L'AFFAIRE YVON NEPTUNE: Jugement ou lynchage?

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L'AFFAIRE YVON NEPTUNE: Jugement ou lynchage?

Post by admin » Wed Mar 16, 2005 1:44 pm

HAITI EN MARCHE
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L'AFFAIRE YVON NEPTUNE

Jugement ou lynchage?

PORT-AU-PRINCE, 12 Mars - S'il y a quelqu'un qui doit vouloir aller devant un juge, c'est Yvon Neptune. Il en a besoin pour enlever tout doute sur son honneur et sa carrière.

Mais pas plus que Neptune ne veut se prêter à son propre assassinat, l'international n'a l'intention de se faire le complice d'un lynchage.

Or il suffit d'écouter les accusateurs de l'ex-premier ministre pour savoir à quoi s'en tenir.

D'abord, qui sont les accusateurs? Toujours les mêmes ...

Ce sont eux qui ont défilé à nouveau sur le petit écran après le transfert par la Minustah du prévenu en grève de la
faim du Pénitencier national à l'hôpital de la mission internationale près de l'aéroport de Port-au-Prince.

On peut les compter sur le bout des doigts. A croire donc que la cause n'a pas gagné en intérêt auprès de la population.

C'est l'organisation NCHR (Coalition Nationale pour les Droits des Haitiens), la seule à avoir annoncé le "massacre de La Scierie", localité de Saint Marc où aurait eu lieu un massacre peu avant la chute du Président Jean-Bertrand Aristide, et que Yvon Neptune (lors premier ministre) est accusé d'avoir ordonné. C'est aussi la NCHR qui a engagé rubis sur ongle le bureau d'avocats chargé de défendre les parents des victimes.

Intervenant à la télévision, le patron de la NCHR, Pierre Espérance, n'a pu s'empêcher de déformer l'information, disant "la Minustah et des diplomates étrangers ont enlevé Neptune du Pénitencier national", en omettant de préciser que c'est en présence d'un juge de paix et avec l'assistance de la Police nationale d'Haiti.

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Tel autre se caractérise par son visage si plein de dégoût et de mépris qu'on a peine à y inscrire le mot de respect des droits humains.

Puis c'est le ministre de la Justice et de la Sécurité publique Bernard Gousse qui, vu la difficulté d'expliquer la participation de la justice et de la police à l'opération alors que la veille encore il était contre cette éventualité, se met à accuser des individus imaginaires qui ne veulent pas du procès de Neptune à cause de tout ce que ce procès peut révéler!

Selon Gousse, si le procès est en retard, c'est aussi à cause de Neptune qui a entré une motion en récusation contre le juge d'instruction de Saint Marc, mais le ministre ne dit pas après combien de mois de détention préventive.

Ne parlons pas de maints leaders politiques, champions du bavardage inutile, qui ont appelé ouvertement sur les ondes à laisser mourir le prévenu ... Mentalité de lynchage.

Ou de l'avocat des victimes, Me Samuel Madistin, disant que cette grève de la
faim ne lui dit rien qui vaille.



Les absents ont toujours tort ...

Comment l'international pourrait-il faire confiance à des gens aussi légers?

Et qui ont pourtant en main l'avenir du pays, et qu'ils gardent si jalousement!

Comment l'international pourrait-il se faire le complice d'une telle mascarade annoncée?

Pourtant nous répétons: celui qui a le plus intérêt à un vrai procès, ce ne devrait être autre que Yvon Neptune, car il y va de son honneur et de sa carrière politique. Les autres n'ont, quant à eux, rien à perdre ...

Se peut-il même que le véritable objectif de ces derniers ce n'était pas le procès, mais faire prendre la fuite à l'accusé. Car les absents ont toujours tort ...

Revenons à quelques points importants.

Un dimanche de mai 2004, on apprend que l'ex-premier ministre Yvon Neptune, ayant appris sur les ondes qu'un mandat d'arrêt avait été dressé contre lui, a décidé de lui-même de
se constituer prisonnier.

Le temps de contrôler l'information, Neptune est déjà bouclé au Pénitencier national.

Le gouvernement intérimaire l'accuse d'avoir ordonné un massacre dans une localité de Saint Marc nommée La Scierie, au cours d'une visite accomplie peu avant le renversement du Président Aristide le 29 février 2004 sous la pression conjuguée d'un mouvement d'insurrection populaire dans certaines régions du pays, dont Saint Marc, et de certaines grandes chancelleries (Washington, Paris et Ottawa).



"Où est le corps du délit?" ...

Mais, première surprise, personne n'a entendu parler de ce massacre, aucune autre organisation des droits humains, ni agence de presse, que la NCHR (et précisons la NCHR-Haiti) ...

Secundo, celle-ci elle-même n'arrive pas à documenter son accusation, se mettant à rétrograder en passant au fur et à mesure de génocide en massacre, puis enfin tuerie.

D'autre part, l'information a été
carrément démentie par le haut commissaire international des droits humains pour Haiti, le français Louis Joinet (qu'on ne peut accuser de sympathie pro-Lavalas), selon lequel il y a deux groupes pro et anti-Aristide (nommés respectivement Balewouze et Ramicos) qui s'affrontaient à Saint Marc, et qu'il y a eu des victimes des deux côtés.

Selon un bulletin de l'agence Reuters, des journalistes et défenseurs des droits humains qui ont débarqué à La Scierie au lendemain du présumé massacre, ont découvert un total de 5 cadavres sans pouvoir identifier à quel camp ils appartenaient.

Mais à la question: "où est le corps du délit?" que lui posait récemment la radio privée Mélodie FM, l'avocat Samuel Madistin a répondu qu'on verra au moment du procès s'il n'en existe pas.

Et d'expliquer qu'on ne parle pas d'un événement qui a duré un seul jour, mais que le massacre s'est étendu au moins du "9 au 29 février 2004."

Or jusqu'à présent l'accusation était que Neptune a donné
l'ordre de commettre le massacre au cours de cette visite effectuée peu avant la chute d'Aristide.

Donc l'accusation change de chef d'accusation en pleine instruction de l'affaire.

Or quelle instruction?

Certains médias locaux, qui ne comprennent rien en procédure judiciaire, parlent à tort et à travers d'inculpation et d'inculpé. "L'inculpé Yvon Neptune ..." etc.

Or personne n'a jamais rien su de l'instruction (ah oui, l'instruction est secrète, mon oeil).



Comme au temps du Comte de Monte Cristo ...

Or c'est à partir d'évidences crédibles, comme le corps du délit ou autres (examen ADN comme lors du procès de Raboteau aux Gonaives), que le juge d'instruction doit se faire une idée du cas qui est soumis à sa sagacité.

Dans le cas contraire, il doit prendre une ordonnance de non lieu et remettre le prévenu en liberté. (Et s'il est convaincu de l'implication du prévenu, c'est alors et alors seulement q
u'intervient l'inculpation).

N'oublions pas que, comme dans le cas de M. Neptune, le prévenu en question aura déjà accompli une longue détention préventive (et sans la moindre preuve de culpabilité) ...

Et sans possibilité de liberté provisoire sous caution, une disposition qui n'existe pas en droit haitien. Car nous vivons toujours comme au temps du Comte de Monte Cristo, où l'on peut passer toute sa vie en prison et même pas par erreur judiciaire, puisque de jugement il n'est pas nécessaire d'en avoir.

Quel intérêt a donc M. Neptune à ne pas poursuivre jusque devant le juge si, comme le pensent le responsable pour l'ONU du respect des droits de l'homme en Haiti, Louis Joinet, et autres organisations comme Amnesty Internatioal ou Human Rights Watch, il n'a jamais existé de massacre de La Scierie?



Qui fait confiance à la justice haitienne? ...

Mais c'est là le hic. Qui fait confiance à la justice haitienne? Personne, à c
ommencer par les autorités haitiennes elles-mêmes.

C'est le Premier ministre Gérard Latortue qui pas plus tard que le mois dernier lors de l'installation de son cabinet remanié, reprochait à la justice d'être bon dernier au palmarès des réalisations de son gouvernement.

C'est le dernier rapport du Département d'Etat américain sur les droits humains en Haiti, il y a une semaine, concluant que le pays a fait des progrès sous le gouvernement intérimaire, sauf dans les deux domaines de la justice et de la police. "Le gouvernement intérimaire n'a pas surmonté les faiblesses du système judiciaire et de la police dont il a hérité et qui ont entravé ses efforts en vue d'améliorer les pratiques de droits de l'homme durant cette importante année de transition" dit un communiqué de presse de l'Ambassade des Etats-Unis en Haiti, rappelant en outre que "les doits de l'homme sont essentiels à tout moment, pour toutes personnes et en toutes circonstances."

C'est aussi le dernier rapport du
Conseil de sécurité de l'ONU sur Haiti sorti la semaine dernière où celui-ci s'inquiète "des accusations de violation des droits de l'homme portées contre des membres de la police nationale haitienne, sur lesquelles aucune enquête sérieuse n'avait été meneée par les autorités."

Mais c'est le ministre de la Justice, Bernard Gousse, lui-même qui commentait, après le tollé provoqué l'année dernière par l'acquittement du chef paramilitaire Louis Jodel Chamblain, qu'on doit comprendre que la justice haitienne n'est pas encore parfaite ...



Tout semble avoir été prévu, tout sauf le procès lui-même ...

Et c'est la même justice qui prétend, envers et contre toutes les organisations des droits de l'homme les plus expérimentées au monde, pouvoir soudain aboutir à un procès honnête et impartial.

Autre chose: On répète (mais sans daigner l'expliquer) que la cour de Cassation a rejeté une requête de M. Neptune pour tenir le procès en dehors
de Saint Marc.

C'est une procédure courante toutes les fois que l'une des deux parties peut craindre une manipulation des jurés quand un procès se tient dans une ville dévorée par la passion envers l'un ou l'autre camp.

On a entendu à la radio les réactions des présumés parents des victimes de Saint Marc à l'annonce que le prévenu a été transféré à l'hôpital de la Minustah. Cela sent le lynchage à plein nez, la Saint Barthélemy!

On se contente de dire que la Cour de Cassation a tranché contre cette requête. Mais quelle cour de cassation?

A la vérité, on a l'impression que la justice haitienne intérimaire s'est mise dans de beaux draps. Tout semble avoir été prévu, tout sauf le procès lui-même.



Un grain de sable dans la machine ...

La NCHR, l'organisation des droits humains la plus richement pourvue en assistance financière extérieure, pensait réaliser le coup du siècle en montant cette dénonciation du massacre de
La Scierie.

Les autorités intérimaires comme compère Renard par l'odeur alléché, et sans avoir la moindre précision à ce sujet, sont tombées dessus comme une occasion inespérée.

Espérant que dans la bonne tradition de chez nous, les accusés n'allaient pas tarder à prendre la poudre d'escampette.

Mais, coup de théâtre, un certain Yvon Neptune, qui avait déjà décidé de ne pas fuir la nuit du 29 février 2004 comme la plupart de ses collègues, vint se constituer prisonnier en annonçant qu'il ne fuira pas la justice de son pays.

Dès lors, c'est le grain de sable dans la machine.

Qui plus est, on lui aurait proposé de sortir de prison s'il consentait à gagner l'exil.

Négatif.

Pas étonnant alors qu'on eut parlé au moins trois fois de tentatives d'assassinat. Ou plutôt tentatives de "kaponnay" (d'intimidation), qui sait ...

Il n'en reste pas moins que, alors que le ministre Gousse jure ses grands dieux que le procès de La Scierie aura lieu, le
plus à espérer un vrai procès est Yvon Neptune. Pour son honneur ...

Les autres quant à eux s'en foutent. Une comédie de plus ou de moins ...


Haiti en Marche, 12 Mars 2005

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