"Le Matin" Editorial - Enjeu et défi des élections

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T-dodo

"Le Matin" Editorial - Enjeu et défi des élections

Post by T-dodo » Fri Apr 29, 2005 8:44 am

[quote]Éditorial LE MATIN du 28 avril 2005

Enjeu et défi des élections locales
Par Claude Moise

Le CEP vient de poser un nouveau jalon dans le cheminement vers les élections générales de la fin de l'année 2005. L'ouverture officielle des inscriptions par une cérémonie symbolique à Gonaives le 25 avril en est la quatrième étape. L'une des plus délicates. La détention de la carte d'identité nationale confirmera le citoyen dans son rôle d'électeur, et la chasse aux votes pourra être ouverte sur un terrain giboyeux. Les compétiteurs, vigilants, s'assureront que leurs partisans sont bien inscrits en attendant de marauder ailleurs. Rendez-vous donc au 9 octobre pour la première convocation aux urnes aux fins d'élire les maires et les conseils d'administration des sections communales élections locales dont il importe de rappeler l'enjeu. En attendant la
présidentielle et les législatives du 13 novembre, les élections locales constitueront un premier champ d'observation. Et un test important de la maturité politique des partis, de leur adhésion au nouveau régime politique de la Constitution de 1987 par leur approche de ces élections, l'importance qu'ils leur accorderont et la manière dont ils mèneront campagne. Aujourd'hui comme hier, il importe de distinguer les deux plans – les collectivités territoriales et l'État central - sur lesquels les élections se présentent et les enjeux de chacun d'eux. Aujourd'hui plus que hier, le défi des élections locales est d'autant plus important qu'elles devancent les législatives et la présidentielle.

La pesanteur de la tradition, le poids du pouvoir central font que la présidentielle et les législatives constituent un enjeu bien plus déterminant pour l'ensemble des classes dirigeantes et pour l'électorat. Les compétitions y sont d'ailleurs plus vives. On a vu ce qui s'est passé en 1990. Après l'élection d'
Aristide au premier tour, le reste n'avait plus d'importance, et les assemblées territoriales ne furent pas constituées. Cependant, si l'on considère l'aménagement du nouveau régime de la Constitution de 1987, il est plus que temps d'accorder aux élections locales toute leur importance et toute l'attention qu'elles méritent. Non seulement les contours de la décentralisation doivent se dessiner à partir des assemblées locales, mais celles-ci conditionnent la formation des institutions essentielles du nouveau régime telles que le Conseil électoral permanent (CEP), la Commission de conciliation et la magistrature dont le choix des juges, à l'exception de la Cour de Cassation, procède de listes de candidatures soumises par les assemblées territoriales au président de la République.

À tort ou à raison, par manque d'expérience ou par défaut de réflexion, les élections locales n'apparaissent donc pas dans la vision des acteurs politiques et dans leurs démarches comme essentielles à la mise en place du nouve
au régime. Selon la législation en vigueur, (loi du 4 avril 1996 et décret électoral de 2005), il suffira à un parti d'obtenir la majorité relative dans la plupart des assemblées territoriales pour contrôler tout le processus de la formation du CEP, la nomination des juges et la gestion des pouvoirs locaux. Cela est possible si l'on tient compte de l'éparpillement présumé des suffrages. Un parti politique, minoritaire, avec seulement 20% des voix, peut y parvenir s'il est compact, bien organisé, déterminé et pourvu d'une bonne vision stratégique. Personne ne peut faire des projections sur le déroulement des élections locales et leurs résultats. Il me semble que c'est le scrutin le plus difficile à maîtriser. Le mode de formation des CASEC et des ASEC selon la modalité des cartels tempérée par une dose de proportionnalité n'est pas encore expérimenté. La loi d'avril 1996 qui régit les élections locales n'a pas encore vraiment fait ses preuves.

Il ressort de cette observation que l'enjeu de ces élect
ions est bien plus déterminant qu'on le croit. J'insiste. Il concerne non seulement l'architecture du nouveau régime politique qui repose sur les institutions locales et régionales, mais encore la répartition des forces sur l'échiquier. Il appelle alors une lecture stratégique du rapport des forces, lecture différente de celle qui peut prévaloir pour les élections législatives et présidentielles où la majorité absolue est requise. C'est à ce niveau des compétitions (locales) que les alliances électorales auront, à moyen et long terme, le plus gros impact sur l'avenir du nouveau régime de la Constitution de 1987. Dans la mesure où l'on y croit et que l'on pense concrètement la situation du pays dans son ensemble et des régions en particulier en vue de l'instauration effective du nouveau régime.

Il paraît que les partis qui se croient les mieux placés optent pour une sorte de stratégie des primaires à la faveur des élections locales qui précèdent les législatives et la présidentielle. Il s'agirait pour
eux de faire de ce premier scrutin un test, le moyen par lequel ils parviendront à compter leurs forces et à se placer ainsi en position pour d'éventuelles négociations. Quelque dérisoires que puissent être les calculs, ceux qui se présentent sur le marché doivent avoir de bonnes raisons de croire en leur destinée. C'est leur droit de prendre des risques, mais c'est notre devoir d'attirer l'attention sur ce qui peut advenir de fâcheux dans ce régime constitutionnel jamais vraiment mis à l'épreuve. Nous en avons suffisamment observé les déboires dans un passé récent pour penser qu'il «ne faut pas tourner le dos aux tempêtes de l'avenir» mais les prévenir et les contenir. Les surprises peuvent être amères et les dégâts irréparables.[/quote]

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