HAÏTI, UNE NATION QUI FAIT LA FINE BOUCHE

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HAÏTI, UNE NATION QUI FAIT LA FINE BOUCHE

Post by admin » Tue Feb 15, 2005 9:23 am

[quote]HAÏTI, UNE NATION
QUI FAIT LA FINE BOUCHE

par Gérard Bissainthe

En 1989 après avoir conçu et créé pour l'État haitien le Commissariat des Haitiens d'Outre-Mer, qui était pratiquement le Commissariat de la Diaspora haitienne, je pris des contacts divers pour le structurer et le consolider. Un de ces contacts fut l'Ambassadeur de France Jean Dufour avec qui, lors d'un dîner en mon honneur au Manoir des Lauriers, je pus aborder de nombreuses questions épineuses relatives à la double nationalité. M. Dufour m'avait dit être un des spécialistes français de cette question de la double nationalité. Il devait souligner pour moi au cours de cette soirée des points importants et éclairants et entre autres que la France accepte sans difficulté la double ou multiple nationalité. Quand je lui demandai expressément si un Français qui avait aussi, par exemple, la nationalité américaine, pouvait devenir Président de la République Française sa réponse fut sans aucune hésitation affirmative.

Il ressort de tout cela que le Français (“né malin”, comme l'a écrit Boileau) plutôt que de perdre des valeurs nationales qui s'expatrient ou qui adoptent une autre nationalité, s'arrange pour continuer à les revendiquer et, en fait, à en profiter. Alors que nous, nous expédions hors de la Cité haitienne, avec parfois un coup de pied au derrière, toute une kyrielle de femmes et d'hommes dotés parfois d'immenses talents et disposant d'énormes ressources, simplement parce que les contextes complexes de la vie moderne les a parfois acculés à adopter une autre nationalité ou pour mieux fonctionner ou même simplement pour survivre.

Que font d'autres nations? Bien souvent les textes de leur législation, pris au pied de la lettre, interdirait la double nationalité. Mais leurs dirigeants préfèrent suivre l'esprit de la législation plutôt que sa lettre. Si bien que dans la pratique, même lorsque ce n'est pas stipulé expressément, les nations modernes dans leur grande majorité acceptent la double nationalité ou, tout au moins, “ferment les yeux” à son sujet.

C'est exactement ce que j'avais proposé déjà en 1989, lorsque j'avais mis sur pied ce Commissariat des Haitiens d'Outre-Mer. M'inspirant de la pratique des “grandes nations” qui quasiment toutes finalement acceptent la double nationalité, je proposais que nous ne nous enfermions pas dans un formalisme stérile et finalement suicidaire et que nous laissions de côté cette question de la double nationalité, non point d'ailleurs en faisant de notre constitution une “constitution à la carte” ce qu'elle est devenue, mais en nous basant sur le fait courant qu'une loi dont l'application est impossible tombe par elle-même. Or il est absolument impossible dans bien des cas d'empêcher une personne d'avoir une nationalité étrangère en plus de la nationalité haitienne. C'est le cas des enfants nés aux États-Unis de parents haitiens de naissance: ils ont une nationalité haitienne inattaquable par le jus sanguinis (droit du sang) et ils ont une nationalité américaine absolument inattaquable aussi par le “jus soli” (le droit du sol). Il n'est pas du tout dans l'esprit de la constitution haitienne d'exiger d'eux qu'ils aillent entamer les démarches très complexes qui pourraient annuler leur nationalité américaine; donc ils vont continuer à vivre et à fonctionner avec leurs deux nationalités inattaquables. Si de plus, un des deux parents d'un de ces enfants est, par exemple, français de naissance, il aura trois nationalités inattaquables.

Par ailleurs, supposons que Madame Bayard, puisqu'il s'est agi d'elle, avait fait à l'époque une déclaration stipulant qu'elle voulait recouvrer sa nationalité haitienne, elle aurait recouvré cette nationalité, mais EN FAIT SANS PERDRE SA NATIONALITÉ AMÉRICAINE. Les Américains sont trop intelligents pour “laisser tomber” une Madame Bayard qui représente un capital intellectuel et professionnel appréciable. Alors que nous, pauvres parmi les pauvres, nous jouons les délicats et les difficiles, comme le héron de la fable, nous faisons la fine bouche et pratiquons le “brain and ressource rejection”, alors que les Américains pratiquent royalement le “brain and ressource drain”. Résultat: les Américains regorgent de cerveaux brillants et de ressources des plus valables dans tous les domaines, pendant que nous, nous passons notre temps à ramper dans les couloirs du State Departement pour mendier un bol de riz. Et résultat plus grave: aujourd'hui, nous sommes dirigés ou par des hommes autrefois efficients mais aujourd'hui velléitaires et paumés ou même, pire, par des médiocres et des incapables, qui, de surcroît, imposent leurs grossières combines avec une superbe arrogance, dont notre classe politique accepte la gifle avec une non moins superbe lâcheté.

J'ai écrit une fois que notre pays devra choisir entre une Diaspora pleinement intégrée ou la tutelle étrangère. Il n'est pas impossible que cette tutelle étrangère utilise demain (et c'est même déjà vrai un peu aujourd'hui) pour s'implanter, se maintenir et s'incruster les éléments mêmes de cette Diaspora que nous aurons rejetés et que les Étrangers auront sagement recueillis. Refusant de les avoir comme co-nationaux, comme concitoyens et comme frères, nous les aurons comme maîtres.

Il y a des esclaves qui sont esclaves, parce qu'ils veulent à tout prix être esclaves. Vous vous étonnez et vous protestez ? Ils vous répondront comme dans Molière: “Et si ça me plaît d'être battu?”


Gérard Bissainthe
gerarbis1612@wanadoo.fr
15 février 2005[/quote]

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