FADH: L'Armée de tous nos malheurs

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FADH: L'Armée de tous nos malheurs

Post by admin » Wed Jan 19, 2005 2:52 pm


LES FORCES ARMEES D'HAITI,
L'ARMEE DE TOUS NOS MALHEURS
par Lovinsky Pierre-Antoine

Lorsque nous parlons des Forces Armées d'Haiti, il est absolument nécessaire, d'un point de vue historique, de faire la différence entre cette armée qui a fonctionné comme une armée d'occupation sur son propre territoire, qui a regroupé dans son sein de nombreux mercenaires, de nombreux délinquants, de nombreux criminels, trafiquants de drogue, cette armée qui a porté le fer contre cette population qu'elle avait la charge de protéger, et de defender, et l'Armée (avec grand A) qui a fait la geste de Vertières, le 18 Novembre 1803 et qui a victorieusement mené toutes les guerres jusqu'au chambardement du système colonial et à la proclamation de l'Indépendance Nationale.

Le souvenir de cette Armée-là est gravée en lettres d'or dans nos mémoires et nos coeurs. Elle est à tout jamais héroiq
ue pour avoir fair, entre autres, la grande épopée de Vertières. C'était l'armée des “va-nu-pieds”, celle des “chimères”. C'était l'armée populaire, l'armée nationale, composée de vaillants soldats, dignes fils et filles du peuple qui défendaient une cause noble, celle la liberté et de l'émancipation, sans exclusive, pour tous les esclaves qui croupissaient dans la géhènne coloniale. Ils ont consenti d'énormes sacrifices, et ils étaient prêts à mourrir pour cette cause. Aux lendemains de l'Indépendance, cette armée a vite disparu pour faire place à un groupe de malfrats dont les objectifs étaient de protéger les intérêts d'une élite antinationale, liée par le capital à la bourgeoisie internationale, plus intéressée à s'enrichir qu'à jouer un rôle d'avant-garde éclairé pour cette nouvelle nation qui se cherchait encore.

Au moment de la première occupation du territoire national, par les troupes américaines (1915-1934), les yankees avaient remplacé cette armée par ce qu'ils avaient appelé “La Garde d'H
aiti”. Et les Forces Armées d'Haiti sont le produit direct de cette Garde d'Haiti. Depuis cette période, le Gouvernement des Etats-Unis a toujours, sous le couvert d'une aide technique et financière, assuré la prise en charge des Forces Armées d'Haiti comme des autres armées de la région.

Cette prise en charge, fait suite à la mise en œuvre de la fameuse doctrine de la « sécurité nationale » ( C'est une nouvelle forme de la doctrine de Monroe qui pronait le slogan : l'Amérique aux américains) par le ministère de la Défense des Etasts-Unis vers les années 1947, après la deuxième guerre mondiale. A la même époque, l'Ecole des Amériques (The School Of America), l'Ecole des assassins dit l'agence de nouvelles Nueva Colombia, a été fondée dans la zône du Canal de Panama puis transférée à Fort Benning en Georgie en 1984, dans le but de procéder à la formation des cadres et officiers pour les armées de la région. L'un des principes enseignés par cette Ecole est le principe de la guerre totale contre l'ennemi
intérieur. Cet ennemi intérieur, c'est le peuple et ses organisations. Et cette guerre totale est tout à la fois économique, financière, psychologique, politique, militaire, scientifique. Elle donne naissance aux escadrons de la mort qui y ont appris aussi bien les procédés d'exécutions sommaires que les techniques de torture: l'enfermement, l'immobilisation prolongée, les températures d'extrèmes chaleur ou de froid…etc

Le Département de Politologie Générale de l'Université de Liège, Section Maîtrise en Relations Politiques Internationales a mis en circulation un texte dans lequel il affirme : << Celui qui a le plus contribué à lélaboration de cette doctrine de ‘'sécurité nationale'' est sans nul doute le Général brésilien Golbery do COUTO e SILVA, fondateur des Services de Renseignement du Brésil.>>

Selon un rapport d'Amnesty International publié en 1998 sous le titre «Le Paradoxe américain», 150 autres centres de formation du type School Of America , pour la formation idéologiq
ue et militaire d'éléments des armées des pays latino américains, ont été mis en place par le Gouvernement des Etats-Unis, tant sur le territoire américain que dans d'autres pays.

La quasi-totalité des anciens cadres et officiers de l'ex-armée haitienne ont été formés dans l'une ou l'autre de ces centres d'apprentissage des techniques coercitives, où ils ont appris:
Les techniques pour réaliser un coup d'état sanglant ?
Comment torturer un élément subversif pour le faire avouer
Les techniques de répression
La torture
Les assassinats…

De nombreux ex-officiers de l'armée haitienne emmargeaient également au budget de la C.I.A. On comprend alors jusqu'à quel point les forces de sécurité en Haiti étaient sous le contrôle du gouvernement des U.S.A. Le scénario n'est pas différent en ce qui concerne les autres pays de la région de l'Amérique latine. Cela explique aisément la facilité avec laquelle le gouvernement américain pilote depuis Washington tous les coups d'état militaires
de la région. Les années 60 ont vu la montée en flèche des régimes militaires dans les quasi-totalité des pays latinoaméricains.


En Haiti, en plus des 60.000 assassinats dont elles se sont rendues coupables depuis la dictature féroce de François Duvalier (Papa Doc) de 1957 à 1971, et le régime saguinaire “néo-macoute” de Jean-Claude Duvalier (Baby Doc) 1971 à 1986, jusqu'à aujourd'hui, en plus d'avoir porté leurs armes contre leur propre pays, en plus des 34 coups d'état qu'elles ont provoqués, les ex-Forces Armées d'Haiti sont directement responsables de crimes suivants:

• Incendies de bien publics et privés
• Traitements cruels inhumains et dégradants à l'encontre des membres de la population
• Violation de la Constitution
• Crime de haute trahison
• Massacres des groupes de compatriotes en milieu rural et en milieu populaire urbain
• Assassinats et tentatives d'assassinats
• Tortures infligées à des personnes en détention
• Vols et viols
• Complicité dans l'éva
sion de prisonniers en attente de procès
• Occupation illégale de biens publics et privés
• Expropriation…etc

Aujourd'hui les ex-militaires de l'ancienne armée semblent défier les autorités de facto, qu'ils ont eux-mêmes aidé à se hisser au pouvoir. Ils réclament le paiement de leur fond de pension, le paiement de 10 ans d'arriérés de salaires (1994 dâte à laquelle ils ont été démobilisés à 2004). Selon les propres déclarations de la Porte-Parole de la Police Nationale d'Haiti, Mme Jessy Cameau Coicou, bulletin de l'Agence Haitienne de Presse du 10 Novembre 2004, ils malmènent les policiers réguliers. Ils organisent des patrouilles motorisées seuls et parfois avec des soldats de la MINUSTHA et des policiers qui acceptent de marcher sous leurs ordres. Ils n'ont pas besoin de mandats juridiques pour enfoncer les portes des maisons dans les quartiers populaires à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Ils violent les domiciles privés de paisibles citoyens, les harcèlent, les rançonnent. Ils
volent et violent femmes et enfants. Ils procèdent à des arrestations ou à des kidnappings, jugent eux-mêmes leurs otages, prononcent et exécutent les sentences qui vont souvent au peloton d'exécution, ou à la noyade, comme cela a été le cas pour un groupe de citoyens qu'ils avaient arrêtes, jugés et enfermés dans un “container” et jetés à la mer à partir du Warf du Cap-Haitien qui était leur quartier général.

Dans la Vallée de l'Artibonite, terres de toutes les envies, ils exproprient les paysans de leurs terres acquises gràce à la réforme agraire initiée par le gouvernement lavalas et facilitent la réapropriation de ces terres par les grands propriétaires terriens de la zône. Ils essayent de donner une justification de leur présence en se basant sur la recrudescence de l'insécurité dont ils sont les principaux artisans.

Les questions que beaucoup de citoyens se posent tout bas, sont les suivantes:

Qui sont ces ventrus, dépassant la cinquante pour la majorité, qui veulent jouer aux mil
itaires?
Où trouvent-ils de l'argent (des billets verts), pour continuer à fonctionner, à parcourir le pays en véhicules tout terrain avec tout ce que cela comporte: carburant, entretien des voitures, se blanchir, se vêtir, se nourrir, des munitions, des armes. Ils ont même acheté de la peinture pour repeindre en jaune (couleur de l'armée, couleur de malheur) les murs des locaux du commissariat de la ville de Jacmel ainsi que les murs des locaux de la radio Timoun, à Jacmel également, dont ils se sont emparé de force.

L'insécurité est un phénomène politique. Elle est créée de toutes pièces et est un élément de gestion de la crise politique. Son thermomètre monte et descend au gré du laboratoire qui la gère. En se proposant de la combattre, lex ex-FADH se proposent de combattre leur propre ombre. Et le gouvernement de facto dans le rôle qui lui est assigné, feint de donner une certaine importance à ce problème. Il a mis sur pied des commissions fantoches, véritables sinécures, dont la mission est
de travailler sur les dossier des anciens militaires.

Une Commission Inter ministérielle dite de fonds de pension
Une commission chargée des Négociations avec les ex-FADH
Une commission de réflexion sur le devenir de l'armée
Re: Journal Haiti Progrès Vol. 22, No. 27, 15-21 Septembre 2004)

Bien avant son Premier Ministre de facto et le Président de Facto disaient que ce n'était pas leur rôle de reconstituer l'armée et que pareille question relevait de la responsabilité du prochain gouvernement. Au niveau de la classe politique traditionnelle, les responsables de l'ex-opposition pratiquent sur ce sujet la politique de la bouche cousue. Pour ne pas déplaire au grand patron, ils attendent que l'ambassade des Etats-Unis donne le ton, comme d'habitude, avant de parler.

A ceux-là qui pensent que l'existence de l'armée haitienne pourrait se justifier par la présence de l'Armée dominicaine en territoire voisin, je leur demanderai de ne pas se bercer d'illusions. L'armée haitienne quan
d elle existait, n'avait jamais pris la défense de nos compatriotes par rapport aux abus des militaries dominicains sur le long de la zône frontalière. Un pays pauvre tel que Haiti, où est-ce qu'il prendrait de l'argent pour entretenir une armée. L'armée est une institution trop budgétivore.

Rappelons-nous les propos de l'Ambassadeur des Etats-Unis en Haiti, M. James B. Foley qui, s'adressant aux mercenaires menés par Guy Philippe et Louis Jodel Chamblain, parlait de “l'Armée du Nord” Il leur avait demandé que dis-je, ordonné à la fin de Février 2004 de ne pas continuer à avancer et de stopper leur progression vers la capitale haitienne. L'Ambassadeur paraissait faire allusion à une institution dont il avait parfaitement le contrôle sinon le commandement.

Il ne revient pas au gouvernement de facto, encore moins aux commissions fantoches qu'il a créées, de se pencher sur le dossier de l'ex-armée. C'est une prérogative qui revient au parlement haitien, en l'occurrence à la 48e legislature.


1- La Fondation Trente Septembre avait déposé par devant la 47e législature une pétition avec plus de 120.000 signatures demandant l'abolition totale des ex-Forces Armées Haitiennes (Titre I, Chapitre II, Section C, Articles 29 et 29.1 de la Constitution).

2- Le gouvernement constitutionnel haitien, agissant pour et au nom de l'Etat, avait déjà proposé au pouvoir législatif en suivant les procédures requises par la loi-mère, un ensemble d'articles qui devaient être amendés au niveau de la constitution haitienne, parmi ces articles, ceux traitant des Forces Armées d'Haiti (Titre XIII, Articles 282, 282.1 et suivants de la constitution).

Au moment de la dernière session de la 47e législature, une déclaration d'amendement de la constitution du 29 Mars 1987 a été votée par les parlementaires. Cette déclaration d'amendement incluait l'abolition des Forces Armées. L'article 282 de la constitution poursuit: “ A la première session de la législature suivante (la 48e), les chambres (le Sénat et la Ch
ambre des députés) se réunissent en Assemblée Nationale et statuent sur l'amendement proposé.”

Ainsi le gouvernement de facto, les commissions clopinantes qu'il a créées, n'ont ni qualité, ni légitimité, ni même compétence pour traiter pareille question. Le gros bon sens même, en pareille circonstance, dicte la voie à suivre. Il faut se référer à l'employeur pour congédier l'employé. Et là, le gouvernement de facto n'y peut rien. Il est impuissant puisque les anciens militaires et lui-même ne sont que deux vulgaires employés sous les ordres d'un même patron. Les uns n'ont pas plus d'autorité que les autres. C'est la raison pour laquelle, ils se renvoient la balle à tour de rôle, mais n'iront pas plus loin que la guerre des mots. Et peut-être parfois quelques tirs sur la Maison du Peuple, au moment d'une visite officielle pour créér plus de confusions dans l'esprit des naifs. Et la MINUSTHA est là pour de temps en temps mettre un grain de sel dans la mêlée, comme par exemple la pièce de théatre que le
laboratoire leur a fait jouer à Tabarre à la résidence privée du Président constitutionnel haitien: Son Excellence Monsieur Jean Bertrand Aristide. En droit, cela s'appelle: violation de domicile. Il y a effraction ou crime. Où sont les juristes? Eclairez ma lanterne.

En Haiti, actuellement, nous sommes en pleine situation d'illégitimité, d'inconstitutionalité, et de non-droit. L'impossible est la règle et non plus l'exeption. La présence d'un ex-magistrat (ex-Président de la plus haute instance judiciaire dans le pays, n'est qu'un leure. Cette présence cache très mal le semblant de légalité constitutionnelle que les faiseurs de gouvernement, faiseur de coups d'état également, ont voulu donner au statut quo haitien.

Pour avoir critiqué, la décision de justice rendue lors du procès nocturne du 12 Août 2004, des responsables d'organisations des droits de l'homme, ont été cités, par les avocats de l'ex-capitaine Jacson Joanis et du # 2 de l'escadron de la mort FRAPH (Front pour l'Avancement et le
Progrès Haitien) Louis Jodel Chamblain, à comparaitre par devant la justice. C'est une grande première dans les annales de la justice. Des criminels qui ont été jugés, condamnés et emprisonnés, ont été extraits de la prison pour être blanchis par une certaine justice, et poursuivent devant les tribunaux des défenseurs des droits de l'homme. Cela aurait été un bel exemple de la démocratie théatralisée, si ceux-ci avaient joué le jeu. Au contraire, ils ont préféré faire une démonstration de force, en ridiculisant et en défiant la justice. Ils ont même opposé une fin de non recevoir à une invitation qui leur a été envoyée par le ministre de facto de la justice Maitre Gousse. Et l'affaire est classée tout simplement. Là encore, c'est un autre exemple de collusion entre le droit et le non-droit. La raison est que ceux-ci et ceux-là travaillent pour le même patron. La dégradation de la situation est telle en Haiti aujourd'hui que: “Les assassins sont dans la ville” et les victimes sont en prison.

Cette sit
uation nous pousse à nous poser la question à savoir : à quel jeu macabre jouent le pouvoir de facto et ses patrons? Le Coordonnateur du CDPH (Comité de Défense des Droits du Peuple Haitien), Monsieur Ronald Saint-Jean, dans son livre publié aux éditions SELI, pose une question dans le même sens: Pourquoi les Etats-Unis ont-ils planifié le retour du FRAPH? L'auteur parle de “Guerre de décomposition sociale” Il dit: “le coup d'état des Gi's du 29 Février 2004, met Haiti sous la coupe d'une occupation militaire, par des forces étrangères… Dans les faits, ce putch tente de légaliser, couvert d'une force de stabilisation de l'ONU, le coup de force des Gi's sous prétexte de sauver la démocratie menacée en Haiti….Ceci constitue une nouvelle étape dans la volonté de l'administration de Georges W. Busch d'expulser le peuple haitien du contrôle de son sort.”

Le peuple haitien doit faire beaucoup attention afin d'éviter tout processus de somalisation d'Haiti, puisque , c'est de cela dont il est malheureusement
question aujourd'hui. Nous n'avons qu'à regader ce qui se passe dans la plupart de nos bidonvilles pour s'en rendre compte. Les grandes ambassades, des éléments de la bourgeoisie, pour alimenter la destabilisation, ont chacun leur propre petite armée qui reçoit financement en billets verts et armements. Dans ce sombre décor, il y a de quoi à s'inquiéter au sujet de la réapparition des ex-FADH/FRAPH. Ce retour, préparé depuis le territoire dominicain par la Central Intelligence of America (CIA), rend encore plus incertain l'avenir immédiat d'Haiti.

Ce n'est pas pour résoudre le problème posé par leur présence que le Représentant en Haiti du Secrétaire Général de l'ONU, le chef militaire de la MINUSTHA (Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation d'Haiti) avaient demandé plus de troupes. La MINUSTHA a d'autres chats à fouetter. Quel pourrait être son objectif, sinon que la sauvegarde des intérêts de ceux qui l'ont dépéché en Haiti. Cette mission de l'ONU a le projet d'entreprendre un programme dénomm
é: DDR (Désarmement, Démobilisation, Réintégration) au profit des anciens militaries haitiens. Il s'agit d'un programme que le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement) avait le projet d'entreprendre en 1996. Selon ce projet de plusieurs millions de dollars, un groupe d'anciens militaires intègreront la Police Nationale d'Haiti, tandis qu'un autre groupe sera réintégré dans la vie civile avec l'apprentissage d'un métier et un fond de démarage pour une micro-entreprise. Et voilà, le tour est joué.

Il s'agit là d'un véritable tour de prestidigitation qui, bien sûr, créera l'illusion nécssaire pour, non seulement occulter le véritable problème , mais en même temps l'alimenter et l'amplifier. Alors que les ex-FADH/FRAPH seront médaillés sur le “champ de bataille” imaginaire et grassement rétribués pour avoir assassiner plus de 5000 citoyens haitiens entre le 30 Septembre 1991 et le 15 Octobre 1994 et après leur retour en Haiti sous la protection de la CIA (Service Américain d'Intelligence) e
n 2003. Ils continuent le sale travail. Je gage que Louis Joinet, ex-magistrat français, actuel expert indépendant des Nations-Unies sur la situation des droits de l'homme en Haiti, sera non seulement présent pour la cérémonie de collation de diplôme de la première promotion d'anciens militaires réformés, il en sera l'heureux parrain.

Et les pauvres victimes dont les pères sont à Cité Soleil, La Saline, Grand Ravine, Raboteau, Lafossètte, Grand-Ravine…etc, elles n'auront donc rien. Ni justice, ni réparation. Elles auront beau chanter leurs douleurs, dénoncer leur martyre sur la Place des Martyrs, elles auront beau faire des rondes hebdomadaires, elles auront beau égrener leurs chapelets de misères. Louis Joinet qui un mercredi, alors qu'il n'était pas encore un fonctionnaire international, venait de publier son livre: “Pour la Réparation des Torts faits aux Victimes de violences organisées”, est venu sur la Place des Martyrs. Il a marché avec les victimes regroupées au sein de la Fondation Trente Septe
mbre au moment de l'une de leurs rondes hebdomadaires, il a avec elles et pour elles, à ce moment là, réclamé: Justice et Réparation. Aujourd'hui, fonctionnaire de l'ONU, son discours a changé. Ce n'était pas pour rien que, analysant le comportement de ses concitoyens, le grand moraliste français, le Duc de La Rochefoucauld écrivait: “Les vertus se perdent dans l'intérêt, comme les fleuves dans la mer.” Et nous de notre côté, analysant le fameux projet du PNUD, nous ne pouvons nous empêcher de crier: “Vive l'impunité sous la banière des Nations-Unies”.

Voilà donc ce qui explique l'heureuse cohabitation entre les troupes de la MINUSTHA et les ex-militaires. Cela pourrait également expliquer pourquoi les composantes de cette mission sont des militaires des pays de l' Amérique Latine et d'autres régions du monde qui ont des armées à forte tradition de répression de leur population.

Poussant son cynisme à son comble, la MINUSTHA est allée jusqu'à exercer des pressions sur les habitants du quartier
2004, pour les déguerpir des appartements leur appartenant et pour lesquels, ils avaient signé avec l'état haitien un contrat d'achat (Programme de logement sociaux du gouvernement lavalas en faveur des personnes à faibles revenus, qui les rendait propriétaires de leur maison après 20 années de paiement mensuel à l'état haitien). Dans ce cas, on peut dire: vive le sauvetage national, ou plutôt la noyade nationale par les Nations-Unies. Avec une pareille mission, qui prétexte des difficultés à compléter ses effectifs, Haiti n'attendra pas la célébration du tri-centenaire de son Indépendance pour être engloutie par les eaux onusiennes. Pourquoi la MINUSTHA ne complète-t-elle pas son effectif avec les militaires démobilisés haitiens.

Il faut décortiquer cette situation qui parait si confuse pour essayer de comprendre que c'est l'un des enjeux des élections que le gouvernement américain s'efforce, à travers ce gouvernement illégal, de réaliser avant la fin de l'année 2005. Ces élections, si elles ont lie
u dans les conditions actuelles, donneront naissance non seulement à un Président aux ordres des américains, mais à un parlement croupion qui infirmera un vote unanime la déclaration d'amendement de la constitution proposée par la 47e législature, déclaration d'amendement qui prévoit entre autres l'abolition des Forces Armées. Pour Washington, c'était une impertinente de la part de ces “petits nègres” d'avoir élu de façon démocratique un président en Décembre 1990, en 1995 et en Novembre 2000. Même lorsque dans leurs discours, les officiels américains disent que l'armée n'est pas une priorité pour Haiti, ils ont en réalité besoin de sa présence sur le terrain. C'est l'un de leurs pions pour tirer en dessous les ficelles de la politique haitienne, pour faire et défaire les gouvernements.

Il est donc aujourd'hui plus qu'important de se rappeler les innombrables crimes, massacres, viols, vols, kidnapings, coups d'état… commis par celles qui furent les Forces Armées d'Haiti. Fort de cela, nous disons en
core une fois NON, dix sept fois soixante dix sept fois NON au retour de l'ex-armée. En attendant, avec la bénédiction du laboratoire, comme une épée de Damoclès, continue de planer sur nos têtes, l'ombre hideuse de l'ex-armée haitienne, l'armée de tous nos malheurs.

Lovinsky Pierre-Antoine
Coordonnateur Fondation Trente Septembre
Consultant à EPICA
Ecumenical Program on Central America & Caribbean

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