Dominicains et Haïtiens

Post Reply
User avatar
admin
Site Admin
Posts: 2153
Joined: Thu Nov 13, 2014 7:03 pm

Dominicains et Haitiens

Post by admin » Thu Dec 22, 2005 3:27 pm

[quote]Dominicains et HaitiensPORT-AU-PRINCE, 19 Décembre - Les dirigeants politiques dominicains ont beau tempêté, mais jamais on a entendu que Santo Domingo rappelait son ambassadeur à Port-au-Prince, même pour consultations!

Et l'ambassadeur Jose Serulle Ramia avait tôt fait de démentir une rumeur voulant que son personnel diplomatique soit en train d'être évacué vers Saint Domingue.

Il y a là définitivement une double politique, une protégeant les vraies relations, les intérêts de la république voisine qui sont chez nous des plus importants (nous sommes leur troisième plus important partenaire commercial); et une autre politique, celle de l'aile anti-haitianiste dans l'administration du président Leonel Fernandez, politicards qui n'hésitent pas en plein 21e siècle à utiliser l'argument racial pour continuer de se maintenir au pou
voir.

Le décret que vient de ratifier la Cour suprême dominicaine pour refuser aux enfants nés de parents haitiens dans ce pays le passeport dominicain peut s'expliquer (même s'il n'est pas justifiable dans le cas des braceros qui se sont rendus là-bas depuis de nombreuses années), mais ce n'est pas un pays grand et développé comme les Etats-unis ou le Canada et la présence haitienne approcherait déjà le million.

Par contre, qu'un sénateur bien connu du parti au pouvoir opine: "c'est une grande victoire remportée contre la nation haitienne", force est de conclure qu'une bonne partie des élites dominicaines souffre d'un sérieux complexe d'infériorité.

Ce ne peut être nous tout à fait les responsables, nous ne sommes "ni gros, ni gras", pour reprendre la chanson de Ti Paris, c'est-à-dire ne correspondant probablement pas aux canons de l'idéal dominicain.

Ce sont les élites dominicaines en question qui doivent souffrir d'un grave problème d'identité. La carapace mis
e en place, de toutes pièces, par le dictateur Raphael Trujillo, est en train de craquer de toutes parts.

D'autre part, même aux pires moments de l'administration (pendant au moins deux décennies) du plus anti-haitien des Dominicains (après Trujillo), le Dr. Joaquin Balaguer, on n'avait pas vu les horreurs et exactions dont sont actuellement victimes des ressortissants haitiens.

Il y a donc probablement aussi un déficit de leadership à Santo Domingo. Après la disparition des "pères fondateurs": Bosch, Balaguer, Francisco Peña Gomez...

Idem en Haiti, mais c'est une autre histoire.

En tout cas, en dehors des cris de rage, la réaction même de nos voisins nous montre qu'il y a une limite qu'on ne peut franchir, pas plus eux-mêmes que nous autres, et on doit se réjouir que les dirigeants haitiens l'aient compris plus vite, dans les excuses mêmes qui auraient été présentées par la présidence haitienne. Mais sans tambour ni trompette. Le complexe d'infériorité n'est pas de no
tre côté. C'est tant mieux.

Il y a la politique des phantasmes, il y a la real politik...

Laissons la première aux esprits chagrins de Santo Domingo et occupons nous de la seconde... Le jeu des intérêts.

On n'a rien à faire sinon qu'à mieux protéger notre pays pour mettre nos voisins en demeure de changer de comportement et de mettre fin à leur carnaval sanglant.

Nous sommes le troisième marché de la République dominicaine en termes de revenus, après les Etats-unis bien sûr, et l'Europe pour le café et le tourisme.

Or la principale clientèle dominicaine, c'est le peuple, les "madan sara."

Toute véritable mobilisation populaire en Haiti (et les manifestations du lundi 12 décembre montrent que cela est réalisable) se révélerait donc fatale pour leurs intérêts commerciaux.

Regardez comment tout le monde a peur de déranger la Chine au niveau des droits humains, sinon plus de contrat pour Boeing et Airbus!

On nous dit que la frontière longue de 3
35 kilomètres est comme une passoire, soit. Mais tout effort haitien pour limiter un tant soit peu le passage clandestin du café, du cacao et autres de nos récoltes qui vont alimenter à moindres frais l'industrie agro-alimentaire de nos voisins, se traduirait pour eux en un autre important manque à gagner.

Ne pensons pas fermeture de la frontière, pas de bluff! Ni que les dominicains ont seuls tous les torts. Nous ne pouvons, comme ils disent, se délester sur eux de tous nos problèmes, de toutes les conséquences de nos inconséquences, de nos haines ataviques, en un mot de tous nos crétinismes.

Mais nous sommes définitivement une seule et même île. Un côté a besoin de l'autre, sous une forme ou sous une autre... Comme les deux ailes d'un oiseau. Encore faut-il que l'oiseau ne batte pas que d'une aile...

Ni comme le voudraient les racistes de la république voisine.

Ni comme nous nous y condamnons par notre laissez aller.

[/quote]


Editorial, Mé
lodie 103.3 FM, Port-au-Prince

Post Reply