Un psychiatre s'il vous plait!

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Charles Arthur
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Un psychiatre s'il vous plait!

Post by Charles Arthur » Tue May 03, 2005 2:55 am

Le Nouvelliste - 8 mars 2005

Un psychiatre s'il vous plait!


Environ une vingtaine de médecins exercent la psychiatrie en Haiti et se sont tous établis dans la « République de Port-au-Prince » et/ou dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Cette information a été confirmée par l'ensenble des professionnels de la santé mentale interviewés par Le Nouvelliste au cours de cette semaine. Très peu de cliniques et de centres hospitaliers ont été créés en vue de faire face au mal que représente la démence, a constaté le journal.

« Nous sommes environ vingt-trois (23) psychiatres travaillant en Haiti : sept (7) dans le secteur public et seize (16) dans le privé », affirme le docteur Girard Jeanny, Directeur du Centre psychiatrique Mars et Kline, l'un des deux (2) centres hospitaliers de l'Etat haitien spécialisés en santé mentale. « En somme, poursuit-il, je crois que l'Etat haitien, à tra
vers le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), traite la psychiatrie en parent pauvre ». On ignore le pourcentage de la population haitienne frappé par une maladie mentale quelconque. Cependant, à bien considérer ce chiffre, on peut affirmer aisément qu'on a un psychiatre pour environ trois cent cinquante mille (350000) habitants.

Les infirmières ayant une spécialisation en santé mentale ne sont pas, elles non plus, nombreuses. A en croire l'infirmière en chef par intérim du Centre psychiatrique Mars et Kline, les infirmières ayant une formation en psychiatrie oeuvrant en Haiti pouvent être comptées sur les doigts.

Une dizaine d'infirmières spécialisées en santé mentale

« A part quelques infirmières en soins généraux qui ont eu la chance d'avoir la formation en psychiatrie, nous ne sommes pas nombreuses dans le secteur. Pour la plupart, elles ont eu une formation spécialisée en psychiatrie de dix-huit (18) mois à Genève. Si j'ai bonne mémoire, je peux vous dire
qu'il y a Miss Saintil qui est actuellement à l'Hôpital Défilée de ''Beudet'' (Croix-des-Bouquets), une Soeur (religieuse) qui, elle, travaille à l'Asile communal de Port-au-Prince. L'ancienne directrice de Nursing, Mme Bastien, n'est plus avec nous pour des raisons qui lui sont personnelles. Il y a également Mme Blaise et moi votre interlocutrice. En somme, disons que celles qui ont eu une formation en psychiatrie sont inférieures à dix (10) autant que je sache ».

La responsable a fait remarquer que les infirmières et auxiliaires qui travaillent actuellement dans les cliniques et hôpitaux psychiatriques ont bénéficié d'une formation sur le tas. Malgré tout, elles arrivent à s'en sortir et à donner le meilleur d'elles-mêmes avec les faibles moyens dont elles diposent. « La psychiatrie, il faut l'aimer pour l'exercer », a-t-elle déclaré.

« Infirmières, a-t-elle poursuivi, vous êtes appelées à travailler avec quelle que soit la catégorie de patients. Mais les malades mentaux constit
uent une catégorie à part. Finalement, on s'y habitue. Je peux dire, hormis ceux qui sont extrêmement agités, les malades mentaux sont comme des bébés. Cependant, si on n'a pas d'expérience ou si on n'a pas un certain niveau de compréhension et d'acceptation de l'autre, on pourrait passer à côté avec eux ».

Pourquoi cette carence de professionnels en santé mentale ? Certes, Haiti a une déficience énorme à combler en ce qui a trait au nombre de médecins, infirmières et auxiliaires par rapport à sa population. Si l'on doit tenir compte des statistiques, on peut affirmer qu'Haiti est la dernière de la zone, son ratio de huit (8) médecins pour cent mille (100.000) habitants, comparativement à cent soixante (160) pour la République Dominicaine et deux cent quatre-vingt-dix (290) pour Cuba, nos deux (2) voisins les plus proches.

Cependant, pourquoi retrouve-t-on un nombre relativement élevé dans les autres options médicales dont la pédiatrie, la gynécologie (...) et très peu de psychiatres ?
C'est que, à l'instar des malades mentaux, les médecins-psychiatres font l'objet de préjugés même au niveau de leurs confrères. C'est en tout cas ce qu'a confié le Dr Jeanne Philippe, psychiatre de carrière. Donc, ces préjugés ont eu un effet dissuasif sur les diplômés en médecine qui hésitent à s'orienter vers la psychiatrie.

Tous concentrés à Port-au-Prince

Parallèlement, les médecins-psychiatres oeuvrant en Haiti se retrouvent principalement à Port-au-Prince et ses environs. Ils se rendent sporadiquement dans certaines villes de province, a confié l'un d'entre eux au journal. Cette carence de psychiatres dans le pays et leur mauvaise « répartition » sur le territoire national entraînent de graves conséquences sur le système préventif des maladies mentales et réduisent les possibilités de traitement des personnes qui en sont frappées.

Les malades de la province faisant face à un problème d'ordre mental et qui voudraient recevoir des soins appropriés n'ont qu'un choix : rent
rer à Port-au-Prince. Et, à Port-au-Prince, rares sont les établissements hospitaliers spécialisés en soins psychiatriques, selon des témoignages concordants.

En effet, seulement une dizaine d'hôpitaux et de cliniques à vocation psychiatrique dont deux appartenant au secteur public oeuvrent dant la zone métropolitaine de Port-au-Prince. (*) Il s'agit, pour le secteur public, de l'Hôpital Défilée (la folle) de Beudet (Coix-des-Bouquets), du Centre psychiatrique Mars et Kline (rue Oswald Durand/Port-au-Prince), du Centre spécialisé en Santé mentale de Delmas 33 (CEESM), du Centre médico-psychologique du Dr Roger A. Malary (rue Oswald Durand), de la pension Philippe pour vieillards et malades mentaux de sexe féminin du Dr Jeanne Philippe (Thor/Carrefour), du Complexe médico-social du Dr Raoul Bastien (rue Fernand/Port-au-Prince), de l'Hôpital psychiatrique du Dr Max Desrosiers et d'autres cliniques privées.

Sporadiquement, certains psychiatres effectuent des déplacements dans les villes de pr
ovince pour certains cas cliniques liés à la déficience mentale. Certains confrères ont fait des efforts immenses pour implanter la psychiatrie au Cap-Haitien en effectuant des visites hebdomadaires. Mais le succès a été mitigé car cette tentative n'a pas eu le succès escompté, a fait savoir le Dr Raoul Bastien, médecin pratiquant la psychiatrie depuis un certain nombre d'années.

« La psychiatrie est une discipline traitée en parent pauvre par l'Etat haitien », a confié, lui aussi, le Dr Roger Malary, psychiatre de carrière et directeur de l'Hôpital psychiatrique Défilée de Beudet. D'ailleurs, a-t-il affirmé, l'Etat haitien ne consent qu'à payer les salaires du personnel affecté à cet hôpital. Pour le faire fonctionner, l'administration est obligée de s'adresser à d'autres secteurs dont les associations philanthropiques, les ONGs, les organisations à vocation caritatives comme FOOD FOR THE POOR (...).

On comprend en partie pourquoi il y a tant d'aliénés mentaux dans les rues de nos pr
incipales villes. Il revient donc à la société dans toutes ses composantes de prévenir si possible la démence et de s'occuper autant que faire se peut des personnes affectées par une maladie mentale quelconque.




* Cette liste n'est pas exhaustive. Nous nous contentons seulement des informations qui nous étaient accessibles.


Samuel Baucicaut
samuelbaucicaut@lenouvelliste.com

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