Guadeloupe: Le cas des haïtiens

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Guadeloupe: Le cas des haitiens

Post by admin » Thu Jun 09, 2005 10:53 pm

[quote]L'IMMIGRATION CLANDESTINE EN GUADELOUPE :
LE CAS DES HAITIENS.
Conférence-débat du 04/02/2005 à la Mairie de Basse-Terre.

Introduction
L'Association Collectif des Habitants de Basse-Terre, m'a demandé d'intervenir dans cette rencontre sur le thème « L'immigration clandestine en Guadeloupe ». Ce thème fait référence surtout à la réalité des immigrés haitiens en situation irrégulière, c'est-à-dire sans autorisation de séjour en Guadeloupe dont tout le monde en parle, mais il cache d'autres situations irrégulières dont on ne parle pas. J'avoue que je ne suis pas à l'aise avec le qualificatif « clandestine » car ce terme renvoie à ce qu'on ne voit pas, à ce qu'on ne peut pas évaluer ; pour en porter un jugement, on se base sur des opinions, sur des rumeurs, sur des clichés. Ainsi, j'oriente mon intervention sur l
a situation des immigrés haitiens en Guadeloupe, tout en sachant qu'il n'existe pas seulement des Haitiens comme immigrés en situation régulière ou irrégulière, c'est-à-dire sans autorisation de séjour en Guadeloupe.

Pour ne pas m'arrêter sur des opinions et des rumeurs, pour apporter une réflexion critique à ce débat, comme sociologue, j'ai mené une petite enquête dans certains bureaux administratifs sur le sujet. C'est le résultat de cette enquête que je vais partager avec vous pour répondre à certaines questions qu'on a l'habitude de se poser sur l'immigration des Haitiens en Guadeloupe.

1- Quelle est la part des Haitiens parmi les immigrés en Guadeloupe?
D'après les données statistiques, en 1999, la Guadeloupe avait une population de 422.000 habitants. Aujourd'hui, cette population serait aux environs de 444.000. D'après le Service des Immigrés de la Préfecture de Basse-Terre que nous avons consulté, pour l'année 2004, il y avait 27.000 immigrés en Guadeloupe,
soit 6.3% de la population. Parmi ces immigrés, on trouve 12.433 Haitiens, soit 2.9% de la population, 6.805 Dominiquais (1.6%), 2.397 Dominicains, etc.

Parmi les 12.433 Haitiens inscrits à la Préfecture de Basse-Terre, il y a environ 10.000 résidents, c'est-à-dire ayant leur carte de séjour, et 2005 qui font une demande d'asile. Ces personnes ont leur dossier en étude et en attente de la décision de l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides). La Préfecture de Basse-Terre donne à ces personnes demandeurs d'asile un récépissé de trois mois renouvelable en attendant la décision finale de l'OFPRA. Ce récépissé leur permet de circuler, mais ne leur permet pas de travailler (ajoutons) « légalement », car la majorité de ces personnes travaillent «sur un marché de travail illicite » dans des situations injustes. (j'emploie ce terme pour éviter le terme idéologique « travail au noir » qui traduit un certain préjugé de couleur).

Le Service de la Préfecture de Basse-Terre se consid
ère comme le relais, comme une sorte de «boîte aux lettres » de l'OFPRA qui a le droit d'accorder ou de ne pas accorder le droit d'asile politique aux demandeurs. Selon le Service, presque tous ces Haitiens ont obtenu ou vont obtenir le refus de l'OFPRA. Pour l'année 2004, sur les 2005 demandeurs, l'OFPRA a accordé le droit d'asile politique seulement à une dizaine de cas exceptionnels.

A côté de ces données officielles, on peut ajouter le cas des Haitiens qui rentrent en Guadeloupe clandestinement et qui ne se sont pas présentés à la Préfecture. Le Service des Immigrés de la Préfecture de Basse-Terre estime que ces Haitiens peuvent être aux environs de 3.000. Si on ajoute ce nombre aux 12.433 Haitiens en situation régulière, on peut conclure qu'il y a environs 15.500 Haitiens en Guadeloupe, soit 3.6% de la population. Donc, la Guadeloupe n'est pas tellement envahie par les Haitiens, comme beaucoup de personnes le prétendent.

2- Quelle est la situation des Haitiens en Guadeloupe?[/
b]
D'après certains responsables que nous avons rencontrés à la Préfecture et au Conseil régional de la Guadeloupe, la majorité des Haitiens, surtout les clandestins, vivent dans une situation de misère. Ils habitent chez d'autres Haitiens ou des Guadeloupéens, moyennant ils payent leur hébergement avec de l'argent ou avec leur force de travail. Certains leur accordent l'hébergement par solidarité ou par une relation de famille. En Guadeloupe, ni dans les services publics, ni dans les associations d'aide humanitaire, il n'y a pas de centres d'hébergement pour des personnes vivant en situation irrégulière, c'est-à-dire n'ayant pas l'autorisation de séjour.

Pour vivre, ces personnes en situation illégale travaillent en clandestinité, c'est-à-dire sur un marché de travail illicite. Ils travaillent surtout dans les champs de canne-à-sucre, de bananeraies et des cultures maraîchères et vivrières. Selon un document issu du Service de la Police, les zones agricoles du Sud de Basse-Terre, de Vie
ux-Habitants à Capesterre-Belle Eau, regroupent environ 5.000 Haitiens. Beaucoup travaillent aussi à Sainte-Rose, à Marie-Galante. Dans la Grande-Terre, surtout aux Abymes, au Gosier et à Saint-François, le Service de la Police a découvert des groupes d'Haitiens vivant dans une situation infra-humaine, c'est-à-dire comme des animaux, sous des baraques couvertes de plastiques, à l'absence de toute condition d'hygiène. Ces travailleurs sans autorisation de séjour vivent souvent sous les bananeraies ou dans les champs de canne-à-sucre. Ils peuvent travailler de 6 heures du matin à 18 heures pour un salaire de 20 à 30 euros la journée.

Une minorité des Haitiens, surtout des résidents, travaillent dans la construction des bâtiments et dans le petit commerce. A ceux-la s'ajoutent quelques professionnels haitiens qui travaillent dans différents services sociaux de la Guadeloupe.

Il existe en Guadeloupe un marché de travail illicite qui favorise l'exploitation des travailleurs immigrés en situation irré
gulière dont les travailleurs haitiens sont les premières victimes. Pour freiner l'immigration clandestine, il convient d'abord de contrôler ce marché de travail illicite qui profite de la main-d'œuvre à bas prix, issue de l'immigration clandestine.

3- Comment est considérée la présence des immigrés haitiens en Guadeloupe?
Beaucoup de Guadeloupéens sont solidaires avec les Haitiens ; ils les considèrent comme des frères et des sœurs qui sont obligés de laisser leur pays Haiti, à cause des problèmes politiques et économiques. C'est surtout ces personnes qui accueillent les Haitiens et qui leur favorisent un travail pour un salaire juste. En général, l'immigré haitien a la réputation de bon travailleur qui est courageux et honnête. Les Haitiens sont solidaires entre eux ; ils aiment aider leur compatriotes qui sont dans le besoin. Cette conduite n'est pas aussi fréquente dans d'autres communautés. La culture haitienne, surtout à travers la musique, l'art et l'usage de la l
angue créole, est très appréciée en Guadeloupe.

Mais d'autres Guadeloupéens n'aiment pas la présence des Haitiens. Ils considèrent que les Haitiens envahissent la Guadeloupe, ils prennent leur travail et ramassent l'argent du pays pour envoyer à leurs parents en Haiti. En réalité, ces Haitiens en situation défavorisée acceptent de faire à bas prix la basse besogne que les chômeurs guadeloupéens refusent de faire. Cela permet aux patrons d'exploiter leur main-d'œuvre à bon marché et de ne pas payer les charges sociales pour les travailleurs. 90% des immigrés haitiens travaillent pour le comptent des patrons guadeloupéens qui profitent de leur main-d'œuvre. On accuse les Haitiens de profiter des services sociaux de l'Etat (l'école, les services de la santé, sécurité sociale, allocations familiales, logement,etc.) et d'empêcher aux citoyens la jouissance de ces services. En effet, les structures de service sociale sont tellement limitées, les populations défavorisées de la Guadeloupe ressentent la présen
ce des immigrés comme une menace à leur sécurité. Comment ne pas donner libre cours à cette opinion commune qui peut développer une xénophobie dans la société guadeloupéenne ? Un travail d'information et de réflexion auprès des citoyens semble nécessaire pour les aider à identifier les causes des inégalités sociales, de la mauvaise répartition des biens sociaux dont ils sont victimes, afin de ne pas utiliser le « pauvre immigré » comme le bouc émissaire ou l'alibi de leur problème.

4- Comment les Haitiens sans autorisation de séjour arrivent-ils en Guadeloupe?
Pour l'année 2004, le Service de la Police de la Guadeloupe estime qu'il y a eu environ 500 à 600 immigrés clandestins qui rentrent en Guadeloupe chaque mois, soit 6.000 à 7.200 dont la majorité d'entre eux sont des Haitiens. Selon la Police, ce réseau de trafic est organisé surtout entre Haiti, la Rép. Dominicaine et la Dominique qui devient une plaque tournante du réseau. Les principaux organisateurs sont des Do
minicains, aidés par des « passeurs » immigrés haitiens qui vont ramasser les Haitiens en Haiti et les remettre aux contrebandiers dominicains. Ceux-ci les accueillent et les acheminent par avion en Dominique où ils n'ont pas besoin d'une autorisation de séjour. De là, hébergés dans des hôtels impliqués dans le réseau, ils attendent les bateaux des contrebandiers qui les transportent sur les côtes de la Guadeloupe.

Ce trafic coûte au voyageur haitien 2.000 à 3.000 dollars américains. En arrivant sur la côte de la Guadeloupe, le voyageur doit payer 300 à 400 dollars à la personne qui vient le chercher pour l'emmener à sa famille ou bien pour aller le cacher dans une zone « d'attente illégale ». Souvent l'Haitien vend tous ses biens ou engage des dettes auprès des usuriers pour payer le voyage.

Conclusion
On peut se demander : qui sont les vrais coupables de cette situation? Est-ce d'abord le malheureux voyageur qui, pour fuir la misère ou la persécution de son p
ays, a investi tous ses avoirs dans un voyage pour une « terre promise » où il espère mieux vivre, ou bien les responsables du réseau de contrebande et leurs complices qui profitent du dysfonctionnement de relations ou du manque d'organisation entre les pays voisins de la Caraibe ? Que font les responsables de ces pays pour informer les citoyens et immigrés, pour contrôler les contrebandes et les marchés illicites ? Au lieu de favoriser le maintien d'un marché de travail illicite, ne conviendrait-il pas d'abord de prendre les moyens pour contrôler le réseau de contrebande, ensuite d'étudier au cas par cas la situation irrégulière des travailleurs clandestins, de légaliser les situations qui le méritent, de manière permanente ou saisonnière, selon le cas ? Nous, témoins de cette situation d'injustice sociale, nous ne sommes pas tous coupables, mais en partie, nous sommes tous responsables de cette situation.[/quote]

Widy_

Post by Widy_ » Sun Jun 26, 2005 2:51 pm

J e tiens déjà à remercier le comité guadeloupéen en la personne de Mr Gaston Joint pour sa franchise à analyser ce problème. et à mettre la France face à ses responsabilités.

En effet la guadeloupe n'est qu'un petit pays colonisé et c'est bien la France qui tient les reines de sa protection extérieure.

Ainsi l'auteur a recherché la solidarité du Préfet de Région (byen kè-m paka kwè nan sa) afin de mettre la France devant ces faits.

Ce que je constate d'autre part c'est que la Guadeloupe n'est pas le seul pays de la région où il y a des problèmes avec les clandestins.

On a jamais parlé de la Martinique, ni des USA OU Canada, qui pratique la sélection face à leurs émigrés.

En Martinique par exemple, les frontières sont bien gardés et dès qu'un étranger arrive, il est vite repéré et tout est fait pour qu'il ne s'installe pas.

Ce pays préfère favorisé des haitiens ayant un très haut niveau social (
docteur, professeurs...) privant ainsi haiti de ces ressources.

Quant aux pays anglophones de la région, il n'y a pas plus raciste qu'eux; si tu n'es pas du pays il te fouttent à la porte et sans gêne.

On peut parler aussi de Porto Rico où les haitiens tiennent profil bas sous peine d'expulsion sur le champs.

Tout sa pour dire que la Guadeloupe n'est pas le seul pays de la région à faire face à ces problèmes.

Autre réalité à tenir compte aussi et d'ailleurs même Mr Gelin en a parlé c'est le voyage vers les USA.

En effet il est plus facile d'arriver aux USA via la guadeloupe que par Haiti (se pa fòt an nou) si A.A. traite mal les haitiens c'est tout à fait normal d'aller ailleurs pour y pénétrer aux States.

Toujours pour rester dans le domaine de la sociologie il est à savoir aussi que le flux de clandestins haitiens a augmenté sur la Guadeloupe dès lors que l'île de Saint Martin (FWI) a opté pour la décentralisation, ce qui implique qu'ils contrôlent à
100 % leur politique d'émigration, qui explique que les haitiens et les dominicains ne peuvent plus rentrer comme par le passé.

De ce fait ils ont opté pour la Guadeloupe via l'ile anglophone de la dominique (à leurs risques et périls ).

D'ailleurs j'ai été le 1st sur le site à parler de ce problème et vous pouvez demander à Mr G. Antoine de vous le ressortir.

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