Des élections coûte que coûte!!!

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Des élections coûte que coûte!!!

Post by admin » Sat Mar 05, 2005 3:15 pm

"Eleksyon wè pa wè" -- Des élections coûte que coûte!!!

[quote]PORT-AU-PRINCE, 27 Février -

La campagne n'est pas encore ouverte, mais tous réalisent aujourd'hui que les élections auront lieu.

Afin que nul n'en ignore, l'envoyé spécial de l'ONU et chef de la mission de stabilisation en Haiti (Minustah), l'Ambassadeur Juan Gabriel Valdès, a déclaré: Les élections sont pour le peuple, aussi aucun groupe ne peut décider de les empêcher d'avoir lieu. Dans ce cas-là, nous interviendrons.

Depuis la semaine dernière, M. Valdès développe un nouveau discours: le peuple veut des élections, la communauté internationale aussi. Il ne saurait donc être permis à quiconque d'empêcher leur organisation.

L'envoyé spécial de l'ONU tient à présent ce langage parce qu'il semble avoir su convaincre tous
les partenaires internationaux de monter à bord, y compris ceux qui ont rejeté le renversement par la force, il y a un an (29 février 2004), du président Jean-Bertrand Aristide.

Derniers en date: les pays de la Caricom (Communauté caraibe) qui, lors de leur récent sommet au Surinam (17-18 février), ont réitéré leur refus de collaborer avec le gouvernement intérimaire haitien, mais n'en ont pas moins accepté de prêter leur assistance technique pour les prochaines élections haitiennes, ce dans le cadre de la Minustah.

Le 29 février 2004 a aussi été contesté, comme l'on sait, par l'organisation de l'unité africaine ou Union Africaine (UA). Cependant son chairman, M. Alpha Oumar Konaré, n'en a pas moins promis un appui formel aux prochaines élections haitiennes, à condition que toutes les composantes du monde politique haitien puissent y participer librement.

Par la même occasion, M. Konaré ouvrait aussi en principe la voie à la participation de l'ex-président Aristide au processus d
e "dialogue politique" qui doit se dérouler parallèlement à l'organisation des élections, parce que seul capable, pense-t-on, de réconcilier la nation avec elle-même.


Massacre de 14 résidents ...

Les prochaines élections sont donc un banc d'essai pour la réintégration pleine et entière d'Haiti dans le concert des nations, et pour commencer retrouver son siège dans la communauté caraibe - ce que tous nos partenaires internationaux appellent de leurs voeux, y compris les Etats-Unis, comme un élément essentiel pour permettre à Haiti de bénéficier de manière concrète du grand courant des échanges commerciaux et d'investissements pour lequel les différents blocs régionaux se positionnent. L'union fait la force!

Cependant alors que (du côté des internationaux) les prochaines élections haitiennes deviennent presque une certitude, Port-au-Prince répond quant à elle par un rebondissement de la violence. Des gangs ont encore massacré 13 résidents du quarti
er populaire Cité de Dieu (sud de la capitale) et incendié plusieurs maisons (la police de son côté faisant au moins 5 morts au cours d'interventions à La Saline, tous des partisans de Fanmi Lavalas, selon Le Monde). Ces bandits voulaient se venger des brigades de vigilance (comités de quartier) qui les avaient fait emprisonner. Ce sont probablement des évadés du Pénitencier national où un demi millier de détenus, dont des criminels notoires, se sont échappés le samedi 19 février dernier.

D'autre part, les autorités aussi bien nationales (le premier ministre intérimaire Gérard Latortue) qu'internationales (Juan Gabriel Valdès) ont reconnu que l'évasion du 19 février est le fruit de complicités à l'intérieur du système pénitentiaire, et donc de la Police nationale d'Haiti.

Dans n'importe quel pays, une telle révélation aurait entrainé automatiquement la démission du chef de la police et des responsables concernés au plus degré de la chaîne de commande.

Mais seuls le chef de la pr
ison et le directeur de l'Administration pénitentiaire nationale (APENA) ont été renvoyés.

Tandis que l'"enquête indépendante" annoncée par la police nationale et le gouvernement restera probablement lettre morte comme toutes les autres qui ont précédé.

Bientôt, avec la fatale succession des événements toujours aussi catastrophiques les uns que les autres, on aura tourné la page.


Peut-on placer un casque bleu derrière chaque haitien? ...

Apparemment choqué devant la constatation de l'implication directe de la police nationale dans cette évasion de près de 500 malfrats qui ont recommencé la même semaine à faire parler d'eux (massacres de population civile, vols, invasions de domicile, viols commis sur leurs victimes et non des moindres), M. Valdès parle de mettre partout des patrouilles de casques bleus. Ce sont des camions bourrés de soldats étrangers armés jusqu'aux dents qui laissent en début de soirée le campement de la Minustah près d
e l'aéroport international. Mais peut-on placer un casque bleu derrière chaque haitien? A ce train-là, les 7.400 hommes sur place vont se révéler largement insuffisants. L'argument ne semble donc pas vraiment convaincant.

Voilà donc qui fait franchir à l'insécurité un nouveau palier, et un de loin beaucoup plus sérieux (plus grave que l'insécurité elle-même), c'est la compromission ouverte de la police nationale, et à des degrés insoupçonnés. C'est la pourriture interne et profonde de l'institution chargée de l'application de la loi et l'ordre, et qui ne cesse de clamer qu'elle est la seule officiellement autorisée à porter des armes. Menacer et se servir!

Rien d'étonnant que le trafic de drogue ait redémarré sur des chapeaux de roue (le dernier stock saisi dans un aéroport de Montréal totaliserait les prises de deux années au moins).

Voilà aussi que l'assassinat des 4 policiers survenu le dimanche du carnaval (6 février) serait la conséquence d'un règlement de comptes imp
liquant la police de l'aéroport. Les 4 malheureux auraient été tués parce que se trouvant au mauvais moment, au mauvais endroit et surtout dans le mauvais véhicule. C'est le véhicule qui aurait été ciblé. On a relevé plus d'une quarantaine de douilles. Mais ses 4 occupants n'avaient, hélas, rien à y voir.


La fin justifie les moyens ...

Il n'empêche. L'envoyé spécial reste assuré que les élections auront lieu dans les délais fixés. Et on est tenté de le croire, vu l'emprise de plus en plus totale de l'international sur la chose politique, et pour ne pas le dire, sur nos vies.

Oyez le raisonnement avancé par M. Valdès samedi lors d'une conférence de presse à Jérémie, à l'extrême sud du pays: "Oui, c'est difficile de tenir des élections dans les circonstances actuelles; mais ne pas les tenir c'est créer une situation qui sera encore plus difficile à gérer."

Et pourtant, la classe politique locale continue de prendre son temps, de tour
ner en rond, de marroner. Car en Haiti, les élections c'est la fin. Faut-il bien se donner d'abord les moyens? Et dans ce domaine plus qu'aucun autre, la fin justifie les moyens. N'importe quel moyen. Tous les moyens sont bons. D'abord prendre le contrôle de la machine ...

L'évasion massive survenue au Pénitencier a paru une bonne occasion à cause des nombreuses protestations soulevées. Cependant au lieu de viser directement les responsables de la loi et l'ordre, c'est le Premier ministre - et lui seul - qui se retrouve dans le collimateur.

La semaine dernière, les candidats au poste de premier ministre se bousculaient au portillon. La manoeuvre n'a pas réussi, mais il ne reste que d'attendre.

Alors que peu de candidatures sérieuses aux prochaines élections se sont manifestées jusqu'à présent.


"Al fè ti kat" ...

Les élections c'est aussi une autre étape décisive appelée l'inscription des électeurs. "Al fè ti kat" (faire sa
carte électorale).

C'est le premier moyen pour savoir si, comme le soutient l'envoyé spécial de l'ONU, le peuple veut les élections.

Que se passera-t-il lorsqu'on arrivera bientôt à l'inscription des électeurs?

La dernière fois qu'on a vécu une situation semblable c'était en 1990. Le peuple avait presque laissé passer la période d'inscription ... Normal. Il n'avait pas encore son candidat. Puis soudain, un certain Titid vint ...

Récemment, Fanmi Lavalas a annoncé qu'il ne participera pas aux élections si ses exigences ne sont pas satisfaites (libération de tous ses ex-dirigeants et militants emprisonnés sans motif sinon leur seule affiliation politique, respect de la liberté de rassemblement et de tenir librement des réunions politiques en n'im-porte quel point de la république, lancement d'un "dialogue politique" authen-tique, retour d'exil du président qui a été renversé par la force le 29 février 2004).


Lavalas est-il vraiment le seu
l maître du jeu? ...

Supposons que Fanmi Lavalas maintienne sa position actuelle et que ses partisans n'aillent pas aux bureaux d'ins-cription, alors on saura aussi de cette façon quel est le poids électoral des autres formations politiques. Si un grand nombre se précipite aux bureaux d'inscrition, cela voudrait dire que Lavalas n'a plus le quasi monopole auquel il prétend.

Par contre, supposons que les bureaux d'inscription restent désespérément vides. Eh bien, cela voudra dire que Lavalas reste électoralement incontournable.

Voilà donc un premier test capital.

Mais Lavalas est-il le seul maître du jeu comme en 1990? Est-ce que la situation est tout à fait la même? Est-ce que les responsables de Fanmi Lavalas peuvent décider à eux tout seuls de la tenue ou non des prochaines élections? Aussi bien Lavalas que n'importe quel autre secteur, pour reprendre M. Valdès ...

Des élections qui ne sont pas seulement un défi pour la communauté nationale, mais
également pour l'universalité des pays qui nous assistent en ce moment, et spécialement ceux de l'Amérique latine pour lesquels cette situation représente, dit M. Valdès, une grande première et donc qu'on ne doit pas râter.

Est-ce que Fanmi Lavalas est seul habilité à trancher sur une question aussi capitale et ayant autant de répercussions et à des niveaux aussi élevés?

Il ne reste que d'attendre ...

Haiti en Marche, 27 février 2005
[/quote]

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