VIOLENCE GENERALISEE SUR LES OUVRIERS A LA CODEVI!

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VIOLENCE GENERALISEE SUR LES OUVRIERS A LA CODEVI!

Post by admin » Mon Jun 07, 2004 7:45 am

BATAY OUVRIYE

ALERTE :
VIOLENCE GENERALISEE SUR LES OUVRIERS A LA CODEVI!

Intimidation permanente, insultes, menaces constantes, harcèlement, bousculades, déshabillages forcés, coups, séquestrations… le tout, sous la répression des forces armées dominicaines à nouveau illégalement appelées par la Direction de la zone franche, en franche violation territoriale et même des récents accords établis lors de la réintégration des ouvriers.

Faisant suite aux accords de la réintégration, il s'agissait en effet d'établir des négociations pour la satisfaction de revendications des ouvriers. À part une réunion où le représentant du Grupo M, M. Cruz, reçut la liste de revendications déjà communiquée à tous, jamais aucun dialogue sérieux ne pu s'obtenir. En effet, à la prochaine rencontre, M. Cruz non seulement refusa catégoriquement la présence pourtant légale du délé
gué de Batay Ouvriye, mais de plus se contenta d'énumérer quelques points que la direction acceptait de considérer. Sur ce, il quitta la salle. Rien donc n'avait jamais été entamé.

Il faut dire que pendant ce temps, la situation des travailleurs à l'usine s'est sérieusement aggravée. Exactions de tous genres, violences, intimidations et menaces des superviseurs, révocations illégales… et, surtout, des « vaccins » inconnus injectés à toutes les femmes de l'usine, sans la moindre documentation. S'agirait-il de stérilisations ? Toujours est-il que neuf de celles-ci ont avorté, certaines d'entre-elles à un point avancé (huit mois) de leur grossesse. Et l'exploitation n'a cessé d'augmenter, quotidiennement, par le biais d'un nouveau système de « tickets » que les ouvriers rejettent dans leur totalité, dans le cadre d'une résistance permanente …

Finalement, le vase débordait quand, à la dernière rencontre formellement acceptée par la direction après maintes demandes, le mardi 2 juin, M. Cruz se prése
nta à l'usine mais méprisa parfaitement les ouvriers et leur syndicat en ne se rendant même pas à la réunion prévue, s'en allant peu de temps après son arrivée, ignorant parfaitement le problème.

C'est alors que, réunis en assemblée ce même mardi soir, les ouvriers décidèrent à l'unanimité de procéder dans quarante-huit heures à un arrêt de travail pour signifier leur mécontentement général à la direction de l'entreprise. Si celle-ci maintenait sa position négative, une grève serait décrétée pour le lundi suivant (7 juin). Suivant les prescrits de la loi, le Ministère des Affaires Sociales et du Travail ainsi que la direction de la Codevi furent dûment averti de ces dispositions, dans le délai exigé par la loi ; les signatures de réception de ces documents sont au secrétariat du syndicat.

Le jeudi 3 juin suivant, l'arrêt de travail fut exécuté de neuf heures à neuf heures trente de manière unanime. Le gérant principal, M. Luis Gill, essaya de convoquer à sa guise deux membres qu'il choisissait
lui-même parmi le syndicat, le Coordonnateur Général, M. Borgella, et le Secrétaire, M. Miratel Joseph. Cette pratique est en elle-même illégale car ce n'est pas à la direction de décider de la représentation du syndicat. Les ouvriers, au courant de ce droit qui est leur, se présentèrent avec une délégation complète choisie par eux, de douze membres. Alors, M. Gill choisit de les sermonner sans fin sur ce qu'il jugeait être un manque de conseil dans le syndicat, sur le fait qu'il leur avait demandé en vain la liste de leurs membres, et ainsi de suite, tout ceci illégalement et en franche contravention des stipulations du Code du Travail concernant l'ingérence patronale. Le syndicat se refusant, avec justesse, à répondre, M. Gill refusait de les libérer et ce n'est que grâce à l'intervention de leurs camarades au-dehors qui, se rendant compte de ce qui se passait, sont venus en foule chahuter en vue de la libération de leurs compagnons, qu'ils ont pu sortir de cette situation difficile.

Le lendemain v
endredi, M. Capellan lui-même vint à l'usine. En guise de dialoguer, il ne fit que menacer les ouvriers de révocation, alléguant un manque à gagner d'un grand nombre de millions de dollars par faute de productivité, mais ne faisant aucune mention des négociations et/ou des divers problèmes confrontés par les ouvriers.

Plus tard, dans l'après-midi, M. Gill convoqua quatre membres de l'usine de t-shirts, M.D., en vue de leur révocation dans une petite pièce nommée par eux la « chambre noire », fit cadenasser la porte et se tenir dehors des « guardias » dominicains, illégalement de nouveau appelés sur le territoire haitien. Sous forte menace d'armes, quatre femmes se virent interrogées de façon policière, arracher leurs cartes d'identité (badges) ainsi que leurs chemises les identifiant comme ouvrières de cette usine. Demeurées à l'intérieur de la pièce durant plus d'une heure, leurs collègues s'alarmèrent et s'approchaient de la pièce en criant. Deux gardes dominicains déjà présents en appelaient d'autr
es ; c'est tout un camion qui arriva, les gardes basculaient leurs armes braquées en direction des ouvriers. Ordre fut intimé aux travailleurs de reculer de l'autre côté d'une ligne tracée avec un fusil. Ainsi se concluait cette semaine de travail, les ouvriers n'ayant même pas perçu leur solde hebdomadaire et un bon nombre n'ayant même pas pu récupérer leurs bicyclettes de l'entreprise. Une femme, enceinte de quatre mois, fut jetée à la renverse, dans une flaque de boue, ses habits déchirés. Les ouvrières licenciées, elles, restées nues, bénéficiaient de la générosité de leurs collègues pour se couvrir de morceaux de vêtements prêtés. Beaucoup reçurent des coups de crosse de fusils et étaient ainsi blessés.

Ces événements ont pour nous une signification alarmante. ‘Chassez le naturel, il revient au galop' : le Grupo M fait à nouveau usage de la violence la plus barbare (frapper les ouvriers et battre des femmes enceintes !), d'un abus de souveraineté réitéré (faisant appel de façon répétée aux forces
armées dominicaines sur le sol haitien) et du sadisme le plus abject (avortements provoqués).

Il est important d'ajouter le rôle de certains bourgeois haitiens, Michael Roy et Carl Denis (ce dernier putschiste notoire qui affirmait ouvertement son appartenance aux forces les plus réactionnaires et corrompues du pays pendant les trois années du coup d'Etat), qui accompagnent ce processus en tentant de soudoyer des membres du syndicat et même de la commission de vérification, et se faisant aussi agents de désinformation. Jamais ces deux messieurs n'ont-ils daigné s'expliquer sur leur représentation ou ce qui les amène à s'immiscer dans ce conflit.

Egalement de ce gouvernement qui après avoir ignoré les demandes d'intervention de l'Intersyndicale Premier Mai - Batay Ouvriye et du syndicat dès le début et tout au cours de ce conflit, à la demande du patronat, envoie illico un de ses représentants, du Ministère des Affaires Sociales et du Travail, qui non seulement accompagne les propriétaires d'us
ine dans leurs véhicules mêmes, mais se propose d'établir leurs bureaux dans les locaux de la Codevi, carrément (rapport Commission Vérification, 7 mai 2004).

Les ouvriers de la Codevi se retrouvent donc seuls devant cette offensive orchestrée, armée, éminemment violente, en tous points illégale et sadique. Il s'agit donc aujourd'hui d'une alerte des plus urgentes. Qui peut savoir que deviendra des ouvriers ce lundi, au cours de la grève ? Comme toujours, votre action de diffusion de cette situation, le plus largement possible, de sa dénonciation par tous les moyens disponibles, de pression directe ou indirecte et de mobilisation quelconque est une marque de solidarité et de lutte commune nécessaire.


*** Pour plus d'informations sur la situation à la zone franche de Ouanaminthe, voir le site web de Batay Ouvriye: Http://www.batayouvriye.org.

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