Haiti, Nouvel Alabama

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T-dodo

Haiti Nouvel Alabama

Post by T-dodo » Fri Oct 21, 2005 7:20 am

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La camarilla des intégristes ségrégationnistes d'Haiti est en train de faire de Dumas Mécène Siméus le Rosa Parks de la lutte pour l'égalité civique des citoyens haitiens de la Diaspora.

Allons-nous voir l'apparition
de la désobéissance civique en Haiti?

Il faut avouer que probablement Siméus n'en demandait ou n'en espérait pas tant. Le voilà héros malgré lui. La camarilla des intégristes ségrégationnistes d'Haiti est en train de faire de lui le Rosa Parks de la lutte pour l'égalité civique des citoyens haitiens de la Diaspora.

Depuis 1989 j'avais réagi sur l'article 15 de la Constitution qui stipule que "la double nationalité haitienne et étrangère n'est admise en aucun cas". J'avais fait remarquer que cette clause d'une constitution élaborée à la hâte, un peu à l'improvisade, dans le dessein précis d'EXCLURE des
citoyens dont la présence et l'influence semblaient aux yeux des législateurs de l'époque dangereuse pour l'avenir du pays, mettait la nation haitienne dans une véritable impasse juridique et politique. Cette constitution "expulsait" hors du circuit de la République une catégorie de personnes (j'évite délibérément de les appeler "citoyen(ne)s", parce qu'on en faisait des "non- citoyen(ne)s" ou des citoyen(ne)s de seconde zone) qui constituaient un vaste secteur de la nation haitienne. Au moins un(e) Haitien(ne) sur cinq ou même sur quatre se voyait privé(e) de la plénitude de ses civiques et politiques. Ils devenaient des handicapés, incapables de fonctionner à plein régime dans une nation qui est et demeure la leur. En particulier, ils ne pouvaient pas briguer la magistrature suprême du pays.

Du coup la situation de toutes ces masses d'hommes et de femmes devenait analogue à celle de collectivités diverses qui au cours de l'histoire avait été victimes de graves, injustes, odieuses discrimina
tions. Leur sort, malgré les apparences, n'était pas meilleur dans leur pays que celui des Juifs pendant la dernière guerre mondiale en Allemagne et dans la France occupée par les Nazis, pas meilleur que celles des Noirs pendant les époques les plus sombres de la discrimination raciale aux Etats-Unis ou même en Afrique du Sud. Ces comparaisons peuvent sembler exagérées, car l'ostracisme se pratique chez nous avec une certaine élégance, voire une certaine douceur, un peu comme cela s'est fait pour les femmes aux époques où elles ont été considérées comme "mineures" et où les hommes "déposaient leurs hommages aux pieds de ces dames", tout en les confinant dans les travaux du ménage et de la cuisine. La condescendance de Leslie Manigat à l'égard de Siméus, dans un texte récent paru sur Internet est caractéristique: il le couvre de son admiration, mais lui fait bien remarquer qu'en dehors d'un rôle de conseiller ou même de manager pour "la promotion des investissements étrangers chez nous, conformément à so
n domaine de spécialité et à son expérience", il ne peut pas ou plus servir à grand-chose. C'est tout juste si Leslie qui connaît ses classiques, n'ajoute pas, grand seigneur: "Et je vous fais encore en cela, cher ami, beaucoup d'honneur." Leslie veut faire remarquer à Siméus que lui, Leslie qui se proclame mono-national, il fait partie de la Noblesse des Haitiens à part entière, alors que Simeus qui s'affiche bi-national, n'est qu'un roturier, riche peut-être, mais un roturier quand même; les hautes fonctions réservées à la crème de la crème, au Gotha d'Haiti, lui sont interdites.

L'argumentation des segrégationnistes haitiens est curieusement la même que celle de tous les ségrégationnistes de l'histoire: "Il faut obéir à la loi. Dura lex, sed lex. Pourquoi n'attendez-vous pas tranquillement, patiemment que la loi change, au lieu d'essayer de faire sauter les fondements de la nation?" Ils laissent quasiment tous entrevoir qu'un prochain Parlement modifiera (on ne dit pas comment) l'arti
cle 15 de la Constitution.

Mais arrive un jour où les victimes en ont marre et Abraham dit: "C'est assez!" Ce jour est arrivé dans l'Alabama lorsqu'on a voulu interdire à Rosa Parks de rester assise dans le bus pendant qu'un Blanc était debout, en lui disant: "That's the law!" C'est la Loi! Cette loi était injuste. Elle est restée assise. Et depuis ce jour-là tous les Nègres d'Alabama ont crié: "Freedom NOW!"

Je n'ai pas seulement assisté à ces luttes, j'y ai participé plus tard dans la ville de New York. Lorsque le président de notre campus de la City University of New York a invité à venir donner une Conférence un Prix Nobel du nom de William Shockley qui avançait la théorie qu'il fallait stériliser les Noirs, j'ai demandé et obtenu qu'on publie sur toute la première page du journal du campus mon article qui portait en grandes manchettes et en français ce titre: "J'ACCUSE!" Je n'étais pas encore "tenured" (titularisé). On craignait pour moi. Pas moi. Ma titularisation (tenure)
fut avancée d'une année.

Les batailles pour la liberté et l'égalité ne sont jamais simples. Elles impliquent bien souvent de franchir un Rubicon. Mais quand on tient bon, on gagne.

Siméus a tenu bon. "Non, Gérard Latortue, je ne descendrai pas du bus! Freedom NOW!"

"Dura lex, sed lex!" lui hurle Gérard Latortue, escorté maintenant d'un Leslie Manigat venu lui prêter main forte. Leslie passe même la main dans le dos de Siméus et lui susurre: "Attendez donc quelques jours, cher ami. Lorsque les choses s'arrangeront , je vous trouverai bien un petit strapontin. Pour le moment vous êtes atteint de xénotite aiguë; on doit vous mettre en quarantaine. Restez-y. Je vous apporterai de temps en temps des oranges. Ne désespérez pas. Après 200 ans d'indépendance presque, le pays a bien fini par avoir un Président femme. Dans moins de deux cents encore, je vous le promets, il finira bien par avoir un président diasporien bi-national. On vit longtemps aujourd'hui, Si
méus, soyez patient."

Siméus en lui-même se dit: "Si celui-là qui est un des meilleurs me tient ce langage, que vont dire les autres?"

Vieux paysan, Siméus est têtu. Les promesses pour l'an 2200 coulent sur la toile cirée de son indifférence. Homme d'affaires, il ne prend que du cash.

La foule s'attroupe. Un Siméus qui reste scotché à son siège du bus et un Gérard Latortue escorté de Leslie Manigat qui veulent le forcer à se lever et même à quitter le bus, ce n'est pas un spectacle banal. Les Blancs ou assimilés Blancs prennent tous partie pour Latortue et Manigat et scandent:
"SI-ME-US DES-CEN-DEZ!"
"SI-ME-US DES-CEN-DEZ!"

On fait venir le juge. Le juge tranche en faveur de Siméus. Latortue et Manigat et la foule des Blancs et assimilés Blancs sont scandalisés: "Depuis quand a-t-on vu un juge trancher en faveur des Nègres? C'est triste! La ségrégation n'est plus ce qu'elle était. On ne peut plus compter sur personne." Et ils se mettent à pleurer su
r le scandale de la décadence de la morale et du droit.

Au fond de quoi s'agit? Comme toujours dans ces cas: il s'agit d'une loi qui discrimine contre des dizaines, des centaines de milliers de citoyens pour en faire des parias juridiques et politiques. Car l'article 15 n'est que le sommet de l'iceberg. Il y a tous les règlements tracassiers contre les Haitiens qui vivent à l'extérieur. Il y a ce regard oblique jeté sur les Diasporiens comme s'ils avaient tous le sida. L'interdiction faite aux Diasporiens binationaux de briguer la présidence n'est que l'épicentre d'un problème qui a aujourd'hui envahi toute la vie nationale. Notre nation est cassée en deux: d'une part des exilés qui vont trimer pour survivre eux-mêmes et pour faire survivre le pays (5 sur 6 dollars du pays viennent de la Diaspora) et d'autre part des citoyens restés dans le pays, et parmi eux une petite mafia qui tient ce pays en otage; ils disent aux exilés: "Ce pays est un pays de Purs. Vous êtes des Impurs. Votre ar
gent passera, mais le bonhomme ne passera pas!"

Siméus a décidé de passer. Et il est passé. Et il l'air de dire: "J'y suis, j'y reste!"

Siméus est en train de devenir le Rosa Parks de la lutte des Diasporiens contre la discrimination juridique et politique. Dura lex sed lex. La loi est dure, mais c'est la loi. Le "Code Noir" était aussi une "loi" et combien "dure". Les règlements racistes de l'Alabama étaient aussi une "loi" et combien "dure". En 1989 j'avais conseillé la mesure sage de ne pas appliquer cette "loi" injuste, parce que profondément discriminatoire, de ne plus en parler. Le CEP en commençant ses travaux avait choisi de ne pas en parler. La petite mafia des segrégationnistes a réveillé la question par peur des "compétences" de la Diaspora. Cela a mis le feu aux poudres. Le Tribunal de Cassation, notre Cour Suprême, a interdit d'interdire Siméus. Latortue ne s'avoue pas vaincu; plus constitutionnel que lui tu meurs. Il se rappelle Christophe dont il connaît mal le texte:
«Je ne rendrai la Constitution que lorsqu'elle sera réduite en cendres...» Curieux!

Si on n'avait pas cherché injustement des puces à Siméus, je serais probablement resté sur la colère dans laquelle il m'avait mis en faisant appel aux Marines. Maintenant qu'on veut qu'il quitte son siège dans le bus, je le défendrai du bec et des ongles. Et si cela doit aboutir à une désobéissance civique, je le dis tout de suite: je serai dans le camp des Rebelles.[/quote]

T-dodo

Post by T-dodo » Fri Oct 21, 2005 7:54 am

Interim President Boniface called the Haitians in the diaspora foreigners (etrangers). Everybody else, even some in the diaspora themselves, called them unfit to be trusted with the destiny of the country, although hypocritically, they welcomed or desired the fruits of the sweat of their labor . In such an environment, WHY SHOULD THE PEOPLE IN THE DIASPORA CARE ABOUT HAITI ?

Life is about reciprocity. You love, because you are loved back or expect to be loved whether now or in the future. When reciprocity is not part of your character, you become a parasite. Competition in Haiti means destruction and that includes also the prize object that you are competing for.

The ill-advised politicians in Haiti are in the process of getting rid of the most marketable and productive resources that Haiti has currently, its people in the diaspora. I thought I saw an estimate tha
t the production of Haitians in the diaspora, just in the United States only, far surpassed the GDP of the country of Haiti. Haitians have a unique opportunity to capitalize on its last remaining marketable resources, the current generation of diaspora. Like I said in a different post, their children's attitude towards Haiti is already indifference. They don't even speak creole, though some understand it. With the USA and most of the other countries limiting immigration of new Haitians, there will be fewer new immigrants from Haiti to the USA and Canada and other developed countries one generation from now. The result of that is there will be less money transferred to Haiti and the implosion will be half complete.

Haiti is losing an opportunity to have its diaspora becoming to Haiti what the people of Jewish descent in the USA are to Israel. Short-sighted political greed is obstructing the thinking of Haiti's political and commercial elite. Although, since in Haiti all Haitians want to become a pol
itical messiah, there is no difference between political and commercial elite. It is a tragedy that the most successful slave revolution has to end that way! It is sad, indeed!

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