Le chœur des pleureuses de la tragédie antique

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Le chœur des pleureuses de la tragédie antique

Post by admin » Thu Oct 13, 2005 10:55 am

Lu pour vous.

[quote]Le chœur des pleureuses de la tragédie antique
verse ses dernières larmes

par Gérard Bissainthe

Depuis le non-recalage de Siméus, le Web retentit de partout de cris déchirants. A fendre l'âme. Un chœur de pleureuses, en s'arrachant les cheveux, en se tordant les bras, parcourt les avenues de l'Internet avec des gémissements qui varient sur le thème: “On vient d'égorger la Constitution! Qu'allons-nous devenir?” Et la Constitution, que chaque dirigeant depuis 1987, a dépecée à son gré pour l'ajuster à ses propres besoins, pour ne pas dire à ses propres caprices, de découvrir brusquement qu'elle a des milliers d'amis, de défenseurs jusqu'alors totalement inconnus. Madame Constitution à qui il ne reste plus que le tronc –il y a longtemps qu'on lui a enlevé les jambes et les bras
— et un tronc singulièrement malmené, de dire à tous ces nouveaux Zorro qui forment le carré autour de son lit de douleurs: “Mais où donc étiez-vous, lorsque cet autre disait que son Chef avait reçu du peuple un mandat qui dépasse la Constitution, mais où donc étiez-vous, mesdemoiselles les pleureuses ? Mais où donc étiez-vous, lorsqu'on a démoli inconstitutionnellement l'Armée, mais où donc étiez-vous, mesdemoiselles les pleureuses? Mais où donc étiez-vous, lorsque la Minustah est venu s'installer en maître et seigneur sur le territoire d'Haiti en me giflant moi, Madame Constitution qui ai posé comme principe inébranlable que la souveraineté nationale est inviolable, mais où donc étiez-vous, mesdemoiselles les pleureuses? Alors mesdemoiselles les pleureuses, je vous en prie, je vous en supplie, allez vous rhabiller!”

Comme je l'ai déjà écrit, la Constitution haitienne, a ceci de différent de l'amour maternel de Victor Hugo, que chaque Haitien en a sa part, mais personne ne l'a tout entière. Tous les
hypocrites et tous les pharisiens qui crient aujourd'hui au viol, ont assisté silencieux et même parfois en applaudissant frénétiquement, à tous les kadéjacs qu'a subis la Constitution depuis sa laborieuse naissance. Messieurs et dames, s'il vous plaît, un peu de décence !

Et maintenant que faire? Une constitution est un tout. On ne peut en prendre et en laisser. Depuis 1987, après le drame de la Ruelle Vaillant (je dirigeais alors le Bureau Politique du Front National de Concertation), nous vivons sans constitution. Parce qu'en fait il y avait dans cette constitution trop de bombes à retardement qui portaient toutes une charge explosive qui avait nom: “L'EXCLUSION”. Il y avait trop de “pa ladan'l” dans cette constitution: “Makout (entendez “tous ceux dont on n'aime pas la figure”) pa ladan'l”; “Double nationalité (entendez “Diaspora”) pa ladan'l”. Restait la petite et infime minorité des “purs, sans taches et sans problèmes” qui s'arrogeaient EXCLUSIVEMENT le droit de diriger le pays.

Qu
'on se rassure sur ma position: je n'ai jamais été ni ne me suis jamais senti exclu. D'ailleurs je ne tolérerais pas qu'on m'exclue d'un endroit auquel j'ai droit. Si j'y ai droit, je fais ma place. Tôt ou tard. Mais je n'ai jamais pu accepter l'injustice. Les Duvaliéristes ne m'avaient jamais fait de cadeaux; ils se contentèrent plutôt de me délester par décret de ma nationalité haitienne dès 1963; une nationalité qui me fut redonnée en 1986 par décret aussi. Je suis IN, pas OUT. Mais de retour au pays en 1986 je trouvais le déchouquage intolérable. Et je l'ai dit. Et je l'ai combattu. Ça ne m'a attiré que des ennuis. Des calomnies souvent odieuses à la pelle. Mais je ne regrette rien. Je le ferais encore si j'avais à le faire. Je défends avant tout une cause. Dans ce contexte de tutelle d'une Minustah sur un tas de minus, je ne suis ni ne serai candidat à rien. D'ailleurs dans la solution “municipaliste” que je préconise, il n'y aura plus de candidat du genre actuel “deus ex machina”. Je suis seulement cand
idat au sauvetage de mon pays. "Per fas” seulement. Pas “per nefas”.

Alors comment sauver aujourd'hui ce pays sans constitution, ce pays “pin-yin lagué”? Il faut commencer par le commencement, il faut commencer par la base. Je préconise que chaque commune du pays se proclame “autonome” au sein de la République et élise, si elle ne l'a pas encore fait, son Conseil Communal. Chaque conseil Communal élit trois ou quatre représentants qui vont siéger dans un Conseil d'Arrondissement. Chaque Conseil d'Arrondissement élit trois ou quatre représentants qui vont siéger dans un Conseil de Département. Chaque Conseil de Département élit 10 représentants qui vont siéger dans un Grand Conseil National. Ce Grand Conseil National élira le Chef de l'Etat et constituera le Corps Législatif du pays. Ce Grand Conseil National élaborera aussi une nouvelle constitution qui devra être longuement discutée au niveau des Conseils Communaux avant d'être consacrée par vote au niveau du Grand Conseil National. Tout cela veut di
re quoi? Tout cela veut dire que le peuple se prend en main et va gérer la nation. Chacun devra avant tout veiller à ce que des éléments extérieurs à la nation haitienne ne viennent interférer dans les affaires du pays. Tout ce processus est ce que j'appelle le “Municipalisme”.

Le municipalisme nous donnera presque automatiquement le souverainisme, le deuxième grand volet de la “Trilogie” que je préconise. Il restera le troisième: l'aphorizontalisme; déterminer et fixer avec précision et clarté la nature de nos relations avec TOUS nos partenaires étrangers. Aujourd'hui de deux choses l'une: ou nous sommes sous tutelle ou nous ne sommes pas sous tutelle. Si nous sommes sous tutelle, que la mouvance tutrice assume pleinement la tutelle et prenne en main pleinement et ouvertement la direction du pays, sans “poupées twel”. Si nous ne sommes pas sous tutelle, il faut que cette mouvance s'efface et ne donne plus d'ordre. Puisque Gérard Latortue “pesait son gros orteil” lorsqu'il m'affirmait –et que je l'ai
cru- : “Je ne reçois d'ordre de personne.” , qu'il démissionne en tant que proconsul de facto. Quant à Boniface, qu'on lui trouve comme porte de sortie un emploi fictif ; il adore ça. Mettons donc fin à cet intermède qui serait d'un ridicule achevé, s'il n'était d'un tragique achevé. Et passons aux choses sérieuses.

Maintenant que la Diaspora fait irruption de plain-pied dans la vie nationale, un rêve que je caresse depuis 1989, tout est changé. Messieurs les rétrogrades, les antédiluviens, les fossiles, les Cro-Magnon de la politique haitienne, “bagaille la gaté.” On a tiré la chasse d'eau et vous disparaissez. Si un seul Diasporien s'élève contre la décision prise en faveur de Siméus, examinez son état mental ; il est dangereux. La Diaspora vache à lait qui fait vivre le pays intérieur, dont on prend l'argent et qu'on remercie d'un coup de pied, en lui disant: “l'argent passe mais l'homme ne passe pas”, c'est fini ! Le peuple que l'on trompe, que l'on gruge, avec des élections préfabriquées, c'
est fini ! Les deux millions d'hommes et de femmes de la Diaspora ont vécu, vivent dans des pays où la fraude électorale est l'exception et non la règle ; et désormais ils ont voix au chapitre. Ils participent. Les choses ne vont plus se passer comme le passé où on égorgeait la démocratie au coin d'un bois, sous les regards amusés de la Communauté internationale. Désormais il faudra de vraies élections et ELLES AURONT LIEU AUSSI DANS LA DIASPORA. Tout est changé, messieurs et dames.

Siméus n'aura-t-il réalisé que cela, son nom restera dans l'histoire d'Haiti. Mais en même temps qu'il ne se fasse pas d'illusions. S'il a enlevé un obstacle qui se trouvait sur la route du Palais National, il l'a enlevé pour tous. Il a élargi la compétition. Du même coup d'ailleurs le pouvoir va venir du peuple. Comme aux USA, comme en France, comme au Canada, ces grands pays où vit la Diaspora haitienne. A noter une conséquence majeure: avant la décision de la Cour suprême d'Haiti les chances d'un candidat d'arriver a
u palais National avec un “appui d'en-haut” étaient beaucoup plus grandes qu'aujourd'hui. Elles vont petit à petit devenir nulles. Ce que le pays intérieur n'a pas su faire par lâcheté politique, à savoir provoquer un “huis clos national” pour dire à l'Etranger: “Nous allons maintenant mener le pays seuls entre nous”, l'afflux des deux millions de citoyens haitiens de l'étranger qui savent ce que c'est que la démocratie, va le faire par la force des choses. Les immenses ressources humaines et économiques de la Diaspora vont pouvoir se regrouper et devenir sinon la locomotive du pays, mais au moins l'énergie motrice de cette locomotive. D'ici quelque temps nous n'aurons plus besoin de l'énergie motrice pèpè.

Mesdemoiselles les pleureuses, séchez vos larmes. La constitution ne pouvait pas mourir, puisqu'elle n'a jamais existé. Par contre un pays nouveau est en train de naître dans lequel il n'y a plus les Haitiens de l'Intérieur et les semi-Haitiens de l'extérieur à qui les premiers font le grand hon
neur de bien vouloir accepter tous les mois leur argent. Il n'y a plus qu'un seul et unique modèle d'Haitiens. Tous Ti-Zoreille.

Tous les Haitiens sans distinction ont le droit de s'asseoir dans l'autobus national.

Il était grand temps pour nous d'entrer dans l'histoire moderne.

C'est fait.

Gérard Bissainthe
13 octobre 2005

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Post by admin » Fri Oct 14, 2005 7:51 pm

Gérard Bissainthe, a-t-il crié victoire trop tôt?

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