Lettre ouverte contre la discrimination en Guadeloupe

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Lettre ouverte contre la discrimination en Guadeloupe

Post by admin » Thu Jun 09, 2005 11:04 pm

[quote] G.R.S.G. Basse-Terre, le 7 mars 2005
(Groupe de Réflexion sur la Société Guadeloupéenne)
35, Cité Bologne
97100 BASSE-TERRE
Tel/fax: 0590.60.10.82
Mobile: 0690.64.49.42


Monsieur le Président de la
République Française
Palais de l'Elysée
75007 PARIS


OBJET : Lettre ouverte au Président du Congrès contre la campagne discriminatoire à l'encontre des immigrés haitiens en Guadeloupe.


Monsieur le Président,

Par la présente, nous vous faisons copie de la lettre ouverte adressée au Président du Congrès, aux congressistes, au Préfet et aux Maires de la Guadeloupe, congrès convoqué le 15 avril 2005, au Conseil Général, sur le thème de l'IMMIGRATION CLANDESTINE en Guadeloupe.

Nous portons à votre connaissance les faits suivants :

Depuis plus d
e trois mois, une radio privée : RADIO CONTACT, émettant en 103.8 FM, sous couvert de participer au débat politique, par un système de rediffusion en boucle, se livre surtout à des attaques intolérables, à longueur de journée, contre un groupe ciblé, la communauté haitienne en Guadeloupe, sans nul autre programme que la retransmission de 2 heures de la « VOIX DE L'AMERIQUE ». Les bandes sonores qui doivent être déjà en votre possession sont suffisamment éloquentes pour que nous n'ayons pas à insister. Cependant, le côté nauséabond de certaines déclarations méritent, malgré tout, d'être reprises :

- La proposition de remplacer le droit du sol, coutume héritée des l'établissement de la République, par celle du droit du sang.

- Les Haitiens sont décriés comme des sauvages, sanguinaires et porteurs, comme au bon vieux temps du virus du sida.

- Des mères de familles nombreuses et celles en état de grossesse devraient être avortées ou stérilisées pour que la Guadeloupe ne soit pas victime d'un
envahissement démographique sauvage, qualifiée par Radio Contact de « Génocide par substitution ».

- Ces immigrés sont aussi rendus coupables de tous les délits et principalement, celui de l'empoisonnement des sols par l'utilisation des pesticides communément vendus dans notre pays, et cependant interdits depuis 1993. A ceci, ajoutons les manipulations de chiffres faites à propos de leur situation économique et de leur participation financière à la vie du pays.

Cette campagne alimentée tous les soirs par un système de micro ouvert, favorise l'expression de toutes les rancoeurs, mobilise tous les mensonges enfouis. Aussi étonnant que cela paraisse, ces propos ressemblent étrangement à ceux tenus en France occupée, d'autant qu'aujourd'hui, les Guadeloupéens sont invités à dénoncer les Haitiens reconnus (selon quel signe distinctif ?). Ces dénonciations ont déjà débouché sur des horreurs à Capesterre Belle-Eau, où un Guadeloupéen a sectionné le bras d'un passant au seul fait qu'il avait cru reconn
aître un Haitien, argument lancé devant le tribunal pour sa défense. Quelques jours plus tard, d'autres hommes ont été roués de coups à trois reprises parce qu'ils étaient Haitiens. Par ailleurs, des difficultés sont de plus en plus ressenties dans les écoles.

Nous espérons que ces quelques propos suffiront à vous éclairer pour vous permettre de prendre les mesures qu'envisage la loi républicaine dans pareille situation.

Dans l'attente d'une prompte cessation de cette campagne infâme qui rompt la cohésion de notre population en Guadeloupe.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre considération.


Pour le G.R.G.S.,

Auguste JOINT

P.J. : Lettre ouverte au Président du Congrès sur l'Immigration clandestine en Guadeloupe.
Copies : M. Le Président de la République, M. Le premier Ministre, M. Le Ministre des Affaires Etrangères, Madame Le Ministre de l'Outre Mer, Madame le Sénateur Dominique VOYNET, Monsieur l'Ambassadeur d'Haiti à Paris, Monsieu
r le Directeur de la Voix de l'Amérique, M. le Président de S.O.S. Racisme, M. le Président du M.R.A.P.

[/quote]

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Post by admin » Thu Jun 09, 2005 11:20 pm

[quote]G.R.S.G. Basse-Terre, le 18 février 2005.
(Groupe de Réflexion sur la Société Guadeloupéenne)
35, Cité Bologne
97100 BASSE-TERRE
Tel /Fax : 0590.60.10.82
0690.47.23.33
Monsieur le Président du Congrès
Membres du Congrès des deux instances : Conseil Général et Conseil Régional
Palais du Conseil Général de la Guadeloupe
97100 BASSE-TERRE

OBJET : Lettre ouverte contre la campagne discriminatoire à l'encontre des immigrés haitiens en Guadeloupe.


Monsieur le Président du Congrès,
Mesdames et Messieurs les Congressistes,


Le congrès convoqué par vous, débattra d'une question incontournable aujourd'hui : l'IMMIGRATION, et, singulièrement, l'immigration clandestine. En effet, depuis qu
elque trois mois, une vaste campagne, de lynchage médiatique se poursuit sur certaines ondes à l'encontre d'un groupe ciblé : les Haitiens et d'autres communautés de la Caraibe. Des dérapages verbaux se multiplient à longueur d'antenne. D'autre part, certains politiciens se servent du problème de l'immigration comme fonds de commerce pour augmenter leur électorat. Ils utilisent des données mensongères pour faire sensation et attiser la xénophobie contre les Haitiens et d'autres communautés d'immigrés, créant ainsi les conditions d'un affrontement entre Guadeloupéens et ceux-ci.

Nous rappelons les faits suivants :

a) D'après l'INSEE (Institut national de statistiques et d'études économiques), l'actuelle population de la Guadeloupe se chiffre à 444.000 habitants. Certains citoyens prétendent, au gré de leurs élucubrations, que la Guadeloupe serait envahie par des immigrés clandestins haitiens, au nombre de : 20.000…, 30.000…, 40.000…, voire plus.

Or, le Service des Immigrés de la Pr
éfecture de la Guadeloupe consulté, donne les chiffres suivants pour l'année 2004 : 27.000 immigrés en situation régulière, résidant en Guadeloupe, soit 6.2 % de la population, se répartissant comme suit : 12.433 Haitiens (2.8 %), 6.805 Dominiquais (1.5 %), 2.397 Dominicains (0,53 %), etc... Parmi les 12.433 Haitiens officiellement déclarés, environ 9.933 résidents sont titulaires de la carte de séjour, et 2.500 sont demandeurs d'asile. Le Service d'immigration de la Préfecture de Guadeloupe estime que les Haitiens en situation irrégulière seraient au nombre de 3.000. Nous sommes bien loin de cette vision d'apocalypse décrite et entretenue par certains, vision qui laisserait croire à un envahissement sauvage de la Guadeloupe. Il est clair qu'il s'agit là d'amplifier les sentiments de peur et d'insécurité des Guadeloupéens pour des raisons non avouables.

b) La majorité des Haitiens clandestins vivent une situation de misère travaillant dans les champs de canne, dans les bananeraies, s'adonnant à la c
ulture maraîchère et vivrière, en l'absence de toute condition d'hygiène. Certains travaillent de 6 heures à 18 heures pour un salaire journalier de 20 à 30 euros. Cette situation constitue un cas outrancier d'exploitation organisé par de nombreux patrons en Guadeloupe sans scrupule et peu respectueux de la loi. Le constat est clair : les Haitiens, loin d'appauvrir la Guadeloupe, enrichissent leurs patrons et participent par leur travail à l'économie locale en créant ainsi de la valeur ajoutée.

On accuse encore ces Haitiens d'envahir le marché du travail, constituant ainsi une concurrence déloyale face aux 40.000 chômeurs guadeloupéens. En réalité, ne sont-ce pas les besognes délaissées par les Guadeloupéens qu'acceptent de faire les immigrés ?

Ces immigrés sont aussi accusés de profiter des services sociaux de l'Etat et d'en empêcher la jouissance à la famille guadeloupéenne. Or, le bénéfice de ceux-ci n'est que la juste contrepartie de leur travail.

c) Les Services de Police de la
Guadeloupe, pour l'année 2004, estiment qu'il y aurait, mensuellement, 400 à 500 immigrés clandestins qui pénètrent sur le sol guadeloupéen, soit annuellement 4.800 à 6.000, dont la majorité seraient des Haitiens. Cependant, selon les mêmes sources, un réseau de trafiquants est organisé à partir d'Haiti, à travers la République Dominicaine vers l'île proche de la Dominique qui devient la plaque tournante du réseau. Les filières paraissent amplement identifiées. Ce trafic coûte au candidat haitien à l'immigration plus de 3.000 $ US, sans garantie de succès (interception, arrestation, naufrage, mort violente), après avoir vendu tous ses biens ou engagé des dettes auprès d'usuriers pour financer son rêve.

Qui sont les vrais coupables de cette situation ?.... Est-ce le malheureux voyageur qui a cru à la terre promise ou les contrebandiers et leurs acolytes qui profitent des carences de l'Etat et du manque de coopération entre les pays de la Caraibe ? ...

La situation actuelle d'Haiti est le résu
ltat d'un long processus. De son indépendance à nos jours, ce pays a été puni par les grandes puissances, en particulier par la France et par les Etats-Unis d'Amérique. La rançon de 150 millions de francs or exigés par la France à Haiti, en reconnaissance de son indépendance, et l'occupation américaine du pays de 1915 à 1934, en sont les exemples les plus frappants.

Nous, témoins de cette situation d'injustice sociale et de la campagne discriminatoire menée contre les Haitiens, nous vous exprimons, Monsieur le Président du Congrès et Messieurs les Congressistes, notre indignation.

Pour réguler l'immigration clandestine, ne serait-il pas judicieux que l'Etat combatte les réseaux mafieux qui organisent ce trafic et fasse pression sur les pays concernés dans la Caraibe ?

Pourquoi l'Etat français ne participerait-il pas, de manière concrète et active, au développement des pays concernés ? Pourquoi les élus guadeloupéens n'interviendraient-ils pas auprès de l'Etat français pour lui demander
, en guise de réparation, de contribuer au développement d'Haiti, afin que les Haitiens puissent vivre chez eux ?

Par ailleurs, au niveau local, il s'avérerait indispensable d'organiser une campagne de sensibilisation en milieux scolaires et dans la société civile, par le biais de médias, pour amener à une prise de conscience sur le sujet.

Il conviendrait aussi de mettre l'Etat français face à sa responsabilité sur les problèmes de la Guadeloupe (chômage, transport, culture, insécurité…) et ne pas tolérer cette fixation xénophobe dont sont victimes les immigrés haitiens.

Nous, les soussignés, invitons le Congrès à exiger du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) qu'il joue son rôle de faire respecter la loi républicaine en ce qui concerne les médias, pour mettre fin à ce discours xénophobe.

Nous espérons que les arguments ainsi que les suggestions ci-dessus évoqués, accompagnés d'un document de réflexion sur la dignité humaine, trouvent un écho favorable de votre part, afin
que les valeurs de la République soient réaffirmées.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Congressistes, l'expression de notre plus haute considération.



Pour le G.R.G.S.,
Auguste JOINT


C.c : à Monsieur le Préfet de la Guadeloupe.[/quote]

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