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DPean

Chronique d'une visite gâchée et d'une indignation légitime

Post by DPean » Wed Dec 14, 2005 9:31 am

Leonel Fernàndez:
Chronique d'une visite gâchée et d'une indignation légitime
La voiture du Président dominicain criblée de coups de pierres; quatre blessés dont trois étudiants; la rue haitienne à la Une dans la presse dominicaine

Posté le mardi 13 décembre 2005

Par Radio Kiskeya

Au moins quatre personnes ont été blessées dont une par balle dans de violentes protestations assimilables à des émeutes populaires ayant marqué lundi à Port-au-Prince la visite officielle du Président dominicain Leonel Fernàndez. Un étudiant de la faculté d'ethnologie de l'Université d'Etat d'Haiti (UEH), Arisma Jean-Pierre, a été atteint d'une balle au cou. Il serait victime de tirs de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haiti (MINUSTAH). Deux autres étudiantes, Stéphanie Hyppolite, de l'Ecole nationale des infirmières et
une autre de l'Université épiscopale d'Haiti ont été également blessées. La première a été touchée à l'oreille par un coup de bâton d'un policier. Par ailleurs, une passante qui était prise de panique en entendant des rafales d'armes automatiques s'est jetée dans un ravin. Elle s'en est sortie avec une jambe brisée et une importante blessure à la tête. De jeunes manifestants ont été frappés par des policiers qui ont été jusqu'à les affronter dans une forme d'Intifada à l'haitienne.

Leonel Fernàndez qui en était à sa deuxième visite, après celle effectuée en juin 1998, a dû quitter le pays en catastrophe, annulant d'importants engagements prévus dans son agenda. A l'aéroport Toussaint Louverture, pas un seul élément du protocole n'a été respecté. Visiblement mécontents, le chef de l'Etat et les membres de sa délégation n'ont pas transité par le salon diplomatique et sont arrivés directement sur le tarmac pour s'engouffrer en vitesse dans l'avion qui les attendait. La fanfare du Palais National, dépêchée
sur les lieux, n'a pas eu à interpréter l'hymne présidentiel dominicain. Le Président provisoire Boniface Alexandre et le Premier ministre Gérard Latortue qui devaient saluer le départ de l'hôte -comme c'était le cas à son arrivée- étaient curieusement absents. Des témoins rapportent que des militaires dominicains armés jusqu'aux dents affichaient une grande nervosité autour du Président. Ils étaient arrivés dans la capitale haitienne depuis vendredi sous les ordres d'un colonel.

Des images d'une rare violence réelle et symbolique peuvent aisément résumer cette journée extrêmement mouvementée. Le cortège présidentiel dominicain a traversé le haut de Port-au-Prince à vive allure sous une pluie de pierres. Même le véhicule de Leonel Fernàndez n'a pas été épargné. A l'avenue Charles Sumner (sud-est de la capitale), l'épreuve la plus difficile attendait la sécurité rapprochée du Président dominicain. Pour dégager la rue que des manifestants tentaient d'obstruer, un hélicoptère de l'armée de l'air dominica
ine a ouvert le feu en même temps que des éléments de la CIMO, l'unité anti-émeutes de la Police Nationale d'Haiti. Les rafales d'armes automatiques ont provoqué une grande panique chez passants et riverains. Mais, un véhicule du cortège dominicain venant directement de Santo Domingo, une Lexus de couleur noire, a dû être abandonné sur place à cause d'une grave crevaison de pneu.

Selon les principaux journaux dominicains, qui ont consacré mardi matin leur Une, en version imprimée ou électronique, aux événements sans précédent de Port-au-Prince, à aucun moment "la vie de Leonel Fernàndez n'était menacée". Mais, un envoyé spécial du quotidien Hoy reconnaît qu'au plus fort de l'agitation "l'escorte du chef de l'Etat était en position de combat et qu'un hélicoptère des Forces Aériennes Dominicaines (FAD) survolait la caravane".

Pour sa part, l'ambassadeur dominicain à Port-au-Prince José Serulle Ramia a lâché une bombe dans un langage très peu diplomatique. "Le Président a été contraint de mettre fi
n prématurément à sa visite pour éviter de courir le risque de se faire assassiner" a déclaré l'ambassadeur qui, pour une fois, s'est départi de son calme habituel. Qui voulait attenter à la vie de M. Fernàndez? Dans quel but? Par quels moyens? Des questions auxquelles devrait répondre sérieusement le diplomate qui, pour l'heure, dans sa contre-offensive réclame "des excuses publiques des extrémistes à l'origine des incidents et des explications du gouvernement haitien".

Stratégie sécuritaire préventive ou dispositif de circonstance doublé d'une méfiance traditionnelle entre dirigeants dominicains et haitiens, plusieurs hélicoptères militaires étaient en stationnement dans la cour de l'ambassade dominicaine à Pétion-Ville (banlieue est de Port-au-Prince) pour faire face à "toute urgence".

Malgré un large dispositif de sécurité mis en place dès la matinée et qui avait considérablement affecté la circulation automobile dans différents secteurs de la capitale, Leonel Fernàndez ne s'est pas rendu à
la résidence de l'ambassadeur pour le cocktail prévu en compagnie de la classe politique et de la société civile. Des candidats à la Présidence dont l'ancien chef de l'Etat Lavalas (le parti d'Aristide) René Préval et l'ex-bâtonnier de l'Ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Rigaud Duplan, ont monté le pied de grue. En vain.

Enfin, ce récit des incidents et faux-pas de cette journée particulière serait incomplet si l'on omettait de souligner les moments difficiles qu'a vécus la délégation dominicaine dans son ensemble, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Palais. Acte I : l'énorme vacarme de la foule en colère submerge l'exécution des hymnes nationaux haitien et domincain alors que Fernàndez est aux côtés de son homologue Boniface Alexandre sur le perron du Palais National.

Acte II : les entretiens entre les autorités, quoique prolongées dans une perspective tactique, suscitent peu d'intérêt chez les journalistes haitiens et dominicains. Pas plus que la présence des membres du cabinet minist
ériel, du Conseil des Sages, du Conseil Electoral Provisoire, des Maires de Port-au-Prince, Pétion-Ville et Delmas (banlieue est) et du Nonce apostolique Mgr Mario Giordana. Au salon diplomatique, tous les regards sont tournés vers la rue. Toutes les fenêtres sont occupées par des confrères et consoeurs curieux de savoir ce qui se passe au dehors. Les dominicains -reporters et cameramen- captent pratiquement toutes les images, mais sont visiblement paniqués au point de rester à l'écart des confrères haitiens dont la proximité pourrait être une "menace potentielle". Quand enfin commence la cérémonie et qu'interviennent, tour à tour, les deux Présidents, l'atmosphère est glaciale pour une visite d'amitié et les visages des dirigeants dominicains, de Fernàndez au chancelier Carlos Morales Troncoso, sont fermés.

Acte III et final : Le cortège présidentiel a toutes les peines du monde pour laisser le Palais. Les visiteurs parviennent tout de même à se frayer un chemin au milieu d'un énorme écran de fumée. C
ar, seules des bombes lacrymogènes lancées par la police et des tirs nourris pouvaient disperser les centaines de manifestants qui avaient investi la grande place du Champ de Mars et affrontaient les forces de l'ordre à coups de pierres et de bouteilles, derrière des barricades de pneus enflammés. Les soldats de la MINUSTAH, dépassés par les événements, ont dû céder la place aux policiers haitiens. Parmi les débris restés sur le théâtre des événements, un drapeau dominicain et des photos de Leonel Fernàndez réduits en cendres. Du jamais vu en Haiti!

En fin de journée, on rapportait une tentative d'agression contre des travailleuses du sexe dominicaines résidant dans des bordels du bas de la ville. Fort heureusement, ce stupide projet de représailles orchestré par quelques individus a été déjoué par des âmes généreuses.

La journée du 12 décembre 2005 laissera pendant longtemps un goût amer à Leonel Fernàndez et aux dominicains, surpris par la rage d'une population piquée au vif et poussée dans se
s derniers retranchements. L'énergie du désespoir cherchait une expression, même au pris d'incidents regrettables.

Gelin_

Re: Chronique d'une visite gâchée et d'une indignation légit

Post by Gelin_ » Wed Dec 14, 2005 5:25 pm

[quote]...Pour dégager la rue que des manifestants tentaient d'obstruer, un hélicoptère de l'armée de l'air dominicaine a ouvert le feu <U>en même temps</U> que des éléments de la CIMO, l'unité anti-émeutes de la Police Nationale d'Haiti.[/quote]
Il y a quand même un example d'unité d'esprit entre ces deux éléments de l'équation. Une seule cible, un objectif commun...

gelin

Gelin_

Post by Gelin_ » Thu Dec 15, 2005 10:10 am

Il faut bien accélérer le pourrissement de la situation par tous les moyens possibles et imaginables. Après tout c'est d'Haiti qu'il s'agit.

gelin

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