La classe politique canadienne divisée sur Michaëlle Jean

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La classe politique canadienne divisée sur Michaëlle Jean

Post by admin » Tue Aug 16, 2005 7:12 am

La classe politique canadienne divisée sur la nomination de Michaëlle Jean au poste de Gouverneur général

Le Premier ministre Paul Martin justifie sa décision pour tenter de mettre fin à une vive polémique sur les présumés sentiments indépendantistes de la canadienne d'origine haitienne et de son époux

Posté le lundi 15 août 2005
Par Radio Kiskeya


Une certaine agitation a gagné ces derniers jours la classe politique canadienne après la nomination, le 3 août dernier, de la journaliste québécoise d'origine haitienne Michaëlle Jean, au poste de Gouverneur générale du Canada. Cette controverse dont les motivations pourraient ne pas être exclusivement politiques, porte sur les prétendues convictions anti-fédéralistes, par conséquent indépendantistes, de Madame Jean et d
e son conjoint Jean-Daniel Lafond, cinéaste d'origine française. Accessoirement, la double nationalité canadienne et française du nouveau "chef d'Etat canadien" commence aussi à défrayer la chronique.

Alors que les préparatifs vont bon train en vue de l'intronisation, le 27 septembre à Ottawa, de celle qui doit succéder à l'actuelle Gouverneur, Adrienne Clarkson, le Premier ministre canadien Paul Martin s'est vu contraint, au cours du week-end, de justifier à nouveau le choix de Michaëlle Jean à la suite de propos désobligeants tenus par des chefs de gouvernement provinciaux au cours de la réunion annuelle du Conseil de la fédération canadienne, à Banff, dans l'ouest du pays. Mr Martin a dû avoir une conversation téléphonique avec le Premier ministre d'Alberta et président de la conférence, Ralph Klein, pour le raisonner, quelque peu, après son intervention qui consistait à demander au chef du gouvernement fédéral d'expliquer sa préférence pour l'haitienne devenue canadienne. Il a également appelé le c
hef de l'opposition conservatrice Stephen Harper. Martin dont le gouvernement minoritaire est sous la menace constante de la province du Québec à la veille de prochaines échéances électorales, s'est voulu rassurant en affirmant que "Madame Jean et son conjoint sont des fédéralistes, ils croient au Canada et toutes les vérifications ont été faites".

"Le Premier ministre voulait ainsi s'assurer que la polémique provoquée au Québec par les attaques de souverainistes à l'encontre du couple vice royal ne gagne pas le reste du Canada" a relevé le quotidien québécois La Presse de Montréal.

Dans le camp souverainiste, les critiques fusent de toutes parts contre la nouvelle Gouverneur générale mais surtout contre son mari, Jean-Daniel Lafond, à qui un reproche son "passé indépendantiste" et même des liens présumés avec le Front de Libération du Québec (FLQ), une organisation accusée d'avoir assassiné un ministre, en 1970.

Le Premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, affirme respecter le
choix de Paul Martin, mais se demande si les précautions d'usage ont été prises. Et il a conclu son intervention par cette petite phrase assassine "j'espère que Mme Jean croit au Canada". Son collègue de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell estime quant à lui que la nouvelle Gouverneur générale devrait être interrogée sur sa conception du fédéralisme canadien.

Au milieu de cette tempête médiatique qui s'abat sur la future locataire de Rideau Hall, la résidence officielle de la Gouverneur générale du Canada à Ottawa, deux personnalités politiques de premier plan sont tout de même venues à la rescousse de Michaëlle Jean. Le Premier ministre du Québec et ex-dirigeant fédéral, Jean Charest, a comparé la situation de Michaëlle à celle que sa propre femme, Michèle Dionne, avait vécue dernièrement lorsqu'une député du parti Québécois l'avait accusée de trafic d'influence. "C'est une situation très inconfortable pour une personnalité publique lorsqu'on tente de déterrer des actions passées dans la vie de
son conjoint" a indiqué Mr Charest, récemment en visite à Port-au-Prince et qui dirige une province où la communauté haitienne est estimée à plus de 80.000 personnes. Pour sa part, la ministre fédérale des affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, a souligné l'identité canadienne à part entière de l'ancienne journaliste de Radio Canada qui, dit-elle, est prête à assumer son rôle de représentante de la Reine Elisabeth II d'Angleterre. En réponse à la question d'un journaliste relative à l'éventuelle vérification de l'orientation politique du vote de Michaëlle, lors du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec, la ministre Robillard a rétorqué "qu'il est affreux et insultant d'imaginer poser une telle question à une personne qui accepte d'être Gouverneur générale du Canada".

Sur cet aspect de ce qui s'apparente désormais au feuilleton politique de l'été, le plus grand quotidien anglophone du pays, le Globe and Mail de Toronto, soutient que Madame la Gouverneur n'a pas à dire comment elle
avait voté en 1995. "Il y a une solution bien plus simple : que Mme Jean dise simplement que son mari et elle croient en l'unité du Canada" a proposé le journal, dans un éditorial.

Face à cette polémique qui enfle -traduisant parfaitement la dimension des enjeux- la future Gouverneur générale, très sereine, a préféré observer le silence, quitte à devoir, peut-être bientôt, faire le point sur cette avalanche qui pourrait aussi dériver sur un autre front, celui de sa double nationalité franco-canadienne que certains commencent déjà à évoquer. La jeune future responsable d'Etat de 48 ans, nièce du célèbre écrivain haitien René Dépestre, arrivée au Québec à l'âge de 11 ans après avoir dû précipitamment abandonner son Haiti natale avec sa famille, est en train de payer quelque part, le prix d'une identité complexe, difficile à accepter en Occident : femme, noire, francophone, immigrante de la première génération, originaire d'un petit pays considéré comme naufragé. De quoi lui attribuer un rôle historique
sans précédent, au moment de son accession officielle, le 27 septembre prochain, à la fonction symbolique de chef d'Etat du Canada, mais aussi de gardienne de la constitution et des institutions. Elle sera par-dessus tout, la projection par excellence de l'image de cette puissance économique à l'échelle planétaire.

spp/RK

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Post by admin » Sat Aug 20, 2005 5:09 pm

Hang in there, Michaëlle!

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