l'économie h
aitienne. Quand nos paysans souffrent le pays se porte mal.Il est un fait certain que si nous ne prenons pas les mesures nécessaires pour combattre la pauvreté en Haiti, nous marchons tout droit vers une catastrophe écologique.

2.-Le problème est légal.

Le paysan haitien n'a pas de terre. Il n'a aucun titre de propriété. La plupart des terres de nos communautés rurales appartiennent aux Grands Dons. Le paysan n'est qu'un simple métayer ou de moitié. Parfois, il n'est qu'un gérant qui n'a comme salaire des habits surannés, des chaussures éculées et d'autres gâteries à bon marché que le propriétaire lui apporte chaque année après le partage du fruit de la récolte. Pour vivre avec sa famille , il tire sa rémunération de la coupe des arbres pour la fabrication du charbon et des fours à chaux. La déforestation sans renouvellement de nos arbres entraine la dégradation de l'environnement haitien. Le paysan sait, qu'il peut être chassé à n'importe quel moment de l
a propriété qu'il occupe de père en fils par conséquent il n'a aucun intérêt à participer au reboisement. La plantation de certaines essences forestières commercialisables aura pour but d'attiser la convoitise du propriétaire et de lui enlever par ricochet sa gérance. En Haiti nous vivons depuis 1804 sous l'empire du Code de Napoléon. Le droit de propriété, de succession et de l'héritage des terres est entâché d'un archaisme suicidaire pour le pays. La transition technocratique par le biais d'un Juge Président, doublé d'un avocat comme Premier Ministre, est mieux imbue que nous de cette entorse légale. Pour résoudre la problématique de la dégradation de l'environnement haitien il faut mettre fin au phénomène d'absentéisme des Grands Dons en accordant aux paysans l'accès aux biens fonciers. C'est la cause principale du déboisement inconsidéré de nos sols. Nos paysans seront appelés grâce à ce sentiment de propriété à mieux les protéger afin de les remettre au descendant qui manifeste le plus grand
désir de se lancer dans les travaux agricoles.

C'est ainsi que les pays avancés règlent le problème de la succession afin d'éviter le morcellement des terres et la réduction du rendement à l'hectare. En Haiti, notre espace cultivable est grevé par des procès interminables de terre qui terminent presque toujours par des drames mortels provoquant l'éclatement de nos familles rurales. Il est temps de s'armer de courage afin d'embrayer une nouvelle vitesse dans le domaine de l'héritage des biens fonciers en Haiti. Toutes les sociétés ont connu le même problème dans le passé et l'ont résolu par la voie légale. Caveant consules!

3.- Le problème est d'ordre social.

L'aspect social de la dégradation de notre environnement n'est pas à négliger. Qui consomme le bois et le charbon en Haiti ? Toutes les couches sociales haitiennes , y compris les familles des dirigeants politiques et des agents de l'ordre qui sont chargés de faire respecter la loi. On compren
d dès lors la dérision des mesures punitives face à la non-observance des dispositions légales. S'il n'y avait pas d'acheteurs ou de consommateurs de bois et de charbon de bois il n'y aurait pas de vendeurs. Sans la demande , l'offre est nulle. Donc c'est au niveau de la demande qu'il faut résoudre le problème du déboisement d'Haiti. Nos boulangers, nos restaurants, nos Dry Cleaning, nos guildives, nos usines de vétiver et d'huiles essentielles ont une consommation très élevée en bois. Certains arbres fruitiers comme le manguier sont recherchés par les usines d'huiles essentielles en lieu et place du mazout à cause de leur grand pouvoir calorifique. L'enjeu est de taille. Le Bureau des Contributions dans toutes nos villes de province et à la Capitale détient la liste complète des unités de production consommatrices de bois . Les Ministères de l'Environnement , de l'Industrie et du Commerce peuvent aisément changer leur régime de production en les obligeant à adopter un autre type d'énergie.

n
4.-Le problème est d'ordre technologique

A l'ère de l'émergence de l'Ile d'Haiti des océans, il est scientifiquement certain que nous avons des mines extraordinaires de calcaire. La marne est présente partout en Haiti. Il n'est plus question de faire usage de la chaux dans nos mortiers au point de déséquilibrer notre environnement. Le Ministère des Travaux Publics doit diffuser un autre type de construction. Nos maçons tant urbains que ruraux doivent être initiés aux techniques de préparation du mortier sans la présence de la chaux. Nous devons divorcer avec la pratique du badigeonnage au lait de chaux de nos maisons et de nos tombeaux. Nous devons motiver la population haitienne sur les conséquences désastreuses de la fabrication de la chaux en décourageant sa production et son usage.

Le Bureau des Mines d'Haiti, selon le rapport de l'ingénieur Claude Prépetit a repéré: " un gisement de carbonate de calcium à haut degré de pureté (98% de CaCO3)
et à haut degré de blancheur (92%)à Calebassier situé à 1.8 km au Sud de Carrefour Desruisseaux (Miragoâne) dans le Département de la Grande-Anse. Les réserves ont été estimées à 20.000.000 tonnes pour une superficie de 1.5 km². Un autre gisement de Carbonate de Calcium pur a été étudié à Paillant situé à 14 km à l'Ouest de Miragoâne. Les réserves ont été évaluées à 140.000.000 tonnes pour une superficie de 1.3 km²." La mise en sac de notre carbonate pourra nous permettre d'évincer la technologie traditionnelle de fabrication de la chaux.

Nous devons initier les Haitiens aux technologies de la préparation de la peinture en faisant appel à des minerais mieux appropriés que recèle notre sous-sol en grande quantité. Il suffit de se rendre à Morne Naché sur la route de Corail-Pestel dans la Grand'Anse pour se rendre compte de la gamme de pigments multicolores dont nous disposons pour répondre à nos goûts artistiques. L'éducation de nos masses pourra nous aider à réduire considérablement la dégradation
de notre environnement.

Sans une alternative à l'utilisation du bois , du charbon de bois et de la chaux il est inutile de prendre des mesures coercitives. Ce mode d'énergie restera en usage en Haiti tant et aussi longtemps que l'Etat Haitien ne leur fournisse d'autres moyens à leur portée. Il revient aux dirigeants politiques de faire preuve de clairvoyance et d'intelligence. Les données géologiques prouvent l'existence de minerais de lignite en quantité suffisante pour la consommation nationale notamment à Maissade. Selon le rapport No 3 (Mai 1999) du Bureau des Mines:"Un gisement de charbon naturel est localisé à 11 km au Nord-Ouest de Maissade dans le Département du Centre. Les réserves sont évaluées à 6.2 millions de tonnes à 2050 kcal/kg de pouvoir calorifique pour une superficie de 2.2 km². Ces réserves peuvent être utilisées pour la production de 40 mégawatts d'électricité pendant une période de 13 à 17 ans." La production de ciment à partir du lignite de Maissade et des matériaux sous
-jacents aussi bien que la fabrication, à partir du lignite,des briquettes de charbon pour foyers domestiques, appartiennent au domaine du possible. On peut exploiter nos gisements de lignite en accordant la concession à une compagnie chargée de faire la mise en sachet rationnelle et une distribution bien dosée. Par rapport à l'augmentation du nombre considérable des ménages la technologie haitienne est désuète. La fabrication des réchauds à trois pieds ou à trois places, la construction des foyers en béton par leur système de ventilation provoquent un gaspillage de charbon. Les réchauds améliorés tels que proposés par le Ministère des Mines et expérimentés avec les briquettes en paille doivent être mis en service.

L'énergie solaire constitue l'alternative la plus louable, la plus progressiste, la plus révolutionnaire pour le rétablissement de l'environnement haitien et l'amélioration de la qualité de vie de nos citoyens. Grâce à notre position privilégiée dans la zone sub-équatoriale, Haiti bén
éficie d'une durée d'insolation quotidienne lui permettant de répondre à la moyenne de consommation des ménages. Chaque maison haitienne peut aisément, grâce à un capteur solaire, produire suffisamment d'énergie pour ses besoins de cuisson et pour alimenter réfrigérateur, pompe à eau,ordinateur et autres machins électroniques, éclairer la maison et vendre le surplus à une Centrale électrique pour les besoins de l'Industrie et du Commerce. Si vous voulez être édifiés vous n'avez qu'à visiter Détroit. Nous avons un Haitien détenteur d'un doctorat en énergie solaire qui nous a donné l'assurance de la factibilité de ce projet en Haiti.

Le problème de la dégradation de notre environnement ne dérive pas seulement de l'insouciance de la population haitienne mais surtout de l'irresponsabilité de nos dirigeants politiques et de leur ignorance. Fonds Verrettes pour la deuxième fois en deux ans a défrayé la chronique pour les mêmes raisons.Canapé Vert, Martissant, St Marc, le Quartier de Jalousie ont co
nnu récemment les mêmes déboires. Aucune décision n'a été prise pour redresser la situation. Gonaives vient de s'ajouter à la liste. Notre calvaire ne fait que commencer et on ne peut pas à chaque fois solliciter l'aide internationale.

5.- Le problème est aussi d'ordre politique.

Des travaux géophysiques ont été entrepris en divers points d'Haiti. Les forages ont signalé la présence d'huile et de gaz révélateurs de l'existence du pétrole. Des réservoirs de pétrole ont été localisés dans les sédiments marins entre 6000 à 7000 mètres de profondeur dans le Canal de la Gonâve et spécifiquement dans la Baie de Rochelois à l'Ile de la Gonâve. Parmi les zones d'intérêt potentiel, citons le Plateau Central, la partie terrestre de la Plaine du Cul-de-Sac et la Grande Caimite. "L'état actuel des connaissances accumulées sur le potentiel pétrolier haitien est suffisamment satisfaisant pour attirer des investissements. " conclut le rapport No 3 du Bureau des mines dHaiti.

Mais pourquoi on ne peut pas exploiter le pétrole d'Haiti et soulager la misère du Peuple haitien? La raison est d'ordre politique. Haiti est considérée comme l'arrière-cour du Grand Voisin. Le pétrole haitien est inclus dans leurs réserves au cas d'une pénurie mondiale causée par la Guerre ou l'épuisement de cette ressource naturelle non renouvelable sur les autres Continents. En 1949, le Gouvernement de Dumarsais Estimé avait tenté déjà d'exploiter nos gisements pétrolifères en faisant appel à la Atlantic Reffining Company(ATRECO). Les travaux de forage ont été exécutés avec l'assistance du Ministère de l'Agriculture et des Ressources Naturelles sous la supervision de l'Agronome Jean David. Jusqu'à présent si l'on se rend sur l'habitation Caradeux entre l'Aéroport International et Pétion-Ville on verra les traces des Derricks qui ont oeuvré dans la zone. Les initiales de la ATRECO sont inscrites sur la bouche du forrage. L'ordre formel était donné par l'Oncle Sam de cesser immé
diatement les travaux. La ATRECO fut dédommagée. Adieu pétrole haitien!

Il n'est pas superflu de mentionner pour nos juenes qu'en 1975 le Gouvernement de Jean Claude Duvalier a fait appel à la Crooks Limited pour l'exploration de nos ressources pétrolières repérées dans la rade de Port-au-Prince près de la Gonâve, aussi bien qu'à Grande Saline. Les échantillons ont été tirés et analysés dans le laboratoire du Bureau des mines. Nos ingénieurs ont établi l'existence d'une nappe de pétrole sous-marine contigue aux gisements pétrolifères du Vénézuéla.Une fois de plus, la Compagnie Crooks Limited a été forcée d'abandonner les travaux d'exploration, pour les mêmes raisons qu'en 1949.Par la suite, un ingénieur géoloque, ministre des Mines a tenté de reprendre les travaux de concert avec les autorités vénézuéliennes, n'était-ce la vigilance de la police vénézuélienne,il a failli être assassiné dans la chambre d'hôtel où il se trouvait au cours de son séjour pour mettre à point les accords.

Lavalanche de boue qui a enseveli une bonne partie de la population de Fonds Verrettes et des Gonaives doit secouer les dirigeants politiques aussi bien que nos leaders politiques de leurs torpeurs.Personne n'est à l'abri, pas même la bourgeoisie réfugiée généralement dans les hauteurs de Laboule, de Montagne Noire etc.. Ils sont les plus concernés. Bien d'autres sites du territoire national vont connaitre prochainement le même sort. Ce n'est pas un souhait! C'est une conséquence logique de notre indifférence envers la nature. Nous avons détruit nos arbres à un rythme qui dépasse la capacité de renouvellement de nos forêts.Nous avons fait un usage abusif de notre environnement.Chaque année on constate une perte de 15 millions de m3 de terre soit l'équivalent d'un retrait d'une superficie de 6.000 hectares de terre.

L'urbanisation de la Plaine du Cul-de-sac et l'exploitation de sa nappe phréatique à des fins commerciales, constituent un danger potentiel pour la Population de Port-au-Prince. C
haque année on pompe à la Plaine du Cul-de-Sac un volume de 150.000 m3 d'eau. Or la capacité de recharge est de 120.000 m3. Il y a un déficit net de 30.000 m3. Cette revanche crée un vide au-dessous de la croûte externe. Malheureusement c'est l'eau de mer au niveau du littoral qui compense le volume manquant. Le chlorure de sodium que contient l'eau de mer provoque la salinisation de l'eau souterraine et du sol de la Plaine du Cul-de-Sac. Ce chlorure de sodium(NaCl), au contact des éléments du sol , se transforme en carbonate de sodium CO3(Na)2.Le carbonate de sodium entraine la désagrégation des particules du sol qui se fissure. D'où l'affaissement de certaines maisons par suite du cracking ou craquage du sol à Caradeux et à Vivimitchell. L'effondrement de la Plaine du Cul-de-Sac est imminent. Gare aux incrédules! Il ne s'agit pas seulement d'arrêter l'exploitation des carrières de Laboule.Il faut freiner le pompage de nos ressources aquifères par les compagnies de vente d'eau de Port-au-Prince.
r

Haiti est à la veille d'une catastrophe écologique. Le peuple est mineur. Aussi délègue-t-il son pouvoir aux dirigeants politiques qui sont chargés d'adopter les mesures appropriées. On ne peut pas remettre l'ouvrage comme pour le problème de l'Armée d'Haiti au 7 février 2006. Il faut agir vite et bien. Il n'est plus possible de redonner la vie aux victimes du désastre de Fond Verrettes et des Gonaives. Mais on peut néanmoins éviter l'extension du mal dans d'autres sites du pays et sa récidive dans les régions déjà touchées.Après la faillite économique du pays , il convient de faire le constat de sa faillite écologique. Fond Verrettes et Gonaives viennent de tirer la sonnette d'alarme. Si le Gouvernement refuse de prendre les mesures de redressement les prévisions des techniciens de la Fondation Care vont se matérialiser: "Dans 15 ans notre environnement sera complètement détruit."

Il faut une mobilisation nationale et internationale pour prévenir cette catastrophe écologique qui s'an
nonce pour Haiti. Le Ministère de l'Agriculture grâce à la photogramétrie et à la stéréoscopie ou mieux encore aux données landsat peut aisément détecter les aires d'intervention afin d'y implanter les structures de stabilisation telles que : haies vives, cordons de pierres, canaux de rétention en courbe de niveau, aménagement de terrasses et de lacs collinaires, reboisement etc. En 2003, le Gouvernement français avait réalisé la couverture par satellite de l'espace haitien en répérant la calvitie de nos mornes. Le Département des Travaux Publics détient ce précieux dossier. Il y a péril en la demeure. Ce vaste projet de sauvetage national réclame la participation de tous sans aucun esprit d'exclusive.

Post Reply