L'argent des diaspora

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L'argent des diaspora

Post by admin » Mon Apr 11, 2005 2:59 pm

LE MONDE | 09.04.05

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En Amérique latine, les "remesas" ont atteint 45 milliards de dollars en 2004

LE MONDE | 09.04.05 |
Saint-Domingue de notre correspondant Jean-Michel CaroitDu Mexique à l'Argentine, en passant par Cuba et Haiti, des dizaines de millions de Latino-Américains, parmi les plus pauvres, survivent grâce aux remesas. Ces transferts de fonds des émigrés, installés pour la plupart aux Etats-Unis, mais aussi de plus en plus en Europe, représentent la deuxième source de devises de l'économie mexicaine et la principale dans plusieurs pays d'Amérique centrale et des Caraibes.

C'est en grande partie grâce aux remesas que Cuba s'est remis de l'effondrement du bloc socialiste, qu'Haiti a résisté à près de vingt ans de sanglantes convulsions et que la République dominicaine a surmon
té un séisme bancaire depuis deux ans. En 2004, les quelque 25 millions de migrants originaires d'Amérique latine et des Caraibes ont envoyé 45,8 milliards de dollars à leurs familles, 20 % de plus qu'en 2003. Pour la troisième année consécutive, ces transferts familiaux ont dépassé la somme des investissements étrangers et des crédits de coopération accordés à la région, confirmant la place du sous-continent au premier rang mondial des récepteurs de remesas.

Les organismes financiers internationaux et les banques n'ont découvert que récemment ce considérable gisement. "On pourrait les appeler les milliards disparus. Durant des décennies, ces flux sont passés inaperçus car l'argent était envoyé en petites sommes, en marge du système financier formel, par des travailleurs généralement marginalisés, souligne un récent rapport de la Banque interaméricaine de développement (BID). Les remesas sont désormais reconnues comme indispensables à la survie de millions de familles. A la différence de l'aide i
nternationale, elles parviennent directement aux familles dans des lieux où souvent cette coopération n'arrive pas. Tandis que les flux de capitaux fluctuent selon les cycles du marché, les remesas ont continué d'augmenter même durant les récessions."

"Les valeurs familiales et la constitution de familles transnationales sont le fondement de ces flux", ajoute la BID, qui aimerait transformer les remesas, présentées comme "la face humaine de la mondialisation", en "instruments de démocratie financière". Actuellement, moins de 10 % des bénéficiaires ont accès au système bancaire. "Le passage à un système de transfert électronique ou digital "de compte à compte"permettra de réduire les frais d'envoi et d'intégrer des millions de pauvres au système financier. Les remesas auront un effet multiplicateur plus important pour des prêts au logement ou des microcrédits à de petites entreprises", anticipent les experts de la BID. Selon Donald Terry, le gérant du Fonds multilatéral d'investissement, le fonds
spécialisé de la BID, l'incursion des institutions financières au cours des dernières années a permis de réduire de moitié le coût des transferts dans la région, à environ 7 %.

RÉÉVALUATION PÉNALISANTE

Avec un chiffre record de 16,6 milliards de dollars en 2004, le Mexique est le principal récepteur de remesas d'Amérique latine, devant le Brésil (5,6 milliards). Le président mexicain, Vicente Fox, a reconnu que ces transferts jouaient un rôle-clé dans la lutte contre la pauvreté. "Les remesas totalisent des sommes beaucoup plus importantes que ce que le gouvernement fédéral investit dans les campagnes", a-t-il admis. L'augmentation de ces transferts, qui ont encore progressé de 28 % en janvier 2005 par rapport au même mois de l'année précédente, témoigne de la persistance du flux migratoire en direction des Etats-Unis, que des milices de civils armés tentent d'endiguer dans l'Arizona.

A Cuba, la réévaluation de 8 % du peso convertible, le "chavito", a
nnoncée par Fidel Castro, qui prend effet le 9 avril, a pour principal effet de taxer d'autant les remesas. Évalués à plus de 1 milliard de dollars, ces transferts proviennent pour l'essentiel de la communauté cubaine exilée en Floride. Francisco Soberon, le président de la banque centrale cubaine, a expliqué à la télévision que cette mesure visait à "corriger la distorsion existant entre ceux qui reçoivent des devises -environ 40 % de la population- et ceux qui n'en reçoivent pas".

A Saint-Domingue, pour réduire le poids, en pesos, de la dette extérieure, et financer le sauvetage du système bancaire, dont les responsables de faillites frauduleuses sont toujours en liberté, le président dominicain, Leonel Fernandez, a également procédé à une forte réévaluation, d'environ 40 %, de la monnaie, qui a sérieusement amputé le pouvoir d'achat des remesas. "Avec les 250 dollars que ma soeur lui envoie tous les mois de New York, ma mère arrivait à survivre il y a six mois. Aujourd'hui ça couvre à peine so
n loyer et l'électricité", confie Oscar Perez, un chauffeur de bus de Saint-Domingue.

Jean-Michel Caroit
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Article paru dans l'édition du 10.04.05

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