L’enseignement du créole à l’école officialisé en Martinique

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T-dodo

L'enseignement du créole à l'école officialisé en Martinique

Post by T-dodo » Thu Mar 03, 2005 8:58 pm

[quote]L'enseignement du créole à l'école officialisé en Martinique
Un Capes de créole existe depuis 2000 en Martinique

mardi 22 février 2005

Interdite ou tout juste tolérée dans les écoles primaires et secondaires en Martinique, la langue créole retrouve aujourd'hui toutes ses lettres de noblesse. Il existe, en effet, depuis 2000, un Capes qui en officialise l'enseignement. Un tournant culturel que décortique Raphaël Confiant, maître de conférences en Langue et Culture Régionale à l'Université des Antilles et de la Guyane et membre du Groupe d'Etudes et de Recherches en espace créole et francophone (GEREC-F).

Par Sandrine Desroses

Enseigner le créole en primaire et en secondaire. Après avoir été réprimée pendant de longues années, la langue créole se trouve officialisée par un cursus universitaire pour les futurs enseignants sur le
campus de Schoelcher en Martinique. C'est en 2000 que M. Jack Lang, ministre de l'Education Nationale de l'époque, en avait fait l'annonce. Un an plus tard, le Capes (Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement secondaire) de Langue et Culture Régionale option créole voyait le jour à l'université des Lettres de Fort-de-France. Une reconnaissance que de nombreux créolophiles ont accueillie avec le plus grand enthousiasme. Et aussi une victoire pour les chercheurs du GEREC-F [*] qui menaient déjà depuis six ans un combat au sein de l'Université des Antilles et de la Guyane. Interview de Raphaël Confiant, maître de Conférences en Langue et Culture Régionale (LCR) - option créole - depuis 1997 à l'Université des Antilles et de la Guyane, membre du GEREC-F, et par ailleurs écrivain créolophone à la bibliographie prolifique.

Afrik.com : Depuis combien de temps l'enseignement du créole à la fac existe-t-il ?
Raphaël Confiant : Nous avons effectivement une licence qui existe depuis 9 ans, une
maîtrise qui existe depuis 7 ans et un DEA (Diplôme d'Etudes Approfondies) et le doctorat depuis 6 ans. Depuis lors, nous avons formé un peu plus de 400 étudiants. Il existe depuis 5 ans deux concours de recrutement des enseignants en créole. Un concours destiné aux professeurs des écoles option créole et un CAPES de créole permettant de recruter des enseignants du secondaire.

Afrik.com : Quels établissements sont concernés par cet enseignement ?
Raphaël Confiant :10% des écoles primaires comptent des enseignants en créole dans leur effectif, soit 30 enseignants. L'autre concours, le Capes option créole qui existe depuis 5 ans, recrute 4 enseignants par an. Dans le secondaire, 20% des enseignants enseignent le créole, soient une quinzaine de collèges.

Afrik.com : Quelle a été votre expérience personnelle, en Martinique, en matière d'apprentissage du créole à l'école ? Certains anciens parlent d'un système éducatif répressif à l'égard du créole...
Raphaël Confiant : J'étais scolarisé da
ns les années 50 et à l'époque, en Martinique, on tolérait la pratique du créole. Je dis bien qu'on la tolérait. La situation pouvait en effet varier d'un établissement à un autre. Dans certaines écoles, on pouvait lire sur les murs « Interdit de parler créole », on pouvait être puni par les enseignants pour usage du créole. Il y avait donc d'un côté une certaine forme de répression à l'égard du créole, et de l'autre une valorisation du français. A présent, on assiste à une inversion de la tendance, phénomène à mon goût tardif car la jeunesse martiniquaise est profondément francisée. Le « dégel » de l'Etat (l'officialisation , ndlr) est venu trop tard, à mon sens. Mais je reste lucide : s'il y avait eu un enseignement du créole il y a trente ans, notre langue en serait d'autant plus valorisée aujourd'hui.

Afrik.com : Quelles sont vos impressions par rapport à cet enseignement qui émerge peu à peu ?
Raphaël Confiant : Effectivement, l'enseignement du créole à des fins pédagogiques sur le campus n'a
débuté qu'il y a neuf ans. Auparavant, il y avait des expériences sauvages d'enseignants qui proposaient des cours de créole avec la tolérance des chefs d'établissement. Mais cet enseignement était encore non-reconnu. Puis il y a eu la licence de créole. L'officialisation de la langue est récente. Comme on dit chez nous, les petits grains de riz finissent par former un sac ! L'enseignement va à son rythme. En Afrique, les langues nationales prennent de plus en plus de temps à être enseignées...

Afrik.com : A tel point qu'on met en place l'Université africaine des langues pour limiter le phénomène de disparition des langues maternelles, et avec elles celle du savoir...
Raphaël Confiant : C'est vrai, et tant que nos langues ne seront pas enseignées à l'école, elles ne pourront pas être efficaces.

Afrik.com :Quel public se sent le plus concerné par ce Capes option créole ?
Raphaël Confiant : La majorité de nos étudiants sont guadeloupéens. Je rappelle que notre campus accueille les étudi
ants en Lettres venus de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane. En proportion, nous avons à peu près 60% d'étudiants Guadeloupéens, 30% de Martiniquais et 10% de Guyanais.

Afrik.com : Comment expliquez-vous le succès que connaît le cursus auprès des étudiants guadeloupéens ?
Raphaël Confiant : D'une manière générale, la Guadeloupe est plus créolophone et beaucoup moins francisée que la Martinique. En Guadeloupe, le créole est plus présent dans la vie de tous les jours qu'ici. Le volume d'échanges quotidiens en langue créole est en effet beaucoup plus important là-bas qu'ici. Et j'en veux pour exemple la chaîne de télévision RFO Sat : lorsque les journalistes font des micro-trottoirs en Guadeloupe, les passants interviennent spontanément en créole, alors que dans le même contexte, un Martiniquais répondrait en français. Lorsque les Guadeloupéens arrivent en Martinique, Ils sont surpris de voir le rapport que nous entretenons avec le créole par rapport à eux qui l'utilisent quotidiennement.

nAfrik.com : Trouvez-vous historiquement une explication à ce phénomène ?
Raphaël Confiant : La Martinique a toujours été l'enfant chérie de la France. C'est ce qui explique que le processus de francisation ait été plus fort en Martinique qu'en Guadeloupe...

Afrik.com : Combien d'étudiants sont inscrit en LCR option créole ?
Raphaël Confiant : En licence, nous avons tous les ans entre 25 et 30 étudiants, 15 en maîtrise, 5 ou 6 en DEA (Diplôme d'Etudes Approfondies) et 1 ou 2 en doctorat.

Afrik.com : Quels sont les débouchés majeurs de la formation en créole ?
Raphaël Confiant : Nos diplômes ouvrent sur différents corps de métiers liés aux lettres, au journalisme...Nos étudiants ne s'inscrivent pas par pur militantisme, mais bel et bien parce qu'ils souhaitent travailler avec le créole. Beaucoup d'entre eux l'enseignent dans le primaire et dans le secondaire, pour les étudiants certifiés (titulaires du Capes, ndlr). Il ne faut pas oublier que notre Capes est bivalent. Ainsi, les étu
diants ont un enseignement dans une discipline, l'anglais, la géographie ou encore les lettres qu'ils couplent avec le créole. C'est donc un Capes beaucoup plus difficile à obtenir puisqu'il s'agit d'être performant dans deux disciplines. C'est par ailleurs l'ouverture d'une perspective avec l'enseignement dans une autre discipline que nous proposons à nos étudiants.

Afrik.com : Quelles observations pouvez-vous faire sur l'apprentissage du créole aujourd'hui ?
Raphaël Confiant : La langue créole fait l'objet d'un réapprentissage, c'est comme si on apprenait une nouvelle langue. Je le vois avec mes étudiants. Lorsqu'on travaille sur un texte en créole et que je leur demande de surligner les mots qui leur sont inconnus, il est rare qu'un étudiant me présente un texte sans aucun mot surligné. Et cette méconnaissance s'explique par le fait que de nombreux termes présents dans la littérature créole font référence au monde paysan ou sont hérités de la période coloniale. Ce sont des mots que nos étudiant
s ne peuvent pas connaître du fait de leur âge.

Afrik.com : Comment définissez-vous la langue créole ? Est-ce une langue que seuls les esclaves parlaient ?
Raphaël Confiant : Le créole est une langue mixte qui s'est faite à la fois par la langue des colons et celles des esclaves africains. Les français qui ont débarqué en Martinique étaient des normands, des poitevins, des picards et j'en passe. Lorsqu'ils ont colonisé la Martinique, au XVIIème, les colons ne maîtrisaient pas la langue française. Ils parlaient les dialectes d'ôil. Ainsi, le créole est né du mélange entre ce ce français dialectal et les langues africaines. Le créole a donc bénéficié de l'inexistence d'un français standard. C'est une langue née du métissage entre les différentes langues en présence. C'est le fruit d'une création commune des Noirs et des Blancs. C'est pourquoi les colons parlaient créole au même titre que les esclaves. Aujourd'hui, les békés (descendants de colons, ndlr) parlent toujours créole. Et lorsque les colons
ont commencé à faire fructifier le marcher de la canne, on a assisté à un afflux d'esclaves qui a engendré la créolisation du créole.

[*] Groupe d'Etudes et de Recherches en espace créole et francophone est celui qui a présidé à la mise en œuvre du projet, avec à sa tête le professeur Jean Bernabé, éminent linguiste créoliste des Antilles. Ce groupe est composé de 27 chercheurs dans différentes disciplines telles que l'anthropologie, l'ethnologie, l'histoire ou encore la didactique. Il a à son actif plus de 135 publications en 31 ans d'existence.[/quote]

Widy_

Post by Widy_ » Sun Mar 06, 2005 6:34 am

Si se kon gwadloup, nou pe di kè non, piskè sa vre kè kounyela, yo ka fè se ti moun la chante an kreyòl, yo ka aprann yo de twa resitasyoun nan lang tala, men a pa sa, sa ka rete la e pa gen pon jefò si ekriti kreyòl vwè menm si standadizasyoun lang tala. (sa ki ka fè m ri).

Se youn bon debi, men ti moun pa atann kè lekòl fè yo chante nan lang kreyòl pou yo pe chante nan lang tala.

Si se pou-m note bagay tala kounyela, mwen ke ba yo 2/20, tousa pou di kè gen oun lo travay a fè ankò e sa ki dèyè poko manye.

Pou zafè CAPES LA SE MENM BITEN, alòs kè oun lang pa standadize, alòs kè chank moun, vwè chak zil ka ekri kreyòl la nan jan a yo, ki jan zòt vle kè lang tala evoliye.

Ki jan fè kè ayisyen ki ka yekri kreyòl dèpi kan diab te ti gasoun, yo paka janm envite yo nan pon kolòk si lang tala.

Pou mwen se pa oun aza tousa men senplèman pa gen pon volonte, pon proje serye pou boure lang tala monte.

Jonas
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Post by Jonas » Sun Mar 06, 2005 8:13 am

Widy,

Gen ayisyen ki ka ekri kreyol, men se bagay tou lòt jou la a.
Nan Matinik ak Gwadloup, se blan franse (Metwopòl lan) ki ap bay Kreyol lan poto, men ann Ayiti se Ayisyen ki konn pale yon (ti) franse, men ki Kreyolopal tou, ki ap fè l.

Gouvènman franse an ka voye pwofesè lang franse pou aprann ti moun (Antiy franse) yo lang lan, ann Ayiti nou pa gen liks sa a.

Ou gen chwa ant Kreyol ak Franse, noumenm nou pa gen chwa sa a; e moun k ap di gen chwa, se manti y ap bay moun, ak tèt yo tou.

Gade kouman ke lang Kreyol ap anseye nan lekòl sekondè ak inivèsite nan Antiy franse, tandiske ann Ayiti nèg sankoutya, retadatè, ap kreye pwoblèm pou lang kreyol lan.

Pou jan ti nèg ann Ayiti ize lang franse an, lang sa a vin tounen yon pwa senkant sou do peyi an.

Se pa lang franse an ki kòz pwoblèm nou genyen nan peyi an; men li koze anpil ladan yo.

Widy_

Post by Widy_ » Sun Mar 06, 2005 12:44 pm

A boug an mwen,

Mwen kwè kè nou tout si menm bato-a, piskè pa si kote nou mwen pa kwè kè gen oun volonte a boure kreyòl la monte.

Dayè ki enterè fwanse a boure kreyòl monte ? Es kè sa pral sèvi yo ? Lòw ka di kè nan lekòl sègondè e linivèsite yo ka aprann moun kreyòl, mwen ka di kè sa "se blag a maren sou" piskè sa pa vre.

Dayè ki jan ou le etidye oun lang si pa gen oun standa adan-l, si nou paka itilize menm gramè a e menm òtograf la.

Pani si lontan ki sa mwen te li oun tèks nan swadizan kreyòl matiniken, e mwen pe di zòt kè pou mwen sa se nenpòt ki biten.

Mwen pa konprann ayan adan-l. Si tout moun ap travay kote yo, san chanje lide, san pataje rèchèch yo, ki jan ou le kè nou rive a oun kreyòl modèn, kon nou ka eseye fè asou fowòm ayisyen la.

Jonas
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Post by Jonas » Sun Mar 06, 2005 5:38 pm

Pour ceux qui s'obstinent dans cette "francophonie", qui refusent de voir la lumière:

Après avoir lu cet article, j'espère qu'ils conclueront que si les français ont tant de difficulté avec cette langue qui leur est maternelle, que dire des haitiens dont cette langue (français ) est une langue empruntée:

http://www.lexpress.fr/info/france/doss ... ida=357285

[quote]L'EXPRESS DU 19/12/1996

L'ILLETRISME HONTEUX
par GUILLAUME MALAURIE

Selon un rapport de l'OCDE 40,1% des français de 16 à 65 ans éprouvent de grandes difficultés à lire. Plutot que d'affronter le problème, les pouvoirs publics préfèrent caviarder ce texte, et ne plus répondre aux questionnaires internationaux.

C'était donc vrai, la France souffre gravement d'illetrisme. La contagion gagne et elle atteint mème un niveau tel que cette maladie -mieux il faudrait parler de r
égression- situe les Français en...queue de peloton des grands pays industrialisés. Il a fallu attendre l'aveu, au demeurant courageux du président de la République, lors de sa prestation télévisée pour qu'une autorité officielle vienne enfin confirmer la sévérité du diagnostic.

Très précisément lorsque Alexandre Adler, l'un des journalistes présents, a rappelé à Jacques Chirac, qui a acquiescé qu'une étude de l'OCDE, du 6 Décembre 1995, concernant sept pays et portant sur les capacités d'écriture, de lecture mais aussi de faculté à utiliser les informations -méthode pionnière dite "de littéracie", avait placé la France avant-dernière, juste devant la Pologne. Avec un taux de grande difficulté de 40,1 % chez nos compatriotes de 16 à 65 ans, pour 20,7% aux Etats Unis, 16,6% au Canada, 14,4% en Allemagne, 10,5% aux Pays Bas et 7,5% en Suède.....Bref nous portons le bonnet d'âne.

Le plus incroyable, c'est que le chiffre français de 40,1% n'aurait jamais été rendu public si notre confrère
LIBERATION ne l'avait révélé. A peine le résultat de cette enquète était-il connu officieusement que les autorités françaises avaient éxigé et obtenu la mise au pilon de l'étude sur la France. La publication de l'OCDE "Littéracie, Economie et Société", qui décortique chaque pays sur 217 pages, en est la preuve, le dossier de de l'illetrisme français a bel et bien été caviardé.

Amené à s'expliquer, Claude Thélot, directeur de la division évaluation et prospectives du ministère de l'Education Nationale, portait alors bravement le chapeau: "J'ai été à l'origine de l'affaire, disait il. Les résultats entre les pays n'étaient pas vraiment comparables "comprenez pas présentables". Sinon, pourquoi ne pas avoir contesté la méthode (24000 entretiens ) tout au long des trois années de l'enquète.... [/quote]

C'est le cas de demander, ce que nous haitiens faisons dans cette galère.

T-dodo

Post by T-dodo » Sun Mar 06, 2005 7:02 pm

Jonas,

Je remercie beaucoup Jean Dominique pour ces éditoriaux des dimanches après-midi pour m'avoir fait comprendre cette affaire. Il m'a forcé à joindre le "band-wagon" sur la nécéssité d'utiliser le Kreyol comme langue nationale pour l'enseignement. Quand je vois combien ils sont simples, l'orthographe et la syntaxe du Kreyol que nous écrivons ces derniers temps, il prouve combien Jean Dominque - qui parlait le français extrêmement bien - avait raison. Les préjugés, que ce soit de langue ou autres, resteront toujours inférieurs à la réalité en matière de vérité pratique.

Jean-Marie

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