Commentaires-Une diaspora pleine de ressources…et de dangers

Post Reply
Isabelle_

Commentaires-Une diaspora pleine de ressources…et de dangers

Post by Isabelle_ » Mon Oct 17, 2005 2:53 pm

Commentaires sur "Une diaspora pleine de ressources … et de dangers" Par Jean Claude Jasmin
jasminjeanclaude@yahoo.com
(VOYEZ L'ARTICLE de Marie-Thérèse Labossière Thomas AU BAS DE LA PAGE)

Suite à l'article de Marie-Thérèse Labossière Thomas, certains constats s'imposent. De plus en plus de nos grands intellectuels et éminents juristes recommencent à nous rabattre les oreilles avec des concepts de "souveraineté nationale" et de "dignité". Mme Labossière Thomas continue sur cette même lancée. Mais quelle souveraineté? Quelle dignité?

Au 21ème siècle, à l'ère des regroupements régionaux y compris l'inclusion d'Haiti à la CARICOM, le concept de souveraineté est en train d'être redéfini. En plus de la Constitution, nos lois doivent maintenant être conformes aux différents traités internationaux dont nous sommes signataires et dans l
esquels nous n'avons souvent pas notre mot à dire. De plus, Haiti est sous tutelle actuellement, quel que soit les fanfaronnades de notre gouvernment intérimaire. Ce sont des Brésiliens, des Péruviens, des Chiliens et des Chinois qui pourchassent les bandits de Cités Soleil et des Américains qui protègent le Président et le Premier Ministre (tiens! tiens! ça me rappelle quelque chose!). De quelle "souveraineté" parlons-nous donc? Plutôt que vouloir ressasser des concepts qui sont appelés à muer durant les prochaines années, cessons de nous replier sur le passé et examinons plutôt le futur. Que constatons-nous pour Haiti?

D'ici 2025, d'après les Nations-Unies, la population haitienne passera à plus de 12 millions d'habitants. Nos ressources matérielles et nos finances, déjà mises à mal par des gouvernements accapareurs "natif-natal" ne croissent pas à un rythme assez rapide pour faire face au défis futurs. Or notre plus grande richesse, nos ressources humaines qualifiées, se trouve en majeure parti
e ... à l'extérieur. Et je ne parle pas de ceux qui ont quitté le pays il y a 20, 30, ou 40 ans. Le Canada vient de nous raffler, entre 2001 et aujourd'hui, plus de 2 000 cadres et leurs familles. Plusieurs secteurs de la vie économique ont été sévèrement touchés: le secteur de l'éducation, le secteur bancaire, l'administration publique, les sociétés de services, etc. Il y a plus de 7 000 étudiants universitaires haitiens en République Dominicaine, et de plus en plus, ils y restent. Ceux (celles) qui sont parti(e)s sont pour la plupart jeunes, éduqué(e)s et dynamiques. Dans un pays où le nombre de cadres formés est minime, où les entreprises de plus en plus paient (finalement!) pour la formation de leurs employés, voir ces cadres partir est non seulement difficile mais présente un obstacle en plus au développement. Il faudra bien
trouver un moyen de faire appel à eux d'une manière ou d'une autre en attendant de former de nouveaux cadres et surtout de revoir complètement notre système éducatif dépass
é et
médiocre.

Mme Labossière Thomas conclut ainsi: "Au pays, les priorités de l'heure obligent à porter cette question [double-nationalité] à l'arrière plan, sans toutefois en minimiser l'importance."

Mais non, justement! Nous ne pouvons pas mettre au second plan la question des Haitiens d'outre-mer car elle est une de nos planches de salut. Dans tout ce débat sur Siméus, la constitution, etc. nous avons occulté des questions de fond sur l'economie haitienne et le transnationalisme:

1. La Diaspora compte pour près de 30% du produit intérieur brut (PIB) d'Haiti selon les chiffres de la Banque Inter-Américaine de Développement. Donc il ne s'agit pas simplement de quelques "gagne-petits pour la plus part, qui se démènent pour soutenir leur proches laissés au pays". Quel que soit l'angle sous lequel on approche la question, il est un fait que la Diaspora est l'Atlas sur lequel repose Haiti sur le plan économique. Sans la Diaspora, notre économie disparaitra complètement. Il est
à noter qu'en 2004, les transferts de la Diaspora ont représenté 8 fois l'assistance économique qu'Haiti a reçu de l'International.

2. L'apport de la Diaspora, contrairement à ce qui est souvent dit, n'est pas seulement une question de transferts d'argent. L'économie de plusieurs villes du pays, notamment du Nord-Ouest, est intimement liée à la Diaspora nord-américaine. Les Port-de-Paisiens se tournent vers la Floride et les Bahamas plutôt que la capitale pour pratiquement tout. De même, sur la frontière, les relations économiques avec les plus de 500 000 haitiens vivant en République Dominicaine, soutiennent des villes et sections communales entières ... complètement abandonnées par le pouvoir central de Port-au-Prince. Au Sud, les relations entre les expatriés de Guyane française et de Saint-Martin, d'une part, et des villes comme Aquin et Côtes-de-Fer, vont plus loin que de simples transferts aussi. Dans tous ces cas, il existe des circuits de services et d'importation, faibles et mal or
ganisés soit, mais ils permettent une activité économique, aussi anémique soit-elle, que l'économie locale ne peut développer. Les associations régionales (hometown associations) agissent dans la plus stricte anonymité pour renforcer certaines collectivités teritoriales et apporter une aide à la localité.

3. Mme Labossière Thomas écrit: "Ainsi oubliée leur dette de reconnaissance envers le pays pour la formation académique le plus souvent gratuite qu'ils en ont reçue entre autres bienfaits, ils affichent un souverain mépris des capacités haitiennes du terroir, art et folklore mis à part."

Je suis prêt à parier que, si certains de ces expatriés n'envoient plus d'argent aujourd'hui, cela n'a sûrement pas été le cas en début de carrière lorsqu'ils avaient toujours de la famille en Haiti. Une dette envers Haiti? D'accord, mais jusqu'à quel point? Et que dire, puisque nous parlons surtout des médecins sans les nommer, des nombreux dons en temps, argent et équipement fournis à l'Hôpital de
l'Université d'Etat d'Haiti? Et que dire de la réception plutôt "rapace" des ministres "natif-natal" qui exigeaient un "apport en cash" pour octroyer un simple permis de construction d'hôpital communautaire qui serait entièrement gratuit pour les patients? Pouvons-nous oublier les multiples tentatives de groupes d'expatriés pour payer cette "dette" qui n'ont jamais abouti à cause de l'égoisme des dirigeants "natif-natal"? Quand même!

4. Il nous faut accepter et codifier sur le plan économique le transnationalisme qui s'est développé de fait entre les Etats-Unis surtout, d'une part, et Haiti, de l'autre. Un phénomène économique singulier, mais pas unique à Haiti, s'est développé où des entrepreneurs et hommes d'affaires perçoivent comme un marché unique deux pays ayant des lois et des procédures différentes, parfois contradictoires. On a tendance à oublier ces entrepreneurs et leur activité bénéfique, surtout en province. Or il n'existe aucun traité fiscal entre Haiti et les Etats-Unis, au
cune reconnaissance dans le plus récent décrêt relatif à l'Imposition sur les activités de ce type, aucune étude sur la contribution des entrepreneurs d'outre-mer en Haiti. Rien qui permettrait de rendre plus efficaces ces flux économiques pour le bénéfice des entrepreneurs, des fisc haitiens et américains, et des consommateurs et utilisateurs de ces services.

5. Pour ce qui est de la production nationale, il est impensable que les gouvernments antérieurs et actuels n'aient jamais pensé à encourager le développement de réseaux de distributions sérieux et organisés pour des produits haitiens qui sont souvent en grande demande en Diaspora. C'est un fait criminel que ce soit la multinationale Nestlé qui soit la première à avoir commercialisé sous la marque Maggi des cubes de "djon-djon" fabriqués ... en République Dominicaine, s'il-vous-plait. Cherchez-vous de l'huile "Palma Christi" à New York? Difficile d'en trouver. Les multiples obstacles fiscaux, règlementaires, et légaux ont fini d'achever
une industrie nationale moribonde qui n'a plus la force ni les moyens financiers de se relever. On peut critiquer le secteur privé autant que l'on veut, mais sur ce point, le principal fautif n'est nulle autre que le règlementateur, en l'occurence le gouvernment "natif-natal". Qui a parlé de "dignité"?

Toujours sur la même lancée, il est tout aussi important de règlementer nos importations afin que des industries développées en Diaspora ne tuent pas certaines de nos industries locales, comme les vêtements "pèpè" l'ont fait pour nos tailleurs et couturières.

Il n'y pas besoin de mouvement de mobilisation populaire de la Diaspora pour la double nationalité: Haiti ne pourra pas vivre sans ses expatriés sur le plan économique. Après tout, c'est bien la contribution de la Diaspora, agissant comme soupape de sécurité économique, qui empêche l'explosion sociale du pays aujourd'hui. C'est donc au gouvernement de comprendre l'enjeu économique et les ret
ombées positives de l'impact de la Diaspora, et non pas le contraire. L'intégration de la Diaspora devient une question de survie nationale tout simplement.

Contrairement à ce que Mme Labossière Thomas avance, cette question devrait être l'une des grandes priorités du prochain gouvernment quel qu'il soit.

Jean Claude Jasmin
___________________________________________________
Une diaspora pleine de ressources … et de dangers
Sunday, October 16, 2005 -
Par: Marie-Thérèse Labossière Thomas

Le débat Haiti – Diaspora flambe maintenant dans le pays alors qu'il nous aurait fallu travailler tous ensemble pour nous sortir de l'ornière. Pour le moment, malheureusement, la Cour de Cassation a semblé ignorer les garde-fous constitutionels destinés à nous protéger de mécènes messianiques en mal de gloire.

Haitienne vivant à l'étranger
depuis plus de trente ans, je me suis sentie trahie et bafouée à l'annonce de cette nouvelle. La création par l'Exécutif de la Commission de vérification de la nationalité des candidats m'a cependant apporté une lueur d'espoir. « Ayiti pa mouri ! »

N'en déplaise à ceux qui se déclarent représentants des Haitiens vivant à l'étranger, le soi-disant affrontement Haiti-Diaspora n'est qu'un faux débat manufacturé à des fins politiques par une minorité dont l'arrogance n'a d'égale que l'opportunisme. Bien que ne contribuant pas à la majeure partie des transferts de fonds de la diaspora vers Haiti, ce petit groupe exploite cyniquement le labeur et les sacrifices de ceux, gagne-petits pour la plus part, qui se démènent pour soutenir leur proches laissés au pays.

Différemment des grandes mobilisations populaires du passé, il n'existe actuellement en diaspora aucun mouvement de masse réclamant à cor et à cris la « double nationalité », alors que le pays se débat dans une une crise internationale affecta
nt sa survie. Ces demandes proviennent plutôt de certains qui, principalement aux Etats-Unis, se considèrent comme étant « les meilleurs et les plus doués (the best and the brightest) » et s'organisent en groupes de pression politique, à couverture humanitaire, bien entendu. Dans des galas exclusifs hors de la portée des petites bourses, ces messieurs et dames s'arrangent pour cotoyer les décideurs étrangers, tout en se décernant mutuellement prix et récompenses, pour s'en aller finalement à la conquête du pouvoir en Haiti, face à « l'ingratitude » de « l'Etat haitien envers sa diaspora. » (1)

Ainsi oubliée leur dette de reconnaissance envers le pays pour la formation académique le plus souvent gratuite qu'ils en ont reçue entre autres bienfaits, ils affichent un souverain mépris des capacités haitiennes du terroir, art et folklore mis à part. Sans râter d'occasions de solliciter l'intervention souvent intempestive de leurs contacts étrangers dans les affaires internes du pays, ils ne semblent non plus
nullement se soucier de concepts de dignité et de souveraineté nationales.

Intégrés à la bourgeoisie noire américaine, ils en ont acquis certaines qualités tout autant que des problèmes historiques. Déja en 1957, le sociologue américain Frazier disait: « L'illusion du pouvoir paraît aussi procurer aux Noirs de la classe moyenne une échappatoire au monde de la réalité qui perce à travers le monde factice de la bourgeoisie noire. Les positions de pouvoir qu'ils occuppent dans le monde Noir leur permettent souvent d'agir de façon autoritaire envers les autres Noirs, particulièrement lorsqu'ils ont l'appui de la communauté blanche. Dans ces cas, l'illusion du pouvoir peut constituer une échappatoire à leurs frustrations. Cependant, c'est généralement lorsque les Noirs de la classe moyenne sont dans des situations leur permettant de participer dans la communauté blanche qu'ils cherchent dans l'illusion du pouvoir une échappatoire à leurs frustrations. » (2) Faut-il en dire plus!

Tout cela est loin
des aspirations légitimes qu'ont nombre d'Haitiens expatriés de participer à la vie nationale par le biais du vote et de la reconnaissance de certains droits citoyens. Au pays, les priorités de l'heure obligent à porter cette question à l'arrière plan, sans toutefois en minimiser l'importance. Dans cet enchevêtrement d'intrigues internationales et vu la situation actuelle de faiblesse de l'Etat haitien, des mesures de précaution s'imposent en la matière pour la défense de nos intérêts nationaux à l'aube de l'« Année Jean-Jacques Dessalines ».

Marie-Thérèse Labossière Thomas
14 octobre 2005

http://www.pikliz.com/news.html

Post Reply