HAITI - RD

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Edwin Paraison
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HAITI - RD

Post by Edwin Paraison » Wed Jul 11, 2007 12:52 am

La République dominicaine a son Ibo Simon* et ce qui va avec...



Écrit par K. Gizolme - A. Lescot 10-07-2007
Sur la chaîne de télé Canal 5 à Santo Domingo, l'animatrice Consuelo Pradel insulte en direct les Haitiens qui travaillent et vivent en République dominicaine. Qui ne dit mot consent...

L'anti-haitianisme se cultive depuis le XXème siècle. Pourtant, des organisations locales et internationales dénoncent les mauvais traitements dont sont victimes les Haitiens depuis des années. Face à un événement qui s'est tenu à Paris en juin « Esclaves au Paradis » (exposition, projections de documentaires et colloque), le ministre des Affaires étrangères, Carlos Morales Troncoso, par ailleurs longtemps actionnaire des consortiums sucriers locaux, exige un droit de réponse dans les média français (Libération du 04/07/07, Le Figaro ou VSD) dénonçant une « campagne de haine, dont les bénéfices n'iront certainement pas aux immigrés haitiens ». Allégations et double langage qui pourraient être inquiétants lorsque l'on mesure l'anti-haitianisme utilisé dans les plus hautes sphères de l'Etat.

Le plus sinistre et sanglant exemple remonte à exactement 70 ans quand près de 15. 000 Haitiens ont été massacrés à l'arme blanche pour « préserver la race dominicaine ». Plus récemment, ce 1er juillet 2007 et en mai 2005, des incidents ont dégénéré en lynchages meurtriers sans que les autorités ne lèvent le petit doigt. Sauf pour expulser des blessés, contrairement aux accords signés avec Haiti pour cesser ces pratiques arbitraires... La République dominicaine soucieuse de son image a signé plusieurs traités de droits humains et ne les a jamais respectés (voir le rapport d'Amnesty International). Aujourd'hui, elle s'indigne lorsque la situation des travailleurs haitiens est assimilée à de l'esclavage contemporain. « Ils sont libres », écrit M. Troncoso dans Libération. Sans papier d'identité, quelle liberté ont-ils de circuler, d'aller dans un hôpital, d'envoyer leurs enfants à l'école ? Amnesty International rappelle qu'un Haitien même en règle n'a aucune chance de ne pas être arrêté par un agent de l'immigration.

« Ils sont rémunérés ». Dans les bateyes, les « braceros » sont payés à la tonne de canne coupée et la balance ne fonctionne pas toujours équitablement. Les pesos gagnés sont dépensés dans les boutiques aux prix bien plus élevés que dans les villes proches où ils ne peuvent aller (transports trop chers et risques d'arrestation). Dans la construction, plusieurs rapportent que le jour de la paye au lieu de voir leur patron, ils se retrouvent nez à nez avec les agents de l'immigration chargés de les expulser. Evidemment sans paie. Il existe un salaire minimum en République dominicaine mais pas pour les Haitiens.
« Ils travaillent de leur plein gré ». Prisonniers de ce système, que peuvent-ils faire d'autre ?

La documentariste Amy Serrano qui a projeté le 28 juin 2007 « The Sugar Babies » sur le campus universitaire de l'Université Internationale de Floride résume après 26 mois d'enquête sur place : « Les Haitiens n'arrivent pas sur place avec des chaînes au pied, ni contre leur volonté mais comme objet d'un trafic humain qui les maintent sans papier et sans possibilité d'améliorer leur vie. Ceci est de l'esclavage. »


On peut comprendre l'irritation des autorités dominicaines et des propriétaires de plantations (les familles Vicini, Fanjul et Campoyo) puisqu'est en jeu leur image à l'international. Quatre millions de touristes se pressent sur l'île selon les estimations de 2006. Les Américains (qui importent aussi le sucre dominicain) représentent 28 % des clients suivis par les Canadiens et les Français. Tous les moyens sont bons pour mener une contre campagne. Ecrire aux journaux dénonçant des « ennemis » de la République dominicaine (sans les identifier), faire croire qu'il s'agit d'actions contre les Dominicains et l'image du pays (alors que ne sont visées directement que les familles richissimes qui profitent de ce système et l'attitude des politiques) réaliser des documents vidéo à distribuer, identifier les ONG « amies et alliées », inviter des communicants ou des journalistes triés sur le volet et même en payer certains pour contredire les documentaires. Ce fut le cas du film d'Amy Serrano « The Sugar Babies » projeté à Miami (voir l'article sur dominicanoshoy.com ). Des enveloppes allant de 300 à 2000 dollars ont été remises aux journalistes « amis ».


Le gouvernement dominicain et les sucreries investissent donc dans une stratégie de communication au lieu de changer un système qui fonctionne si bien depuis près d'un siècle au profit de tous les intermédiaires (y compris haitiens) sauf des travailleurs (y compris dominicains). Les seules modifications faites portent sur la construction rapide de logements corrects, ce qui ne règle en aucun cas la question essentielle de l'exploitation et de leur non reconnaissance des Haitiens au mépris des lois internationales.


Ce 11 juillet 2007, René Préval est invité en République dominicaine pour célébrer le centenaire de l'écrivain Jacques Roumain. Cette rencontre sera-t-elle aussi utilisée pour montrer des relations cordiales entre les deux pays ? Certes il est temps de dépassionner le débat. Dépassionner ne veut pas dire étouffer.

Karole Gizolme et Anne Lescot

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* Ibo Simon est animateur de télé en Guadeloupe. Il a été poursuivi en justice pour ses propos haineux proférés en direct pendant plusieurs années à l'encontre des ressortissants haitiens et dominicais vivants en Guadeloupe. Il a même invité ses téléspectateurs à aller démolir la maison d'une famille dominicaise, acte retransmis en direct sur sa télé de l'époque Canal 10.

En savoir plus avec notre article "Esclaves au paradis" déclenche un tollé en République dominicaine

Site officiel de l'événement Esclaves au paradis : www.esclaveauparadis.org
Site du film The Sugar Babies d'Amy Serrano : http://www.sirenstudios.net/
site du film The price of Sugar de Bill Haney : http://www.thepriceofsugar.com

Voir le rapport d'Amnesty international 2007 sur la République dominicaine : Une vie en transit. La situation tragique des migrants haitiens et des Dominicains d'origine haitienne.

Edwin Paraison
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Post by Edwin Paraison » Thu Jul 12, 2007 12:36 am

Célébration officielle du centenaire de Jacques Roumain en République Dominicaine : Réhabilitation ou Récupération ?

mercredi 11 juillet 2007




Analyse

P-au-P., 10 juil. 07 [AlterPresse] --- Les 11 et 12 juillet 2007, des activités pour commémorer le centenaire de l'écrivain poète et homme politique haitien, Jacques Roumain, sont prévues à Santo Domingo, République Dominicaine, en présence du chef d'Etat haitien, René Garcia Préval qui doit faire le déplacement spécialement pour l'événement.

S'agit-il d'une réhabilitation ou d'une récupération de la mémoire de Jacques Romain ?

Pour mémoire et pour l'histoire, il faut rappeler que Roumain, qui a toujours défendu les couches les plus pauvres d'Haiti, en particulier les paysans, a été trainé en justice par la République Dominicaine parce qu'il avait osé critiquer le massacre perpétré en 1937 contre plus de 10,000 ressortissants haitiens dans ce pays, par le dictateur Léonidas Trujillo.

Selon un extrait de la biographie de J. Roumain réalisé par L F Hoffmann et mis en ligne sur le site Ile en Ile (www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/) :

« En novembre 1937, à la demande du Quai d'Orsay, sur plainte de la légation de la République dominicaine, Jacques Roumain et Pierre Saint-Dizier, gérant de la revue Regards, sont arrêtés et inculpés d'outrages à un chef d'État étranger. Était mis en cause l'article de Roumain ‘La Tragédie haitienne', paru dans le numéro du 18 novembre 1937 de la revue (c'est-à-dire cinq mois plus tôt), qui accuse de génocide le dictateur dominicain et de complicité le président Sténio Vincent. C'est la première fois qu'un journal français est poursuivi pour ‘outrage à un chef d'État étranger'.

L'audience a lieu le 5 décembre 1937 devant la 12e Chambre correctionnelle. Les écrivains Romain Rolland, Jean Cassou et Charles Vildrac et de nombreuses autres personnalités protestèrent contre les poursuites. Le 13 décembre, après plusieurs ajournements, Jacques Roumain et Pierre Saint-Dizier sont jugés et condamnés à quinze jours de prison avec sursis et 300 francs d'amende.

Raphaël Léonidas Trujillo, quant à lui, obtient un franc symbolique de dommages intérêt. »

Les événements qui auront lieu les 11 et 12 juillet à Santo Domingo, vont-ils réhabiliter Jacques Roumain ou s'agit-il d'un faux semblant pour détourner les regards de l'essentiel de sa pensée et de ses actes ? Les discussions autour de ses œuvres, notamment autour de son chef d'œuvre « Gouverneurs de la Rosée », roman qui met en scène la dure réalité des paysans haitiens, seront-elles l'occasion de mieux faire comprendre au public dominicain l'évolution et la réalité du milieu rural haitien d'où sont originaires la majorité des immigrants haitiens qui se trouvent en République Dominicaine. Les discussions vont-elles se confiner aux beaux salons ou se transformeront-elles par la suite en actions concrètes en faveur de ces gens qui fuient leur pays en quête d'un mieux être ?

A noter que cette commémoration du Centenaire de Jacques Romain en République Dominicaine s'effectue dans un contexte où en France, pendant un mois durant (15 mai au 15 juin 2007), à travers une exposition de photos qui a fait coulé beaucoup d'encre et de salives, l'on vient de mettre en relief et de débattre de la réalité des travailleurs haitiens en République Dominicaine, en particulier les coupeurs de canne.

Cet événement réalisé sous le label « Esclaves au Paradis » avec un colloque autour du thème « Sang, Sucre et Sueur », a occasionné une mobilisation hors paire du gouvernement dominicain et des secteurs nationalistes de ce pays pour condamner l'activité.

Les organisateurs ont reçu des menaces et comme pour Jacques Roumain en 1937, une plainte a été déposée contre eux à l'ambassade française à Santo Domingo.

De leur côté, les dirigeants haitiens ont gardé le mutisme ou ont apporté leur appui à la campagne contre toutes organisations ou personnalités qui osent parler de cette réalité. Faut-il interpréter la nouvelle visite de René Préval dans cette même optique, à savoir : la réhabilitation ou la récupération de la mémoire de Jacques Romain ? [ apr 10/07/2007 23:00]

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Guysanto
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Post by Guysanto » Thu Jul 12, 2007 8:05 am

[quote]De leur côté, les dirigeants haitiens ont gardé le mutisme ou ont apporté leur appui à la campagne contre toutes organisations ou personnalités qui osent parler de cette réalité.[/quote]
???

Edwin Paraison
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Post by Edwin Paraison » Mon Jul 16, 2007 12:21 pm

Préval de retour en Haiti après une visite à Santo Domingo pour célébrer Roumain
Le Président haitien et son homologue dominicain expriment leur volonté de "renforcer les liens fraternels" entre les deux pays sans poser le problème migratoire

vendredi 13 juillet 2007,

Radio Kiskeya



Le Président René Préval est rentré à Port-au-Prince jeudi soir à l'issue d'une brève visite à Santo Domingo consacrée au centenaire de Jacques Roumain et au cours de laquelle le dirigeant haitien et son homologue dominicain Leonel Fernàndez se sont engagés à renforcer les relations bilatérales.

Selon l'agence espagnole EFE, les deux chefs d'Etat ont jugé nécessaire de favoriser l'approfondissement des "liens fraternels"qui unissent les deux pays dont les relations ont été, ces dernières années, très affectées par l'épineux problème de flux migratoire haitien en territoire voisin.

Après un tête-à-tête d'une demi-heure au bureau du premier mandataire dominicain, Préval et Fernàndez n'ont fait aucune déclaration à la presse, mais leurs propos ont été relayés par la diffusion d'un vidéo et des déclarations de leurs proches collaborateurs.

Qualifiant la rencontre "d'exceptionnelle", le Président dominicain a estimé qu'elle constituait "une grande opportunité pour le renforcement des liens fraternels qui doivent exister entre Haiti et la République Dominicaine". De son point de vue, "les deux pays sont destinés à être des frères malgré les différences du passé. Les conquêtes de l'avenir nous unissent davantage que les affrontements et les problèmes".

Dans le cadre d'un effort mutuel visant à surmonter les divergences, René Préval s'est, pour sa part, déclaré prêt à travailler à un rapprochement entre les citoyens des deux nations. "Nous allons regarder le monde d'une manière positive", a assuré le Président.

Les deux dirigeants ont visiblement évité d'aborder le thème migratoire à l'origine ces derniers mois d'une nouvelle fièvre nationaliste à la suite de la publication d'un rapport d'Amnesty International et de la sortie de plusieurs documentaires dénonçant les conditions proches de l'esclavage dans lesquelles vivent des haitiens en République Dominicaine.

Leonel Fernàndez a préféré souligner que l'agenda de cette visite était dominé essentiellement par la célébration du centenaire de l'illustre homme de lettres et penseur politique haitien Jacques Roumain (1907-1944). "La culture va nous unir", a laissé entendre le chef de l'Etat. Après un déjeûner offert au salon vert situé au troisième étage du Palais National (siège de la Présidence), il a assisté en compagnie de son homologue haitien à une table ronde autour de l'œuvre littéraire et politique de Roumain. A l'auditorium Pedro Mir de l'Université Autonome de Santo Domingo (UASD), le chercheur franco-américain Léon François Hoffman a été le principal animateur des débats sur l'auteur des "Gouverneurs de la rosée", le plus célèbre roman de la littérature haitienne, traduit en 32 langues, salué par la critique du monde entier et qui a fait l'objet d'adaptations cinématographiques.

Une projection spéciale du documentaire du cinéaste haitien Arnold Antonin intitulé "Vie et œuvre de Jacques Roumain" était également au programme.

Le quotidien dominicain El Nuevo Diario précise que Leonel Fernàndez a établi un parallèle entre "Les gouverneurs de la rosée" et un roman de l'ancien Président dominicain Juan Bosch titré "La mañosa", en insistant sur la communauté thématique et idéologique des deux œuvres inscrites dans l'univers rural et dans la quête d'un projet national.

"En ce moment, nous célébrons le centenaire de Jacques Roumain et dans deux ans nous allons célébrer en République Dominicaine le centenaire de Juan Bosch (1909-2001). Je crois qu'une grande opportunité s'offre à nous pour le renforcement des liens fraternels qui doivent exister entre Haiti et la République Dominicaine à travers la culture et particulièrement à travers ces deux géants de la création et de la pensée qui, dans ces temps de globalisation, contribuent à la réaffirmation de l'identité culturelle nationale de nos peuples", a conclu M. Fernàndez considéré comme l'héritier politique de Bosch.

Pour sa part, le ministre haitien de la culture, Daniel Elie, a affirmé en présence des deux chefs d'Etat que cette commémoration représentait une "réparation historique de l'Etat dominicain envers le poète haitien".

Il a notamment rappelé que Roumain fut emprisonné à Paris en 1937 à la suite d'une plainte de l'ancien dictateur dominicain Rafael Leonidas Trujillo (1930-1961) contre l'écrivain qui dénonçait l'horreur du massacre des haitiens -entre 20.000 et 50.000- ordonné par le maître de Santo Domingo.

"Nos deux pays doivent avancer dans leurs relations pour créer une amitié irréversible. Nous devons reconnaître nos erreurs pour ne pas les répéter et nous avons le devoir de le faire parce que si nous faisons le contraire l'histoire ne nous le pardonnera pas", a averti Daniel Elie.

Avant Santo Domingo, l'année Roumain avait donné lieu à des manifestations culturelles d'inégale importance notamment en Haiti, dans les Antilles françaises, en France métropolitaine, aux Etats-Unis et au Canada.

Après neuf heures passées dans la capitale dominicaine, la délégation haitienne a regagné Port-au-Prince jeudi soir à bord d'un vol privé. spp/RK

A LIRE AUSSI Les articles de EspacInsular pour essayer de repondre aux interrogations de Guy:

http://www.espacinsular.org/spip.php?article3826

http://www.espacinsular.org/spip.php?article3831


Notre Roumain à nous !

servicios espacinsular
PUERTO PRINCIPE, HAITÍ. 15 DE JULIO DE 2007.- L'écrivain Jacques Roumain est universel, comme l'est Victor Hugo ou Berthold Brecht. Quoi donc de plus naturel qu'on lui rende hommage tant en France qu'à Cuba et, à présent, en République dominicaine à l'initiative de la Funglobe de Leonel Fernandez, d'autant que le président dominicain a la réputation d'être un fervent admirateur du grand écrivain haitien.



Mais il se trouve que Jacques Roumain est aussi, est d'abord, profondément haitien comme l'attestent son œuvre et sa vie entière. Nationaliste en plein cœur de l'universel, écologiste avant les congrès mondiaux, homme politique avant les partis, Jacques Roumain a exprimé et défendu toute sa vie Haiti et son peuple dont il a été l'un des plus fervents défenseurs par sa littérature et ses combats. C'est notre Roumain à nous.

Alors pourquoi cet impair ? Cette maladresse ? Le président de la République avait-il besoin de se rendre en terre étrangère pour honorer notre Roumain ? Qu'ont fait nos représentants, au plus haut niveau requis, pour le célébrer depuis l'ouverture de l'année ? Pas une rue baptisée à son nom ! Pas un buste dévoilé ! On a mieux traité nos champions de football d'il y a quelque trente ans.

Et qu'on ne vienne pas nous dire que telle manifestation de second ordre, patronnée par tel ou tel ministère (par ailleurs méritoire), telle initiative plus ou moins limitée - forcément - de la société civile : fondation ou pas, étudiants, écoliers, écrivains et j'en passe - qu'on ne nous dise pas que ces manifestations d'attachement et de revendication diverses peuvent remplacer la démarche d'État, la revendication nationale !

Haiti a produit bien des hommes illustres, internationalement reconnus comme tels. Il y a quelque trois ans, le Dr Jean Price-Mars était à l'honneur. Le Brésil faisait traduire son « Ainsi parla l'Oncle » ; la France d'outre-mer organisait des conférences... je ne sache pas que les écoles d'Haiti aient été investies du message ou de l'œuvre de Price-Mars. Cette année, c'est Jacques Roumain, notre Roumain, qui, en revanche, est connu, traduit, admiré de par le monde. Nous devons le revendiquer bien haut et nous aurions déjà dû le faire au plus haut niveau. Comment transmettre autrement à nos jeunes et à nos enfants le meilleur de ce que nous avons produit ? En s'en allant le fêter sans éclat, le président de la République a perdu une occasion en or de manifester devant le monde que notre Roumain est à nous. vendredi 13 juillet 2007


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FUENTE Sabine Manigat sabine.manigat@lematinhaiti.com

Edwin Paraison
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Post by Edwin Paraison » Wed Jul 18, 2007 4:59 pm



Centenaire de naissance de Jacques Roumain
Jacques Roumain et les relations haitiano-dominicaines

mercredi 18 juillet 2007




Soumis à AlterPresse le 17 juillet 2007

Par le Groupe d'appui aux rapatriés et réfugiés (Garr)

Réflexions à l'Ueh sur Jacques Roumain et les relations haitiano-dominicaines

17 juillet 2007

Dans le cadre des activités commémoratives du centenaire de l'écrivain haitien Jacques Roumain, l'Université d'Etat d'Haiti(Ueh) a organisé, le 14 juillet 2007, un panel autour des relations haitiano-dominicaines, objet de préoccupations, déjà en 1937, chez l'auteur du célèbre roman paysan, Gouverneurs de la Rosée.

Ce panel, tenu à l'auditorium de l'Institut National d'Administration, de Gestion et des Hautes Etudes Internationales (Inaghei), a réuni le doyen de la Faculté d'Ethnologie, Yves Dorestal, l'ex-ambassadeur d'Haiti en République Dominicaine, Guy Alexandre, et la coordonnatrice du Groupe d'appui aux rapatriés et réfugiés (Garr), Colette Lespinasse qui, avant son exposé, a invité l'assistance à observer une minute de recueillement, en mémoire d'un autre poète, Jacques Roche, assassiné le 14 juillet 2005.

D'entrée de jeu, le doyen de la Faculté d'Ethnologie a campé le personnage de Roumain : un théoricien marxiste original, un internationaliste qui prônait un mouvement socialiste mondial.

Pénétré de cette vision, il a développé des relations avec les partis communistes de la région et encouragé une alliance des masses opprimées en vue de combattre tous les fascismes locaux. Roumain était également sensible à l'idée du projet de création, sur des bases socialistes, d'une Union des Grandes Antilles incluant entre autres, Haiti, la République Dominicaine et Cuba.

Selon le professeur Dorestal, Jacques Roumain nous a offert « une leçon de vigilance théorique et politique », car, tout en dénonçant le massacre de 1937, il avait évité le piège de l'anti-dominicanisme.

A travers un article titré "La tragédie haitienne" publié, en novembre 1937, dans la revue française "Regards", l'écrivain avait accusé Rafael Leonidas Trujillo d'avoir commis un génocide, ce qui lui a valu des poursuites judiciaires et même une condamnation pour outrages à un chef d'Etat étranger.

Mais l'auteur avait critiqué également l'attitude complice du président haitien d'alors, Sténio Vincent.

De l'avis de Roumain, les peuples haitien et dominicain sont deux grandes victimes de la surexploitation et de l'oppression des classes dominantes des deux pays.

« La question haitiano-dominicaine est trop sérieuse pour être laissée aux deux gouvernements », prévient le professeur Dorestal, qui invite plutôt à déconstruire l'anti-haitianisme et éviter la voie dangereuse de l'anti-dominicanisme.

En ce sens, il estime que Roumain a innové en théorisant sur le concept de racisme périphérique pour expliquer l'anti-haitianisme qu'on retrouve en République Dominicaine.

S'appuyant sur la vision de Roumain, l'ambassadeur Guy Alexandre s'est évertué à identifier différents moments de manifestations de cet anti-haitianisme, qui empoisonne jusqu'à date les rapports entre les deux peuples et dont s'accommodent les deux oligarchies de l'île.

Il cite, entre autres, la période de création de l'Etat dominicain en rupture avec l'Etat haitien, celle de Trujillo - qui a mis en place un anti-haitianisme d'Etat - et la période actuelle, caractérisée par une remontée du nationalisme anti-haitien dont les événements de Hatillo Palma (2005) sont une tragique illustration.

Malgré le poids réel des stéréotypes et préjugés, il y a, tout de même, un ensemble de témoignages qui attestent que « le peuple dominicain, dans sa grande majorité, n'a pas fonctionné nécessairement selon des comportements anti-haitiens », assure Guy Alexandre.

De son côté, la coordonnatrice du GARR, Colette Lespinasse, invitée à se prononcer sur la réalité et les perspectives de la migration haitienne en République Dominicaine, a proposé un parallèle entre le contexte actuel de cette migration et celui qui a prévalu à l'époque de Roumain.

« La présence actuelle de milliers de travailleurs haitiens en territoire dominicain n'est pas le fruit d'un hasard, mais le résultat d'une politique économique enclenchée dans un contexte géo-politique très particulier, caractérisé par l'occupation de plusieurs pays de la région en vue de l'expansion du capitalisme. A cette fin, les Américains avaient décidé d'occuper simultanément les deux pays (1915 pour Haiti et 1916 pour la RD) et d'intensifier sur l'île la production sucrière en installant les usines du côté dominicain et en puisant la main d'œuvre en Haiti ».

Ce qui a ouvert la voie à des flux migratoires vers la République Dominicaine, qui persistent encore de nos jours, déplore la coordonnatrice du GARR.

Comme à l'époque de Jacques Roumain, l'Haiti d'aujourd'hui connaît une occupation étrangère, les migrants haitiens sont trafiqués vers divers secteurs de l'économie dominicaine et on insiste sur le retour en force de la culture de la canne en vue de la fabrication de l'éthanol, comme bio-carburant, a fait remarquer Lespinasse.

Une autre similitude relevée fut la poursuite judiciaire contre Roumain qui avait dénoncé le massacre de plus de 10,000 haitiens, orchestré en 1937 par le dictateur Rafael Leonidas Trujillo.

En 2007, souligne Colette Lespinasse, des représentants du gouvernement et du Parlement dominicains, à travers notes officielles et résolutions, accusent de diffamation les auteurs d'une exposition en France de photos et de documentaires décrivant la réalité inhumaine des coupeurs de canne haitiens dans les bateyes sucriers et ont annoncé des poursuites judiciaires à leur encontre.

La coordonnatrice du GARR s'est interrogée au passage sur le sens de la récente "célébration" du centenaire de Jacques Roumain en République Dominicaine", sous l'égide des présidents René Préval et Léonel Fernandez.

Dans quel esprit s'est donc effectuée cette célébration ?, se demande-t-elle, ajoutant que, tout comme à l'époque de Jacques Roumain, les dirigeants haitiens et dominicains ont toujours conclu des alliances dans le sens de leurs intérêts, et rarement au bénéfice des deux populations.

En guise de conclusion, elle a souligné la nécessité pour les populations des deux pays, dans leurs composantes marginalisées et surexploitées, de construire une autre alliance en vue de l'émergence de meilleurs rapports sur l'île ». (Fin de texte GARR-17/7/07).

Edwin Paraison
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Post by Edwin Paraison » Wed Jul 18, 2007 8:10 pm

Article
HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE/ CENTENAIRE JACQUES ROUMAIN / Un pas de géant dans le chemin de l'amitié entre les peuples dominicain et haitien
Par Leslie Péan

Leslie Péan a participé aux manifestations de célébration du centenaire de Jacques Roumain en République dominicaine les 11 et 12 juillet. Il nous en fait un compte rendu dont nous publions une première partie aujourd'hui.

C'est sans renier quoi que ce soit que les présidents haitien et dominicain ont entamé une diplomatie à petits pas depuis l'inauguration du deuxième mandat du président Préval, il y a tout juste un an. Une visite de Leonel Fernandez en Haiti et plusieurs visites de René Préval en République dominicaine en une année montrent le renouveau dans les rapports entre les deux pays.

La célébration du centième anniversaire de Jacques Roumain (né le 4 juin 1907) a débuté le 11 juillet avec la conférence présentée par Léon François Hoffmann, professeur franco-américain à l'université Princeton, spécialiste de la culture et de la littérature haitiennes. L'historien dominicain Frank Moya Pons eut l'honneur d'introduire le professeur Hoffmann qui a exposé dans son texte « La valeur de l'œuvre de Jacques Roumain » les maux de l'univers rural haitien.

Puis le cinéaste haitien Arnold Antonin a présenté les 40 premières minutes du film qu'il réalise sur Jacques Roumain et qui sera prêt avant la fin de l'année en français et en espagnol. Enfin, ce fut la présentation du film « CUMBITE » réalisé par le cinéaste cubain Tomas Gutiérrez Alea à Cuba en l964. Le film est inspiré par le roman de Roumain « Gouverneurs de la Rosée ». Une nombreuse assistance remplissait la salle Manuel del Cabral de l'Université Autonome de Santo Domingo (UASD) parmi laquelle se distinguaient le président Leonel Fernandez et le vice-président Rafael Alburquerque.

Parmi les autres personnalités présentes à l'occasion on pouvait remarquer Fritz Cinéas, ambassadeur haitien en République dominicaine ; Frederick EmamZadé, directeur de FUNGLODE ; José Rafael Lantigua, Secrétaire d'Etat de la Culture, etc.

Parler de Jacques Roumain et de son oeuvre majeure Gouverneurs de la Rosée n'est pas une chose nouvelle en République dominicaine. Des efforts inlassables ont été entrepris pour faire connaître ce fameux roman qui, durant la décennie 70, a été le plus lu par les intellectuels dominicains. I

l importe de remarquer que déjà, au mois de mai dernier, à l'occasion de la Foire du livre 2007 de Santo Domingo, le film « CUMBITE » de Tomas Gutiérrez Alea avait eu un grand succès et également la conférence présentée par l'intellectuel dominicain Manuel Salvador Gautier, lauréat du Prix national de littérature en 1997, sur le thème « Jacques Roumain, une dette payée ». On ne peut donc douter de la relève de la mémoire. Mais, ce n'était qu'un versement. Les organisateurs Fundacion Global Democracia y Desarrollo (FUNGLODE) et la Secrétairerie d'Etat de la Culture ont mis le paquet pour montrer qu'il restait encore à payer et que le dossier n'est pas clos. Et ils ont gagné leur pari. Car cette rencontre de Saint-Domingue a dépassé par sa qualité, son organisation et le niveau de réflexion des orateurs, celles d'Haiti, de Cuba, et de New York qui ont célébré le centième anniversaire de la naissance de Jacques Roumain.

La reconnaissance de la dette de la République dominicaine à la mémoire de Jacques Roumain nécessitait d'autres actions. Ce d'autant plus que le gouvernement du dictateur Trujillo avait porté plainte contre Jacques Roumain en 1937, suite à un article écrit par lui contre le massacre des coupeurs de canne haitien en République dominicaine. Jacques Roumain qui était alors en exil en France fut condamné à 30 jours de prison avec sursis et dut payer une amende. C'est justement un point qui fut abordé le lendemain 12 juillet par le président Fernandez au cours du déjeuner offert au Palais national dominicain pour accueillir le président haitien René Préval.

Sans négationnisme ni revanchardisme
Arrivé le 12 juillet à dix heures du matin à l'aéroport des Amériques par avion privé pour une visite de huit heures de temps, le président Préval s'est immédiatement rendu par un hélicoptère des forces Armées dominicaines à l'hôtel Santo Domingo où il eut une audience avec Carlos Morales Troncoso, Secrétaire d'Etat dominicain des Affaires Etrangères et le consul dominicain en Haiti, Carlos Castillo. Le président haitien était accompagné de Daniel Elie, Secrétaire d'Etat à la Culture et de Mme Elizabeth Delatour, Conseillère à la Présidence. Puis à midi trente, le président haitien se rendit au palais national dominicain où il eut une entrevue privée de vingtcinq minutes avec le président dominicain au cours de laquelle les questions de sécurité frontalière et des immigrants illégaux haitiens furent abordés. Le chancelier dominicain Carlos Morales Troncoso et l'ambassadeur haitien Fritz Cinéas participèrent à cette entrevue privée qui fut suivie d'un déjeuner offert en la circonstance.

Avant le déjeuner, Max Puig, Secrétaire d'État dominicain à l'Environnement et aux Ressources Naturelles fit un bref discours dans lequel il présenta le contenu de la Déclaration de Saint-Domingue dans lequel Haiti, Cuba et la République dominicaine s'engageaient à créer un « Corridor biologique » avec l'appui de l'Organisation des Nations unies pour promouvoir la biodiversité et combattre la désertification.

Après le déjeuner, le président dominicain prononça un discours, au salon vert, au troisième étage du palais Présidentiel, dans lequel il a fait montre d'un exceptionnel courage et d'une grande vision de l'avenir. Pour Leonel Fernandez, « la République Dominicaine et Haiti sont deux peuples qui, malgré leur passé, ont pour destin commun d'être des frères car la conquête de l'avenir les unit beaucoup plus que les problèmes qu'ils confrontent actuellement. » À son sens, la célébration du centenaire de la naissance de Jacques Roumain, tout comme celle de Juan Bosch (dans deux ans), était une bonne occasion pour relire les romans « Gouverneurs de la Rosée » et «La Mañosa », pour apprendre à partir de la problématique paysanne qui se dégage de ces œuvres, la perspective d'un projet national de libération et de développement.

Le président dominicain s'est arrêté sur Jacques Roumain qu'il considère comme le Juan Bosch haitien. Dans sa réponse, le président René Préval a remarqué qu'il était nécessaire de renforcer les relations entre les deux pays et d'établir des objectifs mesurables de développement commun. Le président haitien a insisté sur la nécessité de profiter du destin qui crée cette conjoncture dans laquelle son homologue et lui sont au même moment les mandataires de leurs pays respectifs. Les présidents dominicain et haitien ont rappelé comment Jacques Roumain avait été victime de la répression de Trujillo.

On pouvait observer dans la salle les membres de la délégation venue d'Haiti parmi lesquels le cinéaste Arnold Antonin, le professeur Hérard Jadotte, l'ex-Sénateur Wesner Emmanuel ; l'avocat et leader politique Osner Févry ; le doyen de l'unité de l'Université Notre-Dame d'Haiti au CapHaitien, Cary Hector ; l'intellectuel Max Manigat ; l'éditeur et écrivain Dieudonné Fardin ; le responsable de l'Académie diplomatique et consulaire d'Haiti, Myrtho Bonhomme ; la directrice de la Bibliothèque nationale, Françoise Beaulieu Thybulle ; et le dirigeant politique, Claude Roumain.

Du côté dominicain, il y avait la première dame, la doctoresse Margarita Cedeño de Fernández; le vice-président de la République, Rafael Alburquerque; l'ambassadeur dominicain accrédité en Haití, José Serulle Ramia; les historiens Bernardo Vega et Frank Moya Pons; le président du Sénat, Reinaldo Pared Pérez; le recteur de l'Université Pontificale Madre y Maestra, Monseñor Agripino Núñez Collado; le président de la Cour Suprême de Justice, Jorge Subero Isa; le Secrétaire d'État de l'Environnement et des Ressources naturelles, Max Puig ; le Secrétaire Administratif de la Présidence, Luis Manuel Bonetti; le responsable de la Compagnie des Assurances Nationales, Euclides Gutiérrez Féliz ; le consul dominicain en Haiti, Carlos Castillo; le respon-s able de la Commission d'Ethique et de Lutte contre la corruption, José Joaquín Bidó Medina; et le Secrétaire d'Etat de la Culture, José Rafael Lantigua, etc. Le Ministre de l'Environnement cubain, Fernando González Bermúdez, a également participé au déjeuner.

À quatre heures de l'après-midi, ce fut le plat de consistance qui fut servi à nouveau à l'auditorium Manuel del Cabral de la Bibliothèque Pedro Mir de l'Université Autonome de Santo Domingo. La mobilisation était totale pour servir la nourriture de l'esprit avec traduction simultanée en français et en espagnol. Toutes les chaînes de télévision et les journaux étaient présents. La salle était comble dans ce temple de la connaissance et de la culture. Autour de la table ronde avaient pris position les conférenciers parmi lesquels l'écrivain dominicain Andrés L. Mateo et les Haitiens Bonel Auguste, Claude Roumain, neveu de Jacques ; Jean Euphele Milcé et Dieudonné Fardin. Les présidents Fernandez et Préval sont arrivés à 4.45 pm.

Le président Fernandez était accompagné du président du Sénat, Reinaldo Pared Pérez, du président de la Chambre des Députés, Julio César Valentín et du chef des Forces Armées, le lieutenant général Ramón Aquino García. Après le discours d'ouverture du Secrétaire d'État de la Culture, José Rafael Lantigua, ce fut au tour de son homologue haitien, Daniel Elie, de prendre la parole. Il a remercié les amis dominicains pour cette initiative qui selon lui n'était que le début de toute une série d'activités culturelles entre les deux pays. En effet, un protocole a été signé entre les ministères de la Culture des deux pays pour qu'un manuel d'histoire commune, en français/créole et en espagnol, revisite et fasse connaître la réalité de l'île.

C'est une excellente action car un tel manuel, pouvant être utilisé dans les programmes scolaires, permettra aux habitants des deux parties de l'île Quisqueya/ Bohio de regarder leur passé en face, sans concessions. Le protocole prévoit également l'échange d'artistes, d'informations entre les bibliothèques, la participation haitienne au carnaval dominicain, et l'organisation en septembre prochain d'une semaine culturelle haitienne en République dominicaine. Pour le ministre Daniel Elie, le rapprochement entre les deux pays doit continuer car « si nous renonçons à cette lutte, l'histoire ne nous pardonnera pas. »
À suivre…

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