Portrait de Michèle Duvivier Pierre-Louis

Post Reply
Serge
Posts: 326
Joined: Mon Jan 01, 2007 10:39 am

Portrait de Michèle Duvivier Pierre-Louis

Post by Serge » Tue Jul 01, 2008 9:58 pm

Ceux qui suivent l'évolution de la situation en Haiti n'ignorent pas que Michèle Duvivier Pierre-Louis a été désignée par le Président Préval comme Premier Ministre. Immédiatement, une campagne des plus dénigrantes a été lancée contre elle. J'ai retrouvé sur l'Internet un portrait de Michèle Duvivier Pierre-Louis qui permettra de mieux situer les commentaires que nous pourrions vouloir formuler à ce sujet. Bonne lecture et nous nous retrouverons à la fin du texte!

Serge



MICHELE DUVIVIER PIERRE-LOUIS

PORTRAIT

« Dans un monde de plus en plus dominé par l'argent, et beaucoup trop par l'argent facile, dans un monde où la violence, où toutes les violences s'érigent en mode de fonctionnement, en mode de vie, nous devons pouvoir faire la différence.

Inventer des savoir-vivre qui montrent le respect que nous avons pour la vie, pour les enfants, pour les parents, pour l'environnement. C'est par ce biais que les choses changeront, pas par magie, ou par miracle. Mais par nos efforts, ceux de chacun, de chacune ».

Ainsi s'adressait Michèle Duvivier Pierre-Louis, il y a un an, à la promotion « Aurore » du Lycée Pétion qui l'avait choisie comme marraine.

Depuis son retour en Haiti en 1976, Michèle Duvivier Pierre-Louis s'est attelée activement au développement de son pays. Consacrant une attention particulière à l'alphabétisation et à l'éducation des adultes, on la retrouve à l'enseignement du civisme et de la philosophie à des paysans, à la formation en gestion de petits projets aux organisations de base, à la mise en place d'associations de femmes rurales auprès desquelles elle anime une formation destinée aux accoucheuses traditionnelles du Nord-Ouest, dans le développement culturel, dans des projets de lecture publique pour les jeunes, prononçant des conférences à travers le pays à Limbé comme à Petite Rivière de Nippes, créant des bibliothèques, faisant de l'éducation son cheval de bataille.

En 1986, elle est « Formateur National » à la Campagne d'Alphabétisation de Misyon Alfa (Mission Alpha). En 1991, le Président Jean-Bertrand Aristide lui confie les tâches de redéfinition des missions de l'Etat, de coordination entre la présidence et les Ministres, de prise en compte des demandes des organisations paysannes pour la réforme agraire. Sa connaissance du pays est riche de son expérience aussi bien dans le secteur public où elle a été Directrice Adjointe de l'Aéroport (1979 - 1982), que dans le secteur privé où elle a été Directrice de Crédit à la Bank of Nova Scotia (1976 - 1979), ou encore Chargée de l'Administration et des Ressources Humaines à la Société Financière Haitienne de Développement (SOFHIDES - 1983 - 1984).

Michèle Duvivier Pierre-Louis
Née le 5 octobre 1947, à Jérémie, Haiti

1976 : Master en Sciences Economique- Cum Laude.

Queens College of the City University of New York.

***

Directrice Exécutive de la Fondation Connaissance & Liberté – FOKAL.

Professeur à l'Université Quisqueya, chargée du cours « Cultures et Sociétés de la Caraibe ». Département des Sciences de l'Education.

***

Prix Yoko Tada Foundation for Human Rights, Japan, Décembre 1993.

Docteur Honoris Causa in Humanities, Saint Michael's College, Vermont, 2004

Trésor National Vivant, Décembre 2006.

Trail Blazer Award, Septembre 2007.

Directrice depuis 1995 de la Fondasyon Konesans ak Libète (Fondation Connaissance et Liberté - FOKAL) qui défend la position fondamentale que le changement véritable ne peut s'opérer que si ceux qu'il concerne en deviennent les premiers acteurs, elle intervient dans les domaines de l'éducation, de la culture, du développement communautaire, de l'environnement, de l'équité de genre, de la société civile, de la formation de jeunes entrepreneurs. Elle sillonne le pays à pied, à cheval, dans la boue, sous la pluie, là où aucun véhicule ne peut accéder, vivant dans une réelle proximité avec les gens, travaillant elle-même directement à la réussite des projets subventionnés par la FOKAL avec les communautés de Grand Bois Cornillon, Savanette, Diny, Value, Fonds Baptiste; ou encore à Ti-Bois, Dos Malfini, Ivoire…

Tout en apprenant à comprendre et à connaitre la complexité du réel de son pays, de son histoire, de sa culture, elle agit, convaincue que les richesses et les contradictions de la pratique enseignent plus que la théorie qu'elle ne veut élaborer qu'à partir de son vécu, veillant à incarner au quotidien ses idéaux de combat.

Tout au long de ces trente dernières années, les questions d'identité, de liberté, de mémoire, de patrimoine, de construction de la démocratie, d'inclusion, de responsabilité citoyenne, du rapport à l'autre, du service public, du bien commun reviennent de manière constante dans ses conférences, les articles qu'elle publie, ses discours, les actions qu'elle met en oeuvre, ses interviews.

Michèle Duvivier Pierre-Louis poursuit une quête quasi-obsessionnelle : celle de l'émancipation et de la justice pour tous. « Nous ne pouvons continuer à vivre dans un pays où la majorité est exclue des droits et des responsabilités de la citoyenneté. Le siècle prochain devra être pour Haiti le siècle de la citoyenneté. Nous devons faire de ce pays un lieu vivable pour tous, un pays que nous voulons construire et non détruire… Il y a ce quelque chose chez les Haitiens, ce sens de la liberté, cette manière d'être à l'aise avec soi, même dans la misère. Quand je regarde les visages des personnes les plus démunies, je touche la liberté et la grâce. Ici je peux communiquer avec tout le monde, ici nous pouvons rire ensemble. Je ressens une véritable passion pour ce pays, si forte qu'elle fait parfois mal ».1

1 Extrait de “Beyond the Mountains, the unfinished business of Haiti”, par Ary Korpivaara, édité par Open Society Institute, 2004.

Publications

• Plaidoyer pour l'autosuffisance alimentaire. Le Nouvelliste, 31 mai 1986.

• La Quête de l'Ailleurs. Chemins Critiques, Vol 1, #3, Décembre 1989.

• Alphabétisation et communautés de base. Actes du Colloque Pour une vision commune du développement des régions d'Haiti, Avril 22, 23, 1988, Montréal,

AQOCI.

• Le Refus de l'oubli. Chemins Critiques, Vol 1 #4, July 1990.

• Regards sur l'entreprise. Chemins Critiques, Vol 2 #2, Septembre 1991

• Le mouvement associatif en Haiti 1986-1992. Rapport Colloque de Curacao - Comité Inter-ONG, March 26-29, 1992.

• Aspirations à la démocratie et actions des ONG et groupes de base. Actes du Colloque AQOCI, Avril 24-26, 1992, Montréal.

• Quelques réflexions sur l'éducation populaire. La République Haitienne, Etat des lieux et perspectives, sous la direction de Gérard Barthélémy et Christian Girault, ADEC-Karthala, 1993.

• Jérémie, nouvelle, revue Butterfly, Juillet 2001.

Premier Prix au concours de nouvelles de la Women Writers of Haitian Descent .

Articles publiés dans Conjonction, Boutures et autres...

Soucieuse de prouver que le changement est possible en Haiti, Michèle Duvivier Pierre-Louis estime que la plus grave crise que traverse le pays est celle de la paysannerie. « Le paysan haitien est épuisé, il n'arrive plus à se reconstituer, il faut investir massivement dans la paysannerie et avec elle comme partenaire, investir dans l'eau, dans la terre, dans la production »2.

C'est en 1986 qu'elle publie dans le journal Le Nouvelliste un « Plaidoyer pour l'autosuffisance alimentaire ». Elle souhaite oeuvrer à faire surgir dans les consciences qu'une solidarité est fondamentale pour faire aboutir le nécessaire projet de changement profond auquel aspire la société haitienne, particulièrement ses fractions historiquement marginalisées.

Campée toute sa vie, et ce dès l'âge de 16 ans, dans une position « existentielle » de l'engagement, Michèle Duvivier Pierre-Louis considère sa désignation par le Président René Préval pour être Premier Ministre d'Haiti comme un nouveau moment, une nouvelle forme de son inscription de toujours au service de la construction de son pays. “C'est ici que je dois vivre et nulle part ailleurs. Ce qui me porte, c'est notre capacité de prendre la vie à bras le corps, d'être créatifs et même créateurs. Je dois continuer à travailler avec les jeunes, à espérer qu'ils comprendront l'importance de certaines choses. Il faut travailler les poches d'espérance et je souhaite qu'avec ou sans moi, quelque chose se déclenche. Je ne peux pas ne pas continuer d'espérer, parce que je crois en l'être humain, en sa perfectibilité, je ne peux pas et je ne veux pas désespérer. C'est une position éthique, personnelle ».3

2 Extrait d'une interview accordée à la réalisatrice Michèle Lemoine en 2005.

3 idem.

Quelques conférences en Haiti et à l'étranger

• Congrès National des Paysans de Papaye, Papaye, Hinche, Mars 1987 : Le rôle des organisations paysannes dans l'émergence de la démocratie en Haiti.

• Congrès National des Femmes paysannes du MPP, Papaye, Hinche, Mars 1989 : Le rôle de la femme dans l'économie haitienne.

• Centre d'Etudes Canadiennes Internationales (CECI), 1990 : Les organisations de femmes et leur impact dans le monde rural.

• Conférence internationale sur Haiti organisée par la Coopération française, Paris, Mars 1991 : Démocratie et Education.

• Conférence du Fonds Canadien pour l'Amérique Latine, Ottawa, Canada, Octobre 1996 : Le développement rural en Haiti.

• Congrès International de la Francophonie, AUPELF-UREF, Novembre 1996 : La promotion de la lecture et les bibliothèques communautaires.

• University of Illinois at Urbana-Champaign, Distinguished Guest Lecturer at the Mortenson Center November 1997. Title of conference: "Haiti, Reading the Minds of Democracy" (Published by the University Press)

• Chalon, Miragoâne, Mai 2000, Kilti ak Developman

• Harvard University, Latin American Studies Department, Forum on Haiti, Guest speaker, February 2001 : Education, Democracy and Development.

• Ti Boukan, Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen, Mai 2002, Devlopman ak Globalizasyon

• Bibliothèque Justin Lhérisson, Juin 2003, Aimé Césaire et le Jazz

• Saint Michael's College, Vermont, April 2002, Title of Conference : Beyond Mountains more mountains -The Haitian peasants in search of the promised land.

• Bibliothèque publique d'information (Bpi), Centre George Pompidou, Paris, Décembre 2004 : D'encre et d'exil.

Serge
Posts: 326
Joined: Mon Jan 01, 2007 10:39 am

Post by Serge » Tue Jul 01, 2008 11:26 pm

Définitivement, il semble que la lumière au bout du tunnel n'est pas pour bientôt. Juste au moment où l'on pensait, avec la désignation de Michèle Pierre-Louis, avoir trouvé quelqu'un doté de toute la compétence voulue, ayant résidence en Haiti, n'ayant pas de problème avec son nom, connaissant les problèmes du pays, à la tête de l'une des ONG les plus respectées en Haiti, connaissant bien les problèmes du pays, ceux qui sont déterminés à forcer le pays à faire du patinage sur place s'érigent contre Mme Pierre-Louis sur la base de considérations morales, d'une question d'orientation sexuelle. Comme si ce phénomène était nouveau en Haiti !

L'Agence haitienne de presse rapporte la réaction de Magalie Marcelin, responsable de l'organisation "Kay Fanm", suite aux déclarations du sénateur Evalière Beauplan: "..le fait que deux personnes s'agitent dans leur lit ne peut faire tomber une montagne, provoquer un cyclone ni un cas de kidnapping...c'est la Constitution haitienne qui définit les critères d'éligibilité d'un premier ministre ..." Amen! À savoir quelle Constitution ce sénateur lit. Il est fort possible qu'il en détienne une faite sur mesure.

Quand à ce leader discrédité de notre classe politique discréditée, Himler Rébu, toujours selon l'Agence de presse, il dit que tout le monde sait qu'il y a beaucoup de gens qui vivent des relations homosexuelles. cependant, ajoute-t-il, "il s'agit de relations non déclarées qui restent dans un cadre intime et personnel..." Voilà tout simplement. Ni vu ni connu! Motus et bouche cousue! Depuis quand est-ce que les Haitiens avaient-ils l'habitude de claironner sur tous les toits leur orientation sexuelle? Plus stupidement encore il ajoute plus loin "..aujourd'hui, la société haitiennee n'a pas encore accepté le principe de l'officialisation des relations homosexuelles - c'est nous qui soulignons.

De tout ce monde, le sénateur/pasteur Andris Riché semble garder sa lucidité en disant que Mme Pierre-Louis a le droit d'utiliser son corps comme elle l'entend. C'est ça les libertés individuelles!. Une bonne douche d'eau froide sur ceux-là, tant au parlement que dans la société civile qui voudraient s'ériger comme Grand Censeur!

L'hypocrisie qui ressort de l'attitude de plusieurs personnes et secteurs en Haiti au sujet de Mme Pierre-Louis est tout simplement ahurissante.

J'ai oui dire que l'Église catholique s'opposait à sa nomination pour les mêmes raisons; cette même Église qui:

n'avait pas hésité à épauler la dictature militaire;

au lendemain de la chute de Duvalier en 1986, avait suspendu le programme d'alphabétisation en raison de la tendance trop progressiste des "ti legliz" en charge du Programme;

une Église dont les représentants n'ont pas toujours brillé, pour ne dire que cela! À titre d'exemple le plus récent, lisez dans la dernière édition d'Haiti en Marche l'information selon laquelle l'Église avait refusé de chanter les funérailles des musiciens du groupe Barikad Crew, funérailles auxquelles ont assisté des milliers et des milliers de jeunes.

La campagne lancée contre Mme Pierre-Louis par ceux qui se veulent des grands "moralistes" est non seulement stupide, mais elle démontre une fois de plus comment des Haitiens ont l'art de se fourrer le doigt dans l'oeil, jusqu'au coude. Il suffit seulement de faire face à la réalité! Un pays sans gouvernement depuis deux mois; deux nominations rejetées; des projets en suspens; la dérive et j'en passe! Une lecture de ce portrait donne une idée de la compétence de Mme Pierre-Louis. Un examen de son dossier sur le terrain est encore plus convainquant. Elle connait bien le pays, elle connait les problèmes, elle a démontré ce dont elle est capable à la direction de FOKAL, sa performance a été reconnue à l'échelle internationale. Et ces gens, à court d'arguments, évoquent ces considérations stupides pour s'opposer à sa nomination! Vraiment c'est le comble!

Il y a lieu de se demander: sommes-nous condamnés à l'obscurantisme? Dans un pays où nous affrontons un terrible problème de compétences, de personnes dotées de conviction, de vision, d'intégrité, comment même penser à rejeter quelqu'un sur la base d'arguments aussi hypocrites?

Je ne connais pas du tout Mme Pierre-Louis, mais j'ai rencontré beaucoup de gens qui ne jurent que par elle, qui ont une profonde admiration pour sa capacité de travail, ses compétences, son éthique de travail et sa fermeté de caractère. Pas moyen de soudoyer quelqu'un comme elle. Pas du tout! Peut-être est-ce là le hic. On ne pourra plus faire son beurre.

Je souhaite ardemment que ce Parlement se resaisisse et que Mme Pierre-Louis soit approuvée sans problème. Je souhaite surtout que Mme Pierre-Louis ne décide pas de faire retrait de son nom, face à cette brutale campagne de dénigrement. Car, si cela arrivait, Dieu sait quelle pourrait être la réaction parmi les petites gens qui la connaissent bien eux et qui ne verraient pas du tout d'un bon oeil le traitement fait à leur idole.

Serge

Isabelle Fassinou

Des moralistes qui font honte

Post by Isabelle Fassinou » Wed Jul 02, 2008 11:20 am

Des moralistes qui font honte
- Par Lyonel Trouillot

--------------------------------------------------------------------------------


Dans ce pays, nous avons pris l'habitude de garder le silence devant l'évidence de la bêtise et de la mauvaise foi. Elles se donnent ainsi tous les droits, moquant notre intelligence et perdant notre temps collectif en un concert agressif ponctué d'archaismes et de vulgarité.

Voilà qu'en plein cœur d'une crise politique et institutionnelle qui n'est pas sans aggraver la misère matérielle et intellectuelle de la majorité de la population du pays, des prétendus moralistes veulent gaspiller notre temps à ergoter, radoter, sur la vie privée d'une citoyenne appelée à servir son pays.

Qu'est-ce donc que cette pensée républicaine qui va chercher dans les chambres la compétence académique, l'honnêteté citoyenne et le sens du devoir ?

Qu'est-ce donc que cette pensée républicaine qui va chercher dans les préceptes de telle ou telle confession religieuse (AUX YEUX DE LA RÉPUBLIQUE, AUCUNE CONFESSION RELIGIEUSE NE VAUT MIEUX QU'UNE AUTRE, ET AUCUNE NE FAIT LOI) les codes affectifs et émotionnels, et pourquoi pas culinaires, vestimentaires, à quel moment sourire, ne pas manger de la viande de porc, ne pas lire de livre rouge ou vert, ne pas écouter du rap ou de la musique classique… qu'un individu devrait appliquer dans sa vie pour avoir le droit de diriger ?

Qu'est-ce donc que cette pensée républicaine qui abandonne le terrain de la politique pour chercher dans la vie privée, avec l'ardeur des charognards et le sans-gêne du voyeurisme, prétexte à détruire une personne ? Car, c'est de cela qu'il semble s'agir, détruire par un verbe rageur le travail d'une vie. Et c'est cela qui est immoral. C'est cela qui témoigne de cette force de haine dictée par les intérêts individuels mesquins, les fondamentalismes arriérés, la pensée bloquée qui n'a jamais entendu parler du libre arbitre, des droits de la personne, de la différence entre sphère publique et sphère privée, de Voltaire, voire de toute la pensée républicaine du XXe siècle. Ici, là où l'intelligence a appris trop souvent à se taire, la haine remplit des pages et des pages, s'étale sur les ondes, sur le net. Haiti ne pratiquait pourtant pas l'exclusion pour motifs de vie privée dans le domaine du travail et de la gestion de la chose publique. C'est une nouveauté archaique qui nous vient de ce que Jean Coulanges appelait dans un article qui date de vingt ans : l'invisible invasion. Nous payons d'avoir laissé grignoter la sphère publique et la pensée laique. Et ce n'est qu'un début. Le pire est à venir. Il se lève en sourdine une odeur de bûcher et de pilori.

Et comment savoir ce qui se cache derrière ces moralistes que les conditions odieuses dans lesquelles vit la population ne semblent guère préoccuper ? Où sont-ils quand des officiels tapent sur leurs femmes comme sur des ballons, au su et au vu de tous ? Où sont-ils quand tel pasteur de tel culte gère les corps et les biens de ses ouailles en s'accordant les privilèges du gourou ? Où sont-ils toutes les fois que des dirigeants donnent en spectacle leur vilenie, leur incompétence, leur manie de corrompre ? Où sont-ils quand tel personnage puissant d'une instance internationale mène sa vie privée comme il l'entend ? Ce qui s'agite ici est un réflexe conservateur qui a à voir avec la misogynie et avec des motifs inavouables indifférents aux intérêts de la république.

Ce n'est pas à moi, mais au Parlement de ratifier ou de ne pas ratifier la nomination d'un Premier ministre. Que la décision soit en fonction de ce qui relève de la politique et du bien-être des citoyens. Et qu'on laisse chacun à la tranquillité de sa vie privée. Et que les citoyens lèvent la voix pour ramener le débat politique à l'essentiel : le respect des droits de tous et la satisfaction de leurs besoins.

Il y a ici des gens qui crèvent de faim et un besoin urgent d'agir. Et pas de temps à perdre sur la vie privée de qui ne viole aucun droit. Ce bavardage hors sujet fait la honte de la république.

Source: Le MATIN online

Isabelle Fassinou

Michèle Pierre-Louis retour aux fondamentaux de la politique

Post by Isabelle Fassinou » Wed Jul 02, 2008 11:24 am

Par Wiener K. Fleurimond

Bientôt trois mois que les Haitiens n'ont pas de Premier ministre. Certes, le gouvernement démissionnaire de M. Jacques Edouard Alexis est toujours en place en exécutant les affaires courantes. Mais celui-ci ne peut prendre aucune grande décision engageant l'Etat haitien. Après deux désignations en l'espace de deux mois par le chef de l'Etat et deux échecs consécutifs au Parlement, une troisième personnalité a été désignée par le Président de la République, M. René Garcia Préval, le lundi 23 juin 2008, en la personne de Mme. Michèle Duvivier Pierre-Louis, âgée de 61 ans. Curieusement, si comme pour chaque désignation, aussitôt la nouvelle connue, le débat fait rage dans les différents forums sur Internet et dans la société haitienne de l'intérieur et de l'extérieur, en ce qui concerne, les parlementaires, les premiers concernés, c'est quasiment silence radio.

Tout juste, si l'on entend çà et là quelques chuchotements de la part de certains députés ou sénateurs sur une désignation pourtant qui n'est pas forcément une surprise. Naturellement, sur le net, les langues se délient sur cette femme, économiste et intellectuelle fort connue pour son militantisme dans les domaines socioculturels dans le pays surtout dans la capitale haitienne, Port-au-Prince, à travers sa Fondation Connaissance et Liberté « FOKAL » et la Bibliothèque Monique Calixte. Il nous semble, que même dans ces forums, où l'on est rarement tendre avec les récipiendaires pour la Villa d'Arcueil, qu'un certain consensus est fait autour du nom de Mme. Michèle Pierre-Louis, amie de longue date du chef de l'Etat M. René Garcia Préval.

Évidemment, quelques impondérables ou de petits esprits ne se sont pas gênés pour parler de ce qui ne les regarde pas, s'agissant de la vie privée de la Premier ministre désignée ; néanmoins, l'on ne peut dire que ce choix de la présidence haitienne suscite de commentaires hostiles, au vue des deux précédentes désignations. Par contre, ce qui nous paraît surprenant, c'est la lenteur des parlementaires à constituer les Commissions devant analyser les dossiers ou du moins les pièces d'identité de Mme. Michèle Pierre-Louis. Ce peu d'empressement laisse la place à plusieurs interprétations. Surtout quand on a vu avec quelle diligence, ces mêmes parlementaires s'étaient empressés, de monter leurs Commissions et d'expédier à la vitesse d'un TGV, (Train à Grande Vitesse) MM. Ericq Pierre et Robert Manuel à la maison.

La première explication qu'on peut donner à ce retard est que, ce choix est incontestablement un geste allant dans le sens de trouver une solution à la crise depuis le limogeage de M. Jacques Edouard Alexis le 12 avril dernier.

Mme. Michèle Pierre-Louis n'est certes pas une bête de la politique. Mais compte tenue de la situation de blocage, entre les deux pouvoirs -exécutif et législatif-, cette personnalité jouissant d'une grande notoriété dans tous les milieux de la société haitienne et ses compétences étant reconnues par chacun, elle paraît la mieux placée pour faire la synthèse entre les deux protagonistes. D'où une première explication sur le silence des parlementaires pour qui, ce choix est incontestable sous réserve, bien entendu, que Mme Michèle Pierre-Louis remplit toutes les conditions prévues par la Constitution pour être chef de gouvernement. D'ailleurs, il faut être clair dans cette affaire. Les deux Premiers ministres désignés et recalés aussitôt au Parlement l'ont été jusqu'ici, non pas pour des raisons politiques mais uniquement sur la base de la partie technique de leurs dossiers, c'est-à-dire, les pièces relatives à leur identité en tant que citoyen haitien. Certes, l'on peut penser que politiquement ces deux malheureux n'avaient aucune chance de passer l'épreuve de vote de confiance sur leurs discours de politique générale, mais ça, c'est une autre histoire.

Pour Mme. Michèle Pierre-Louis, il s'emblerait, qu'elle bénéficie déjà, un a priori positif sur la partie technique de son dossier n'étant pas encore déposé, puis qu'aucune des deux Chambres de l'Assemblée Nationale haitienne ne l'a encore invité à déposer ses papiers. Mais selon certains parlementaires, là-dessus, il ne devrait avoir de problèmes, puisque, ce fameux consensus auquel nous faisons allusion, joue en sa faveur. D'autre part, selon certaines informations dont nous disposons auprès de certains parlementaires, s'ils n'ont pas encore, constituer les Commissions relatives à la ratification de la Premier ministre désignée, c'est parce qu'aucune des deux Chambres, ne veut prendre le risque de donner le premier, un avis favorable à la poursuite du processus de ratification, par peur qu'elle ne se fasse pas recalée par l'autre Chambre.

Se rappelant, là, encore, des deux précédentes désignations. Une première fois, le Sénat de la République avait voté favorablement à M. Ericq Pierre mais pour être ensuite remercié, quinze jours plus tard par leurs petits camarades de la Chambre basse et l'on connaît la Berezina qu'a connue Ti Bob Manuel, il y a quelques jours. Aujourd'hui, personne ne veut endosser la responsabilité d'un troisième échec au Parlement ce qui signifie, être responsable de l'aggravation de la crise. Alors même, que le pays, lui, s'enfonce de plus dans la misère. Car, il est ridicule de parler depuis ce 12 avril 2008 de la vie chère, puisque, depuis la chute du gouvernement de M. Alexis, cela va de soi, aucune mesure n'a été prise pour tenter d'arrêter l'hémorragie.

Enfin, les Sénateurs et les députés, surtout ceux du groupe de la Concertation des Parlementaires Progressistes (CPP), bien qu'en grande partie, ils sont plutôt favorables à une ratification de Mme. Michèle Pierre-Louis pour la Primature, ils ne restent pas moins méfiants vis-à-vis de certains de leurs collègues. Bref, le silence et la lenteur observe-t-on, au sein du Parlement, sont plutôt d'ordre tactique et stratégique qu'une réelle volonté d'empêcher la ratification de l'ancienne collaboratrice du Président de la République au poste de Premier ministre.

À remarquer aussi, que cette fois, aucun des parlementaires et ni personne d'ailleurs, en tout cas des gens souhaitant une solution de sortie à une situation qui a assez duré ne pourront plus, rendre le chef de l'Etat responsable de la prolongation de la crise, comme on l'avait dit avec raison, après les deux premières désignations. La première, c'était de la provocation après les émeutes de la faim et la seconde s'apparentait plus, à l'insulte politique qu'autre chose. En fait, le choix de Mme. Michèle Duvivier Pierre-Louis, libère la présidence de la République, d'un certain nombre de critiques plus ou moins fondées et cela veut aussi dire, que le chef de l'Etat a tiré les leçons du passé.

Donc, il revient aux fondamentaux de la politique, en faisant le choix du consensus. Du coup, il reprend la main sur le dossier puisque son choix, met dans l'embarras les parlementaires qui seront, eux aussi, cette fois, revenus à la politique proprement dite, pour ratifier ou rejeter cette désignation, non pas pour des raisons de personne, mais sur ce pourquoi, elle a été désignée, ici, sur sa déclaration de politique générale. À première vue, tout joue en faveur d'un vote de confiance à Mme. Michèle Duvivier Pierre-Louis. C'est ce qu'on peut appeler une désignation de consensus.

W.K.K

PS : Un article du journal Haiti Liberté, 2 juillet 2008

Isabelle Fassinou

Haiti: Etat Républicain par Jean Erich René

Post by Isabelle Fassinou » Wed Jul 02, 2008 11:27 am

par Jean Erich René

Selon la Constitution de 1987 dans son article premier ; «Haiti est une République, indivisible, souveraine, indépendante, coopératiste, libre, démocratique et sociale. » En conséquence, la gestion de l'Etat et de la Nation n'a rien à voir ni à revoir avec les normes théocratiques axées sur la morale chrétienne que les prélats de nos églises ne devraient imposer qu'à leurs fidèles. Cette incursion dans les affaires du temporel est plutôt marquée au coin du fondamentalisme le plus radical. La tenue vestimentaire et l'attitude comportementale des femmes sont soumises à de stricts règlements. Le cas échéant, la bastonnade sur la place publique, la lapidation et la fusillade après un jugement arbitraire et sommaire font partie de la panoplie des mesures punitives. :" Que celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre." disait Jésus aux accusateurs de la femme adultère.

Nous avons cette tendance maladive à porter des jugements sévères et de manière hâtive sans tenir compte des circonstances atténuantes. La nation haitienne vit des heures sombres qui réclament plutôt la réconciliation de ses fils. Le moment est vraiment contre indiqué pour soulever cette polémique de mauvais goût. Observons une trêve dans cette triste conjoncture. St Paul dans sa lettre aux Philippins invite les chrétiens et les chrétiennes à la sagesse. « Que chacun de vous au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres » (Philippiens 2,4).

En effet, en analysant l'échiquier politique d'Haiti, on constate que chacun cherche à sauver sa patate, sans se préoccuper de ce bourbier dans lequel s'enfonce chaque jour la masse nécessiteuse. Le prix de la gazoline augmente avec des effets pervers sur le marché de consommation des biens et des services. Dans cette Tour de Babel, il faut une voix qui s'élève au-dessus de la mêlée.

Le monopole des décisions politiques revient à l'Etat qui gère la res publica au nom du peuple. Le Président René Préval, en plein combat, a jugé utile et nécessaire de détacher sur la ligne de tir, un compagnon d'arme dont la puissance de feu est déjà prouvée. « Prenez garde aux chiens, prenez garde aux mauvais ouvriers, prenez garde aux faux circoncis » prévient St Paul (Philippiens 3,2). Ils parlent tous au nom de l'évangile mais ils n'ont pour dieu que leur ventre. Ils sont complètement indifférents à la souffrance des autres. La souveraineté nationale s'exerce par le truchement de 3 pouvoirs : Exécutif, Législatif et Judiciaire. La religiosité n'y est pour rien. La charia est-elle en vigueur en Haiti? La République d'Haiti n'est pas islamique. La laicité est sa marque de fabrique.

Personne n'est la propriété privée de personne. Dans une démocratie représentative il revient aux mandataires du Peuple de décider en partant à la recherche du bien commun. L'Etat républicain établit une nette différence entre vie publique et vie privée. Il serait malséant en traitant la chose publique au Palais Législatif de parler de sous-vêtements. Une telle conversation requiert plutôt l'intimité d'une chambre à coucher mais ne saurait faire aucunement l'objet d'un débat ni à la Chambre Haute ni à la Chambre Basse. Le Premier ministre ne sortira jamais du placard si, aux dépens de la compétence requise pour débloquer la machine gouvernementale, on doit s'arrêter aux peccadilles d'Etat civil, de titre de propriété et d'hypothétiques problèmes de mœurs.

Avons-nous besoin d'un Premier ministre pour conduire la politique de la nation ou bien sommes-nous à la recherche de Marie conçue sans péché. A moins qu'on soit vraiment abruti pour associer la virginité au monde de la politique. Ce n'est que dans l'univers merveilleux des enfants sages qu'on voit sur certaines images des beautés parfaites descendre du ciel sur une montagne de nuages. Mais la politique n'a jamais été le repère des Saints.

En Haiti nous ne vivons pas dans la Res Publica Christiana dont parle St Thomas d'Aquin comme sous la papauté. D'ailleurs nos hommes d'église peuvent-ils prêcher d'exemple ? La République est régie par des lois qui définissent les critères de recrutement du Premier ministre. Au chapitre III, Section C l'article 157 de la Constitution de 1987 stipule :

ARTICLE 157:
Pour être nommé Premier Ministre, il faut:
1) être haitien d'origine et n'avoir pas renoncé à sa nationalité;
2) être âgé de trente (30) ans accomplis;
3) jouir de ses droits civils et politiques et n'avoir jamais été condamné
à une peine afflictive et infamante;
4) être propriétaire en Haiti ou y exercer une profession;
5) résider dans le pays depuis cinq (5) années consécutives;

Il faudrait mettre sur la balance la moralité des accusateurs et celle de l'accusée pour que le Parlement décide autrement. Nos hommes et nos femmes d'église ne font-ils pas leurs entrechats et leurs entrelacs ? Quid de ce prêtre catholique décédé récemment du Sida après infecté 11 jeunes filles.

Chut! Mme Michèle Duvivier Pierre Louis, faites valoir vos pièces d'identité, votre état patrimonial mais non votre statut matrimonial. Le législateur n'a pas prévu ce critère dans la Constitution de 1987. Vous n'avez aucun casier judiciaire. Votre cursus universitaire, vos prestations de service sur le territoire national vous habilitent déjà à entrer la tête haute à la Villa d'Accueil. Vos fructueux contacts avec les richissimes hommes d'affaires font de vous le chauffeur idéal que cherchait le Président René Préval pour conduire le Gouvernement sur ce chemin
difficile. Après 3 mois sans un PM il y a des projets en souffrance. A moins que nos parlementaires soient versés dans une sotte misogynie et veulent assurer la domination masculine. L'Etat haitien est républicain, c'est-à-dire, il n'y a que l'intérêt public qui gouverne. Madame, vous pouvez franchir d'un pas assuré l'enceinte du Palais Législatif car la dichotomie entre la vie publique et la vie privée est formelle dans un Régime Républicain.

Isabelle Fassinou

Déclaration du Ministère à la Condition Féminine

Post by Isabelle Fassinou » Fri Jul 04, 2008 11:01 am

Haiti-Premier ministre : Déclaration du Ministère à la Condition Féminine sur les obstacles à la participation politique des femmes
Persistance des stéréotypes sexistes en Politique
vendredi 4 juillet 2008


Document soumis à AlterPresse le 3 juillet 2008

A chaque fois qu'une femme se distingue en politique ou est amenée à assumer un poste de décision, le débat est ramené automatiquement à son être social, à son genre. En dépit des conventions signées par les Etats, et malgré certaines avancées la question de la présence des femmes au pouvoir constitue un dilemme. Elle prend la forme d'un combat contre la socialisation différenciée selon le sexe et la domination masculine. Conditionnés par le système patriarcal, les hommes ont tendance à se rattacher aux privilèges que leur confère la masculinité. C'est comme si ils se sentaient déclassés, refoulés, et déchus d'un pouvoir qu'ils ont détenu depuis des siècles et qu'aujourd'hui ils étaient contraints de partager.

La désignation d'une femme au poste de cheffe de gouvernement haitien est une occasion pour approfondir la réflexion sur les stéréotypes sexistes en politique. Le déferlement d'insultes à son encontre et l'indexation de son mode de vie mettent une fois de plus en relief cette peur des hommes de découvrir la suprématie des femmes qualifiées et compétentes dans la gestion des affaires publiques ou privée.

Stéréotypes sexistes en politique, expression manifeste de la volonté d'exclure

L'usage des stéréotypes sexistes est l'expression manifeste de la peur des hommes de partager en toute équité ou de céder démocratiquement en fonction de critères tels les qualifications académiques et les capacités intellectuelles des espaces de pouvoir à des femmes compétentes aux qualifications éprouvées. Aussi, la bataille contre les stéréotypes sexistes prend-t-elle toute sa dimension en questionnant ce refus du partage.

Les stéréotypes sexistes deviennent l'arme privilégiée des hommes (et des femmes) politiques conservateurs contre les besoins de parité exprimés par une société en quête de renouveau. Les tenants-es d'un certain conservatisme veulent à tout prix maintenir les inégalités en s'appuyant sur la négation des droits des femmes d'être présentent dans les espaces de décision. Il ne s'agit guère là d'une lutte personnelle entre hommes et femmes, mais bien de préjugés malsains, de pratiques surannées de domination masculine dans une société composée pourtant d'hommes et de femmes.

Traitement différencié

La politique est et reste, pour le moment, une "affaire d'hommes". Les femmes y sont considérées comme illégitimes.

Les préjugés nés de la société patriarcale affirment que le pouvoir est masculin. La politique fonctionne donc comme un refuge de la masculinité. Les hommes politiques sont hostiles à sa féminisation. Une longue tradition de domination masculine a favorisé chez les hommes l'émergence de réflexes de frères prompts à défendre leurs places et leurs privilèges : depuis toujours, "les hommes ont fait de la politique entre eux. Ils ont ainsi défini une culture, des usages, un langage que l'intrusion des femmes perturbe. Ils ont fondé une république des frères, un fratriarcat que la présence des femmes remet en question" (Françoise Gaspard - 1995, « Des partis et des femmes », M. Riot-Sarcey éd., Démocratie et représentation, Paris, Kimé)

Les femmes politiques éprouvent des difficultés. "Toute femme qui fait de la politique éprouve un jour ou l'autre, le sentiment d'être une intruse dans un microcosme dont elle découvre que les codes lui échappent et les usages la marginalisent", (Françoise Gaspard)

Elles occupent très souvent les ministères de l'Education, de « Condition Féminine », de la Culture, des Affaires Sociales... en prolongement de leur rôle social de responsable de la reproduction Les ministères de l'Intérieur, de la Planification, des Affaires Etrangères, de l'Economie et des Finances sont généralement réservés aux hommes, (sauf exception en 1991 et 1995). En Haiti aucune femme n'a dirigé les ministères de l'Agriculture et des Travaux Publics. Ce cantonnement des femmes dans des domaines traditionnellement féminins les relègue dans des zones déclassées et déclassantes du champ politique. Les hommes monopolisent la quasi-totalité des postes prestigieux et régaliens (la défense, l'intérieur, la diplomatie, les affaires économiques). Aux femmes les rôles familiaux et aux hommes les rôles magistraux et hautement politiques. Les fonctions qui leur sont attribuées répondent à une division sexuée du travail traditionnel.

Les femmes élues se plaignent du fait que leur parole ait moins de valeur que celle des hommes. Elles doivent en permanence apporter la preuve de leur légitimité à exercer le pouvoir lié à leur fonction, montrer qu'elles sont à la hauteur et qu'elles "méritent" leur place ce, non seulement auprès de leurs collègues masculins, mais aussi auprès des citoyens et citoyennes.

L'appellation

L'exclusion des femmes a une évidente dimension symbolique. Sur le plan linguistique, l'usage de « Mme le » atteste leur inexistence, leur impossibilité ou leur incongruité. La féminisation se heurte à un refus presque hystérique de toute « profanation » de la langue française. C'est en effet un processus de sacralisation qui appuie la monopolisation du pouvoir par les hommes. Les signes identitaires de la féminité sont jugés déplacés dans l'univers politique

La langue, instrument de communication par excellence, n'est nullement innocente. Et le langage utilisé -en milieu professionnel- charrie souvent un mépris certain à l'endroit des femmes et de la fonction qu'elles occupent. Il est plus que courant d'entendre l'expression créole « Madanm nan », « Madanm sa a » pour désigner une femme en poste ou briguant un poste de décision. Même si la femme en question détient un titre académique il est relégué au profit d'expressions apparemment neutres mais chargées de sous-entendus stéréotypés. Et au cours des débats, les hommes ne se privent pas d'affubler les femmes de tous les noms d'oiseaux surtout lorsque ces dernières affichent leur fortes personnalités et marquent des points indéniables.

La sexualité

Les femmes politiques doivent faire la preuve de leur féminité à travers le statut d'épouse et de mère. De fait, les femmes promues candidates sont généralement mariées et ont des enfants. Aux yeux de la société, l'image de la mère de famille est la plus porteuse. La politicienne a rempli sa mission première de femme. La célibataire et la femme sans enfants sont soupçonnées de ne pas être de "vraies femmes". Elles sont exposées aux indiscrétions, aux interrogations sur leur vie privée. Il s'agit de vérifier la conformité aux normes sexuelles établis et d'user prétexte à l'exclusion contrairement aux principes antidiscriminatoires consacrés par des lois, conventions et traités.

De manière générale, la sexualité des femmes fait peur. La société s'arroge le droit de mettre en place tout un train de mesure pour la contrôler. Aussi, en politique une attention particulière est portée sur ce sujet. De la hypersexuelle à la « célibataire mariée à la politique » toutes les femmes en politique rencontrent des problèmes de genre qui trouvent racine dans les mythes associés à leur sexualité.

Conclusion

L'égalité femmes-hommes est une valeur, un objectif et un droit consubstantiel à la démocratie. Il importe de souligner que les inégalités sont un processus vivant qui se recompose en permanence sur fond de stéréotypes. Il s'agit d'une construction sociale à laquelle nous participons tous-tes. Il nous faut en prendre conscience et nous impliquer activement pour freiner le processus. Le principe de l'égalité femmes / hommes se passe de justification.

La contribution sociale des femmes ne peut se limiter aux rôles familiaux et maternels. Les femmes qui ont développés les capacités et la personnalité nécessaires pour entrer dans l'univers concurrentiel de la politique, ne devraient pas être les proies des préjugés séculaires entretenus sciemment. La valeur des femmes, et des hommes, en matière politique, doit reposer sur des qualités intrinsèques à la fonction briguée ou occupée et en conformité aux lois régissant la matière.

Isabelle Fassinou

Politique et orientation sexuelle Par Marc Damord

Post by Isabelle Fassinou » Fri Jul 04, 2008 11:07 am

Politique et orientation sexuelle

L'orientation sexuelle d'une personne n'a rien à voir avec sa morale. Le pseudo-débat que nos honorables parlementaires sont en train de « s'infliger » est stérile et n'a aucune commune mesure comparative des problèmes urgents et importants que ce pays conjugue depuis des années.

Madame Pierre-Louis, selon les acteurs de la scène politique haitienne, a toutes les qualités pour relever certains défis urgents qui assaillent ce pays-martyr ; tout au moins pour s'y attaquer de façon résolument sérieuse.

Pour l'orientation sexuelle d'une personne, elle a sa chambre à coucher ; pour la moralité il y a les tribunaux. Deux endroits diamétralement opposés sur le plan juridique et sociologique. Et les libertés individuelles dans tout ce faux débat, qui sont la cheville ouvrière de toute démocratie qui se respecte!

D'ailleurs, selon toutes les conventions internationales dont Haiti est signataire, l'homophobie, le racisme, le sexisme et l'intolérance, sous toutes leurs formes, sont bannis.

Si la législature ou l'Assemblée nationale d'un pays, d'un État, est là pour faire et ratifier les lois et les conventions, elle n'a nullement la prérogative, pour plaire à certains de ses membres, d'agir de façon contraire aux documents légaux signés.

Conviction religieuse et politique ne font pas souvent bon ménage, surtout dans un État où les dénominations religieuses se comptent par dizaines parmi ceux qui sont appelés à se prononcer sur le choix d'une personne devant prendre les rênes du gouvernement d'un pays comme Haiti.

Je crois qu'il est révolu, le temps où la foi, la croyance ou l'orientation d'une personne a à voir avec sa compétence pour occuper un poste, si ceux-ci ne sont pas contraires aux lois et coutumes généralement admises. Depuis 1986, notre société est déchirée en mille morceaux épars par des politiques axées sur la militance exacerbée. Chaque fin de gouvernement fait un travail de sape dans les bases sociales de la nation. Ce qui fait qu'à ce jour, comme me répétait, l'été dernier, un technicien sud-américain travaillant pour les Nations unies, « ce qui est plus désolant ici, c'est le nombre de petites Haiti qu'il y a dans ce pays ». Une nation émiettée, divisée, balkanisée avec un État port-auprincien non intégré dans le pays profond.

Si tout le monde est unanime à reconnaître les qualités de gestionnaire intègre et compétent de Madame Michèle Pierre-Louis Duvivier, Messieurs et Dames les parlementaires, le prétexte est trop faible pour tenir la route longtemps.

Laval, 1er juillet 2008

Par Marc Damord
jeudi 3 juillet 2008

Source: Le Matin online

Isabelle Fassinou

L'immoralité n'est pas là où l'on croit qu'elle est

Post by Isabelle Fassinou » Fri Jul 04, 2008 11:17 am

PARLEMENT / EXÉCUTIF / L'immoralité n'est pas là où l'on croit qu'elle est

Il est réconfortant de constater que la campagne odieuse de dénigrement déclenchée contre la personne de Michèle Pierre-Louis, Premier ministre désigné par le président de la République, ne soit pas restée sans réaction. Il est sain de voir que des centaines de personnes – intellectuels, artistes et professionnels de tous bords – aient pris sur elles de protester contre ce cas flagrant d'intolérance honnie. Et que, çà et là, des voix s'élèvent pour dénoncer toute forme perverse de malignité haineuse et destructrice.

Il y a donc lieu de se remettre à espérer. Car, cette campagne de dénigrement est inadmissible à tous points de vue.
Primo: le fait même d'y recourir traduit une démarche à la fois primitive et dictatoriale : comme on ne peut pas argumenter sérieusement, on tombe dans l'agression verbale marquée du sceau de l'intolérance,
Secundo: le contenu de la campagne est tout bonnement rebutant parce qu'il n'a rien à voir avec le sujet sur lequel on est censé statuer, à savoir la compétence, l'engagement et la capacité de la personne désignée par l'Exécutif à faire face aux problèmes cruciaux de notre société.
Tertio: le recours à la morale – un concept tellement insaisissable, multiple et varié – exprime une absence complète de réflexion sur le rôle véritable du politique. Ici il y a usurpation de fonction, l'élu se croit investi d'un rôle moral alors que sa fonction est tout autre. Mieux: son éthique a à voir avec la manière (morale) d'accomplir sa tâche pour la société et l'obligation (morale) de réussir, ce faisant.
Quarto: parler de moralité équivaudrait à croire en l'existence d'un camp qui serait moral auquel appartiendraient ceux qui la brandissent alors que tout dans cette société montre qu'on en est bien loin. Que la moralité – la vraie, celle qui respecte et tolère – est la chose la moins partagée chez nous, malheureusement. Un simple coup d'œil sur le cas des millions d'enfants abandonnés, l'état délabré de nos routes et de nos hôpitaux, la situation lamentable de nos institutions suffit pour prouver que nous baignons dans l'immoralité. Et que la première des démarches pour approcher la moralité est de s'attaquer à ces défis sociaux immenses.

Toujours est-il que ce faux débat donne l'occasion de redéfinir le rôle de la politique car ces messieurs les moralisateurs le méconnaissent assurément. Ils devraient savoir une fois pour toutes que la politique n'est pas là pour décerner des bulletins de moralité, mais pour remplir les tâches civiques pour lesquelles ils ont été choisis ou élus. Leur moralité à eux, c'est de faire leur travail avec engagement et honnêteté. Et l'immoralité – l'absence d'éthique commence justement lorsqu'ils ne mettent pas la main à la pâte et échouent à la tâche. On s'attend à ce que les politiques garantissent nos droits, mais pas à ce qu'ils mettent des caméras cachées sous nos lits.

Prenons seulement quelques-uns de ces droits fondamentaux que les politiques sont censés défendre et garantir. D'abord, le droit à la sécurité. Est-ce ce dernier garanti ? Nullement, quand on observe la persistance des cas de banditisme. Le droit à l'éducation n'est pas mieux assuré quand on constate la baisse du niveau de l'instruction et la stagnation du taux d'alphabétisme. Le droit au travail ne connaît pas non plus de changement qualitatif, la pertinence du chômage endémique est là pour nous le rappeler. Est-ce que les politiques ont pu débattre et trouver une solution pour les millions d'enfants abandonnés, maltraités, affamés? Ont-ils créé des cellules de crise pour mettre fin à l'état lamentable de nos hôpitaux, nos routes, nos écoles, nos administrations? Qu'ont-ils entrepris concrètement contre la corruption et les malversations? Que dire des cas quotidiens de viols de femmes, de harcèlement sexuel, d'irresponsabilité des pères engendrant des enfants à tout venant dont ils ne s'occupent plus. La liste est longue des situations immorales sur lesquelles nos élus devraient plutôt réfléchir au lieu de chercher à se mêler de la vie privée d'honnêtes gens.

Pour donner corps à leur vision étriquée, d'aucuns se réfèrent à l'article 32 de la constitution relatif à l'obligation de l'État de « faire l'éducation morale de la population ». Le fait d'y faire référence montre clairement que ceux qui brandissent ce texte n'en comprennent ni le sens ni la portée. Car le concept d'éducation morale recouvre exclusivement les valeurs ayant rapport avec la moralité publique, civique, éthique, bref celles qui concernent la coexistence pacifique dans une vie en société, le « vivre ensemble ». Il comprend l'ensemble des devoirs et des droits qu'un citoyen est censé savoir. Le devoir de respecter les lois de la République, de servir son pays, d'accomplir les tâches confiées avec honnêteté, de s'occuper de ses enfants et de les éduquer, etc. L'État doit, en retour, garantir au citoyen des droits, et parmi les plus fondamentaux, on retrouve le droit à la liberté, à la vie et à la sécurité.

Il va sans dire que cette dérive traditionaliste, en s'écartant délibérément de l'objectivité, est une stratégie facile pour ne pas dire démagogique pour ne pas voir les vrais problèmes en face, soit par indifférence soit par incompétence. Alors autant masquer son vide ! Vu du dehors, on n'a pas l'impression que les bruyants réfractaires à la candidature proposée saisissent le rôle important qu'ils ont à jouer. Tout se passe comme si, pour eux, il s'agissait uniquement d'abattre un adversaire, de le mater par n'importe quel moyen – même en recourant au voyeurisme machiste -, de « faire tomber », les unes après les autres, les personnes proposées sans se soucier de trouver, eux aussi, des solutions aux multiples problèmes du pays. Aussi est-il utile que, dans le cadre des réformes futures à entreprendre, l'on mette la barre un peu plus haut – côté compétence et engagement dans le choix de nos représentants. Et ce serait nettement mieux ainsi!

M.V.R.
vendredi 4 juillet 2008

Source: Le Matin online

Isabelle Fassinou

Lettre ouverte aux parlementaires haitiens

Post by Isabelle Fassinou » Sat Jul 05, 2008 5:19 pm

Lettre ouverte aux parlementaires haitiens
Haiti-Premier ministre : « Ne vous laissez pas effrayer par les sirènes de la haine »

vendredi 4 juillet 2008

Par Leslie Péan

Soumis à AlterPresse le 3 juillet 2008

Honorables Parlementaires,

La réalité haitienne illustre la thèse de Hegel qui veut que l'histoire avance en boitant, et, de préférence, du mauvais côté. Notre société fonctionne sur des représentations passéistes qui servent de ressort à sa régression, comme si elle faisait marche arrière en pilotage automatique. La part maudite servile et post-esclavagiste de notre société est mise sur orbite et commande à nos destinées. La crispation mentale de la colonialité avec ses peurs et ses fanatismes inculque le sens du simulacre aux représentations de notre monde local. La volonté d'exclusion est l'invariant fondamental du comportement haitien. Les formes d'exclusion et de discrimination sont multiples dans l'histoire haitienne. Le “farinage” commencé avec l'exclusion des nouveaux libres par les anciens libres ne tarda pas à se transformer en un “lavalas” d'exclusion des Noirs, puis des Mulâtres, des paysans, des jeunes, des vaudouisants, des femmes, des intellectuels, des communistes, des protestants, de la diaspora, des vieux, des homosexuels, etc.

Mais qu'on ne s'y trompe pas. Ce pouvoir d'exclusion des rivaux n'est pas toujours activé contre une des catégories pré-citées de la société postcoloniale rentière haitienne. La protection des détenteurs du pouvoir contre de nouveaux venus est la raison d'être de la politique d'exclusion. Le pouvoir d'exclusion est donc activé quand il s'agit de poursuivre le but fondamental qui est de limiter la concurrence. Le cerveau postcolonial excelle à produire une exclusion qui se conjugue sur tous les temps pour évincer tous les partisans de la nouveauté. Une situation qui se donne à voir aujourd'hui dans la campagne pathétique menée par les prisonniers de la haine contre la candidature de Mme. Michèle Pierre-Louis au poste de premier Ministre. Une campagne révélatrice de la légèreté d'une démarche de diffamation farcie d'aberrations. Une campagne de médisance dans laquelle les papes de l'inquisition se cachent derrière le masque de l'Internet, fabriquent des pétitions avec des faux noms et devant la verticalité des partisans de l'ouverture, déclarent, d'une main, que Mme Pierre-Louis a décidé de retirer sa candidature tout en demandant, de l'autre main, au Président Préval de retirer sa candidature.

Depuis 1804, les forces négatives de l'exclusion bloquent la société haitienne. A chaque époque de notre histoire, des fondamentalistes strangulent la pensée pour produire des corps torturés et jeter les cadavres aux chiens qui vivent de leurs massacres. L'infantilisme triomphe. Dans notre monde où les voyous ont plus d'audace que les honnêtes gens, aucune médiation n'est acceptée, toute tentative de réforme est rejetée, et la société se dirige tout droit vers le mur, vers l'explosion sociale de grande envergure.

Qu'est-ce qui est en jeu en Haiti ? Fondamentalement, c'est l'absence de capitaux pour l'investissement. Absence de capital financier, intellectuel, symbolique, mais aussi culturel etc. Nous charrions le déficit de la culture esclavagiste de discorde et d'inimitié. Une culture de crabes, qui n'admet pas la différence, qui met en avant les pulsions cannibales dévorant tous ceux qui ont un capital social international c'est-à-dire qui ont des compétences et des relations sociales et de proximité avec des investisseurs internationaux. À partir d'un réseau de connivences confuses, de 1804 à 2007, ces pulsions cannibales ont dévoré Jean-Jacques Charéron, Dumai Lespinasse, Edmond Paul, Boyer Bazelais, Hannibal Price, Louis-Joseph Janvier, Anténor Firmin, Seymour Pradel, Louis Déjoie, Thomas Désulmé. Haiti est pris dans les mailles de l'improvisation par une engeance qui a, selon Jacques Barros, ancien directeur de l'Institut français, la capacité de faire que tout soit médiocre dans ce pays, même la pauvreté, afin qu'elle n'explose pas. Barros s'est trompé, car la misère a explosé en Avril 2008.

Les luttes de couleur (noirisme/mulatrisme) au sein des élites politiques ont constitué pendant longtemps l'essence de la politique d'exclusion. Ces luttes coloristes ont non seulement bloqué l'innovation sociale mais ont retardé de manière significative la cohésion sociale nécessaire à la promotion d'un projet économique de grande envergure et ont abouti à la baisse de compétitivité internationale et à l'impasse actuelle. Qu'on pense à la coalition montée pour faire échec à Anténor Firmin en 1902, 1908 et 1911. En dehors de toute rationalité, en trois occasions, l'illustre Firmin n'a pu être président. Dantès Bellegarde fait la relation suivante de l'idéologie de couleur et du régionalisme dans les luttes politiques en 1902. Il écrit : « Ce Mulâtre du Cap-Haitien me dit : comment un jeune mulâtre comme vous peut-il être firministe ? Ne savez-vous pas que M. Firmin est un noir ? Ce Noir de Port-au-Prince me dit : Comment un jeune homme de l'Ouest comme vous peut-il être firministe ? Ignorez-vous donc que M. Firmin est du Nord ? Or ce Mulâtre du Cap-Haitien était partisan de Sénèque Momplaisir Pierre, Noir de l'Ouest. Et ce Noir de Port-au-Prince était partisan du Général Nord Alexis, le plus nordiste des nordistes. » [1]

Le faciès grimaçant de l'exclusion menace Mme. Pierre Louis qui se retrouve représentée dans plusieurs catégories codifiées par les inquisiteurs dans leur manuel de propagande. Le tapage orchestré à dessein par les chenapans sans morale contre Mme Pierre-Louis reflète la pensée en délire qui bloque la société haitienne. En effet, il faut être une crapule de la pire espèce pour attaquer des gens en se cachant derrière les cagoules de l'Internet. En tant que femme, Mme Pierre-Louis donne des signaux qui inquiètent la racaille. Son accès aux sources du grand capital international fait peur à ceux qui s'amusent à s'apitoyer sur la misère et la pauvreté grandissante en Haiti tout en clamant leur émerveillement devant les avancées de notre voisin de l'Est. Les cerveaux atrophiés, qui regardent Mme. Pierre-Louis propager l'instruction dans les quartiers défavorisés et en milieu paysan, sont affolés. Ils ont peur que la confiance qu'elle inspire ne vienne mettre fin aux archaismes qui font manger de la boue au peuple haitien.

Mme Pierre-Louis peut contribuer à apporter le progrès technique en Haiti par les capitaux qu'elle peut attirer de par ses contacts dans la haute finance internationale. C'est justement cela qui gêne les ratés qui ne veulent pas que les choses changent. Pour eux, Haiti doit rester immuable en se contentant de mendier des dons de quelques millions de dollars à ces organismes internationaux qui n'ont jamais développé aucun pays. Les ratés ne veulent pas que les paysans trouvent des semences améliorées, des systèmes d'irrigation, de l'électricité, des engrais, des écoles techniques, des routes, etc. Dans leur médiocrité avancée, les ratés ne veulent pas de ces choses essentielles. Ils mettent une stratégie en place pour ne pas rater leurs objectifs. Et pour rappeler une formule célèbre « Les ratés ne vous rateront pas ».

Les adjectifs manquent pour caractériser la conspiration plurielle contre Mme Michèle Pierre-Louis qui représente un maillon clé dans la stratégie d'ouverture pour attirer le grand capital privé nécessaire pour construire les infrastructures, routes, ports, aéroports, système d'adduction d'eau potable, d'assainissement, d'électricité, etc. Car ce dont il s'agit, c'est bien de faire le choix de contraintes pour débloquer le système archaique haitien. Pour tenter de sauver Haiti en rattrapant le temps perdu dans des querelles byzantines, il faut ouvrir le système bloqué, lui donner un peu de jeu, en y invitant la diaspora, mais aussi et surtout en mettant en valeur les personnalités ayant la capacité pour faire ce choix des contraintes à partir de leurs contacts avec la haute finance privée internationale qui n'investit que si elle connaît personnellement ses interlocuteurs. C'est la loi du genre. Il nous faut des investissements en milliards de dollars américains sur une décennie au moins, bien sûr. Mais également des reais brésiliens, des roubles russes, des roupies indiens et des yuan chinois. A cette étape de la globalisation, les pays BRIC qui bousculent le G-8, devenu obsolète, doivent être aussi des acteurs dans notre stratégie de développement économique. Sinon Haiti restera toujours en arrière à entretenir des rapports avec quelques petits gangsters internationaux trop heureux de bénéficier du spectacle de médiocrité avancée de notre pilotage fratricide de la société.

La classe politique haitienne souffre d'une carence consubstantielle d'expérience en matière de développement qui remonte à la naissance de la nation. Cette carence s'est nourrie des guerres civiles, des occupations étrangères et des pires dictatures. Cette carence survit. A l'indicatif présent. Il ne manque pas de textes pour dire ce qui doit être fait au niveau de la commune, du département, de la santé, de l'éducation, des infrastructures, etc. Tout le monde reconnaît la situation arriérée d'Haiti par rapport par exemple à la République Dominicaine. Combien de programmes ont-ils été écrit par des partis et des individus qui ont un peu de matière grise et qui contiennent de bonnes choses ? Là n'est donc pas le problème. Ces gens peuvent-ils administrer et gérer ? Administrer peut-être. Mais gérer non. Pourquoi ? Parce que fondamentalement leur vision de la vie est absolutiste. L'administration implique l'organisation effective des hommes, des femmes et des ressources pour atteindre des buts et objectifs précis. Mais la gestion implique un aspect fondamental qui est l'efficience c'est-à-dire la production de résultats avec une utilisation optimale des ressources. A de rares exceptions, les dirigeants haitiens ne comprennent pas que la gestion exige de rendre des comptes. Tout gestionnaire est administrateur mais tout administrateur n'est pas nécessairement gestionnaire. Notre histoire de peuple regorge d'épisodes florentines à la Machiavel qui, au fil du temps, entretiennent les divisions et oppositions entre les élites d'abord, puis entre les élites et le peuple, et enfin entre le peuple et la populace. Ici, la populace renvoie à tous les voyous qui ne respectent rien et même pas leurs mères. Les divisions se développent sur nombre de questions dont la propriété, la couleur de la peau, le statut civil ou militaire, le sexe, la religion, la langue, le lieu d'habitat urbain ou rural, la région, les attaches commerciales ou terriennes, la filiation internationale, etc. Rares sont ceux et celles qui peuvent avoir dans leur manche tous les atouts pour réussir et faire l'unanimité. Ces divisions n'ont pu être qu'assommantes pour le pays, avec des affrontements en fausses joutes et de vraies poursuites cruelles pour en arriver à des occupations étrangères à répétition aujourd'hui. Combattant les exigences des élites demandant du dirigeant une impressionnante virtuosité, la nation en est arrivée à baisser la barre et à accepter n'importe qui de la populace. Les talents haitiens en prennent ainsi un sacré coup. On comprend ainsi le mot de Dantès Bellegarde qui fait d'Haiti le « pays des bossus (où) les hommes droits sont mal reçus ». [2]

Honorables Parlementaires, il faut qu'une génération se lève contre cette litanie de malheurs qui veut que nous soyons tous bossus et que nous ayons « la conscience bossuée et déformée ». On ne peut pas continuer à assassiner des gens sur des soupçons. Je vous invite, à l'instar des tribuns à Rome, à ne pas mettre en pièce Coriolan. Ne vous laissez pas effrayer par les sirènes de la haine qui font dire de notre terre « Singulier petit pays ». Cette formulation de Louis Joseph Janvier exprime toute la souffrance d'une personnalité compétente qui ne put même pas être élu député ou maire de la capitale en 1908 et 1910, car le Président Nord Alexis n'en voulait pas.

Depuis Platon, nous savons que les diables font partie de la cité et qu'il est futile de vouloir s'en séparer. Les intérêts et les désirs opposés des membres de la société les poussent dans des affrontements où certains sont prêts à tous les coups. Dans les sociétés de pénurie et de rareté comme Haiti, cette lutte devient encore plus féroce. La méchanceté ne désarme pas, subtile parfois, mais féroce toujours. La décadence s'installe avec un avènement du vide et tous les arguments sont utilisés. Honorables Parlementaires, il est de votre devoir de faire échec à la cabale contre Michèle Pierre-Louis. Ne laissez pas des affaires privées subtilement déguisées brouiller les enjeux.

Soyez vigilants pour assurer que Michèle Pierre-Louis pourra effectivement gouverner. Pour que ses relations financières internationales ne soient dissoutes dans la mélasse politicienne du « panier à crabes ». Car c'est là le grand danger. Elle ne doit pas avoir les mains liées. Mettez des balises pour que sa compétence ne soit pas noyée dans l'océan politicien et ne se termine en queue de poisson. L'Etat haitien étouffe sous le poids des avantages acquis par les sinécuristes dans la fonction publique. Aujourd'hui, où le rideau de fumée artificiel du nationalisme d'arrière-garde est tombé avec l'occupation des forces internationales de la MINUSTAH, les contraintes qui entravent le développement de la production nationale ne sont pas abordées. Le dispositif de pouvoir s'accommode de gens ayant un savoir-faire expéditif sinon limité sur la gestion des affaires publiques, des gens qui voient en l'Etat qu'une source de richesse personnelle.

Votre tâche est ardue et vous êtes obligés de travailler au plus près dans la voie étroite de cette contradiction intérieure insoutenable que représente une occupation étrangère qui fait primer les décisions de l'ONU sur les lois et la Constitution d'Haiti. Les émeutes d'Avril sont aussi la réponse à cet état de choses où le politique se cherche un passage dans ce monde polarisé sur des intérêts personnels mesquins, un monde de conflits sans horizon de résolution définitive. La vie politique de notre cher pays est, comme l'expliquait le nationaliste Edmond de Lespinasse en 1927, « condamnée désormais à n'être le patrimoine que d'un groupement minoritaire disposant de la force étrangère ». [3] Cette contrainte étrangère est le prix que certains acceptent de payer pour avoir le pouvoir et le garder. Un sens d'être des tenants du pouvoir dont les exclus des émeutes d'Avril ont secoué la surdité avec violence. C'est dommage qu'on en soit arrivé là pour tenter de faire reculer la légitimité autoritaire. Mais n'écartons pas la possibilité que d'autres traditions naissent de la matrice conservatrice. Ayez donc un sens de la proportion et ne demandez pas à Mme. Pierre-Louis d'être responsable de la totalité alors qu'elle n'est en charge que de quelques parties. Il s'agira pour vous d'établir la frontière entre la Primature et la Présidence, car Mme Pierre-Louis ne pourra pas se prononcer sur des questions qui ne relèvent pas de sa juridiction. Il y a là un défi pour la stabilité de tout gouvernement. Il faut donc aider Mme Pierre-Louis pour que son poste de Premier Ministre ne soit pas que symbolique.

Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs, ne faites pas de faux procès à Mme Michèle Pierre-Louis et ne soyez pas des bourreaux. La République a besoin de votre vision pour un monde meilleur.



[1] Dantès Bellegarde, « Préjugé criminels » in Dessalines a parlé, Société d'Édition et de Librairie, Port-au-Prince, 1948, pp. 96-97.

[2] Dantès Bellegarde, Pour une Haiti heureuse, Tome I, Chéraquit Editeur, P-a-P, 1927, p. 11.

[3] Edmond de Lespinasse, « Standardisation des idées », Le Nouvelliste, P-a-P, 5 Août 1927. Le texte est cité dans Dantès Bellegarde, Pour une Haiti heureuse, Tome I, op. cit., p. 257. Voir aussi l'erratum de Dantès Bellegarde au tome II du même ouvrage à la page 456.

source: Alterpresse.org

Isabelle Fassinou

Kominike Kolektif Solidarite Idantite ak Libète (KSIL)

Post by Isabelle Fassinou » Sun Jul 06, 2008 8:07 am

Ayiti-Premye minis : « Gen de moun k ap chache detounen atansyon popilasyon an sou kesyon fondalnatal ki konsène avni peyi a

samedi 5 juillet 2008




Kominike Kolektif Solidarite Idantite ak Libète (KSIL)

Dokiman sa a vin jwenn AlterPresse 3 jiyè 2008

Kolektif Solidarite Idantite ak Libète (KSIL), leve vwa li byen wo pou denonse kanpay k ap fèt depi kèk jou pou eseye sal repitasyon, salopete eskanp figi sitwayèn Michèle (Michèl) Duvivier Pierre-Louis (Divivye Pyè-Lwi), depi lè Prezidan peyi a fi n chwazi l, pou vin Premye Minis. Mank respè sa a ak mòd atak k ap fèt yo gen basès kòm makfabrik. Yo pa akseptab ditou. Li lè pou nou sispann detwi, pou nou apwann konstwi sou sa ki bon.

Pandan grangou vant kòde ap touye pèp la ; Pandan ensekirite ap kontinye pi rèd ; Pandan bandi ak kidnapè ap taye banda ; Pandan popilasyon an ap viv nan kè sote ; Pandan sitwayen ak sitwayèn pa konn anba ki Lalwa y ap fonksyone ; Pandan gen tout pwoblèm sa yo, gen de moun k ap chache detounen atansyon popilasyon an sou kesyon fondalnatal ki konsène avni peyi a.

Nou anba yon titèl entènasyonal san nou pa janm poze kesyon sou makfabrik seksyèl zòt. Eske nou konn mès seksyel chèf yo voye vin komande nou pa bo isit ? Sila yo n ap lonje kwi nou devan yo a, eske nou poze kesyon sou mès yo ? Kilè n ap fini ak ipokrizi ? Ansasinay, machann dwòg, kadejakè, koripsyon, machanday vòt nan Lachanm, eske sa a se pa move repitasyon ?

Gen you bon netwayaj ki merite fèt nan sosyete a tout bon vre. Men fòk nou pa twonpe nou, ni tonbe nan konfizyon.

Peyi a nan yon kalfou difisil, sitiyasyon an malouk anpil. Li lè, li tan, pou kesyon respè ak etik sevi kòm bousòl nan demach politik yo. Li lè, li tan, pou nou fikse lespri nou sou peyi a toutbon vre, pou nou wè kouman n ap rive leve kokenn chenn defi ki prezante devan nou kòm pèp, kòm peyi, kòm nasyon.

Li lè, li tan, pou nou kònen lanbi rasanbleman an. Li lè, li tan, pou tout nasyon an, tout kategori sosyal andedan peyi a, pare yo pou fè sakrifis ki nesesè pou retire pèp la nan malsite. Malè sènen nou toupatou, jwèt la pyeje. Veye pou dènye bon grenn ki rete yo pa fin anfale. Fanm yo se dènye espwa peyi a. An nou pote yo wo.

VIV YON PÈP LIB NAN YOU PEYI GRANMOUN !

Pòtoprens, 3 jiyè 2008

Pou Kolektif Solidarite Idantite ak Libète (KSIL) :

Jean William Jeanty

Maxime Magloire

Isabelle Fassinou

Dix témoignages sur l'itinéraire de Michèle Pierre-Louis

Post by Isabelle Fassinou » Sun Jul 06, 2008 8:33 am

Haiti : « Au delà de l'écume des choses »
Dix témoignages sur l'itinéraire de Michèle Pierre-Louis
samedi 5 juillet 2008


Par des professionnels, intellectuels, syndicalistes, universitaires, écrivains de différents milieux

Soumis à AlterPresse le 4 juillet 2008

Dix professionnels ayant côtoyé Michèle Pierre-Louis témoignent de sa compétence, de son sérieux et de sa capacité à faire face aux urgences de la conjoncture actuelle. Ces professionnels, intellectuels, syndicalistes, universitaires, écrivains de différents milieux font ressortir du parcours de Michèle Pierre-Louis son exigence éthique et son grand sens de la solidarité. Ils évoquent tous la nécessité de trouver une solution à la grave crise que vit la nation. Les noms des intervenants : Louis-Philippe Dalembert, écrivain, Paris ; Jean Marie Théodat, professeur à l'Université Panthéon-Sorbonne, Paris ; Rafael Lucas, professeur à l'Université de Bordeaux-3 ; Rodney Saint-Éloi, écrivain, éditeur de Mémoire d'encrier, Montréal ; Danièle Magloire, sociologue, Port-au-Prince ; Raoul Altidor, coordonnateur syndical, New York ; Gary Klang, écrivain, Montréal ; Eric Boucicaut, ancien directeur de American Airlines, promoteur artistique, Florida ; Joël Des Rosiers, poète et psychiatre, Montréal, Raymond Chassagne, écrivain, Montréal ; Frantz Voltaire, éditeur du CIDIHCA, politologue, Montréal.

The right (wo)man for the right place

J'ai eu, en tant qu'écrivain, la chance et le plaisir de collaborer plusieurs fois avec Michèle Duvivier Pierre-Louis. J'ai eu aussi, en tant que simple citoyen, l'occasion de la voir travailler, de l'observer, de près comme de loin. Assez pour me rendre compte qu'elle réunit plusieurs qualités fondamentales pour occuper un poste tel que celui de Premier Ministre.

La compétence d'abord. À ce propos, ses réalisations depuis plusieurs années parlent pour elle : le travail réalisé par l'entremise de la Fokal, le réseau de bibliothèques tissé dans différentes villes du pays, le tout récent projet de Parc naturel à Martissant sur l'ancien site de l'habitation Leclerc... Ces réalisations témoignent d'une personnalité qui a de la suite dans les idées, capable de travailler sur le moyen et le long terme. Mieux encore, elles sont la preuve, rare dans ce pays, qu'on peut, avec des fonds privés, travailler pour le public. Dans n'importe quel autre pays au monde, on n'aurait pas de mots assez forts pour remercier une personnalité de ce genre. Ici, une certaine catégorie d'individus a plutôt tendance à lui jeter la pierre. Je dis bien “une certaine catégorie”, car il existe, heureusement, d'autres personnes, souvent parmi les plus modestes, qui lui sont reconnaissantes du travail accompli jusque-là. Avec honnêteté.

Voilà une autre qualité de cette dame. On ne peut pas dire, pour utiliser un euphémisme, que ce soit la qualité principale de la classe politique haitienne. Madame Pierre-Louis est quelqu'un d'honnête, de profondément honnête. Par honnêteté, j'entends deux choses. D'une part, quelqu'un qui n'est ni corrompu ni corruptible. D'autre part, quelqu'un qui est en phase avec ses propos. Ce qui me frappe souvent en écoutant parler, puis en observant certains de mes compatriotes de la classe politique et intellectuelle, c'est le décalage, un fossé, qu'il peut y avoir entre leurs propos et leurs actes. Les mots, pour aller vite, sont souvent “révolutionnaires”, progressistes ; les actes, arriérés, féodaux, voire réactionnaires pour certains. Cette honnêteté intellectuelle frappe très vite quand on a affaire avec Michèle Pierre-Louis.

Ces deux qualités, à elles seules, pourraient suffire quand on sait dans quelles eaux basses et fangeuses nous nageons. Mais Michèle Pierre-Louis réunit d'autres qualités qui, à mon humble avis, peuvent se révéler fort utiles à l'exercice de la fonction de Premier Ministre. Elle dégage à la fois une sérénité rare et un grand humanisme. J'ai eu le privilège de discuter avec elle dans des contextes très différents : à Port-au-Prince, à Jérémie, à Paris... A chaque fois, cela a été un plaisir de découvrir, en plus de la grande intelligence de cette femme, sa formidable capacité d'écoute, forme première du respect qu'elle cultive à l'égard des grands comme des petits. C'est quelqu'un qui sait être sincèrement à l'écoute de l'autre. Qui sait faire taire son ego pour se mettre au service de l'autre, comme le prouve son travail à la Fokal.

Sa tolérance ne gomme pas pour autant une personnalité déterminée, dotée de sens pratique. Pragmatique aussi, capable de passer outre les détails pour aller à l'essentiel. Une femme de conviction. Une personnalité qui peut faire consensus, ayant été habituée à travailler avec les différentes couches de la société haitienne. Qui pourrait, plus que tout autre, enlever le frein à main d'une société bloquée par ses propres peurs, ses lâchetés et ses petitesses aussi. Elle ne ferait pas de miracles, personne ne peut en faire, pas plus en Haiti qu'ailleurs. Mais on peut être sûr qu'elle travaillera avec compétence, honnêteté et courage pour trouver des solutions au marasme dans lequel nous ne finissons pas de nous enfoncer. Voilà comment je vois cette femme appelée à occuper, dans un contexte aussi difficile, le poste de Premier Ministre. Ce serait dommage de laisser passer cette occasion. Les parlementaires haitiens, en ratifiant sa nomination, en sortiraient grandis à la fois devant l'histoire... et devant leur électorat.

Louis-Philippe Dalembert, écrivain, Paris

***

De même qu'un coursier gardé à l'écurie, nourri de paille à la crèche, rompt soudain le licou, s'élance en piaffant dans la savane et se grise de la puissance insoupçonnée de ses jarrets, la classe politique nationale, longtemps tenue en lisière par l'exercice autoritaire du pouvoir, prend aujourd'hui une revanche qui participe à la fois du défoulement de sentiments reclus et du partage légitime de l'autorité entre les trois sources du pouvoir. Il faut s'en féliciter et encourager à encore plus d'audace les sénateurs et les députés qui sont les dignes représentants de notre peuple. Leur vigilance est notre bouclier dans la défense des droits fondamentaux du citoyen.

Cependant, l'exercice de ces droits imprescriptibles ne doit pas outrepasser le respect des libertés fondamentales de l'individu, en particulier de ceux que leur engagement et leur implication civiques exposent à la fascination toujours morbide du vulgaire pour les détails d'alcôve et les ragots de cuisine. Les états de service de madame Michelle Pierre-Louis et sa capacité à relever le défi de diriger le gouvernement doivent seuls compter dans le processus de ratification par les deux assemblées souveraines. Tout le reste sent la déréliction et le mauvais tafia.

Jean Marie Théodat, Université Panthéon-Sorbonne, Paris.

***

(…) Peut-on reproblématiser la question haitienne en évitant de faire de la démolition de l'autre notre sport national. Comment éviter de faire d'Haiti un monstre qui mange ses meilleurs enfants ? Comment dépasser nos éternels démons : la corruption, l'intolérance, l'exclusion ? Les défis sont énormes : la normalisation de la vie nationale, l'intégration des jeunes, la revitalisation des classes défavorisées, la valorisation de la connaissance et de l'instruction, l'émergence d'un discours social capable d'accompagner une société démocratique. Créons un cadre au débat… Ouvrons avec Michèle Duvivier Pierre-Louis - dont la compétence et l'exigence éthique sont connues de tous – un espace de dialogue sur la possibilité de repenser Haiti.

Voici peut-être venir ce temps de se parler sur la place publique, pour interpeller les raisons de nos malheurs. La désignation de Michèle Pierre-Louis ni sa nomination comme Premier ministre ne peuvent être une garantie d'un quelconque miracle social. Nous sommes néanmoins assuré qu'avec elle, les questions sociales, politiques, idéologiques (en lieu et place des débats passéistes noirisme versus mulâtrisme, ici versus ailleurs, ville versus campagne qui ont transformé la société haitienne en une meute de complexés) vont être revisitées, en vue d'une certaine solidarité sociale. Et, on pourra alors nommer la paysannerie, la jeunesse, les classes défavorisées, les universitaires, et tenter de canaliser les énergies vers une croisade civique, citoyenne et digne pour une nouvelle Haiti.

Rodney Saint-Éloi, écrivain, éditeur, Montréal

***

Il faut donner sa chance à Michèle Duvivier Pierre-Louis. Nous avons connu dans un passé récent des gouvernements loup-garous jour et nuit. Nous avons connu des chefs charismatiques illuminés porteurs de ténèbres. Nous connaissons un Parlement grisé par son pouvoir, perdu dans un ping-pong catastrophique avec la Présidence : la balle n'est autre que le sort des plus défavorisés d'un pays déjà martyrisé.

Le Parlement joue aussi avec le feu, avec un mélange de délire démocratique, de cécité politique et d'inconscience suicidaire. N'y a-t-il pas le danger qu'une foule excédée pénètre dans ses locaux ? Donnons donc la chance à la chance, donnons l'espoir à l'espoir. Laissons gouverner Michèle Duvivier Pierre-Louis.

Rafael Lucas, professeur à l'Université de Bordeau-3, Bordeau

***

Michèle Duvivier Pierre-Louis, c'est la passion des savoirs et de leur partage. C'est la curiosité, c'est-à-dire la soif de découvrir, le désir de questionner sans cesse pour débusquer le sens, l'aptitude toujours renouvelée à s'émerveiller. C'est une immense générosité qui lui donne la capacité d'être ouverte à tout et de pouvoir offrir son écoute même aux personnes avec qui elle est en désaccord. Michèle, c'est un parti pris sans faille pour tout ce qui peut contribuer au bien commun. Michèle, c'est aussi une plume discrète, mais éclatante, vivifiante.

Pour paraphraser Manno Charlemagne, je dirais que c'est « au temps béni » de 1986, que j'ai appris à connaître et à apprécier Michèle. De la Librairie La Pléiade, à FOKAL (Fondation Connaissance et Liberté), en passant par Radio Haiti Inter, la revue Chemins critiques, Martissant et la boulangerie de la Rue Traversière, je n'ai cessé de côtoyer une femme d'intelligence subtile et de cœur ; une femme dont les énergies ont été mises au service de ses engagements multiples. Même si, selon les époques, le point focal des engagements a pris des visages différents, l'exigence du rapport à la vérité a toujours été le même : assainissement dans l'administration publique, constitution d'organisations citoyennes, édification de petites entreprises, alphabétisation des adultes pour plus de justice sociale, accompagnement des organisations paysannes, formations diverses en particulier des jeunes, création d'espaces du livre et de la lecture, plaidoyer pour le secteur culturel, construction de partenariats, quête incessante des passerelles à tisser. Et puis toujours, le temps pris pour cultiver les affections, pour être attentive et solidaire ».

Danièle Magloire, sociologue, Port-au-Prince

***

M ap travay depi plis pase dizan nan yon òganizasyon sendikal ki gen 2 milyon manm. Se pa revolisyon k ap fèt. Men omwen mouvman sendikal ameriken an pemèt salarye ak ouvrye dekwoche kontra kolektif pou amelyorasyon kondisyon anbyans ak travay yo. Pou rive la sa ki konte se konnen endistri a, se sekwe tout yon sistèm a travè bòs yo lè w elve nivo konsyans klas travayè yo. Kesyon etnik, oryantasyon politik ak lòt vin segondè.

Li twò fasil pou mazèt elimine bon jwè ann Ayiti. Mwen pa janm rankontre premye minis deziye a. Men mwen frekante FOKAL nan bay konferans konsènan literati. Mwen konstate rezilta pozitif inisyativ Michèle Pierre-Louis pran nan plizyè vil ann Ayiti. Mwen ta gen plis pou m pèdi nan bay sipò m ak yon moun ki pral travay nan leta nou konnen m konnen an. Men èske rete gade pou pwoteje imaj sifi ? Pouki sa n pa mize sou yon moun nou estime ki ka eseye fè diferans ?

Raoul Altidor, Kowòdonatè sendikal, New York

***

Longtemps dans mes poèmes j'ai chanté Haiti. L'odeur d'ilang-ilang, le bruit sourd du tambour, les chiens à la voix rauque, le coq qui chante à la mi-nuit. Longtemps je fus hanté par le passé. Je pensais que l'ex-île ne pouvait pas durer et que je retrouverais un jour mes vieux amis et l'insouciance.

Mais rien ne s'est passé comme je le désirais. J'ignorais alors que le Temps et l'Histoire font toujours à leur tête et se moquent de nos souhaits. Je ne suis jamais retourné vivre en Haiti. L'ancien pays a été détruit et ma ville natale est devenue méconnaissable. Mais est-ce une raison de désespérer et d'abandonner toute volonté de changement ?

Moi, je dis non à la fatalité. Malgré l'agonie interminable de l'île, malgré les déceptions et les souffrances, je fais encore le rêve qu'un jour je pourrai de nouveau sentir l'odeur d'ilang-ilang, entendre le vent le soir chuchoter dans les pins, et chanter dans mes poèmes ce que jadis j'ai tant aimé.

Mais pour cela, il faudrait que la politique se poétise, qu'elle abandonne le terre à terre et les blocages pour regarder au loin. Qu'elle se donne pour tâche de nous faire rêver par de grands projets qui rassembleraient tous ceux qui (comme Michèle Pierre-Louis) veulent rallumer les étoiles. Que la politique quitte le domaine de l'insignifiance et du futile, et se rappelle que l'homme est un dieu tombé qui regarde vers le ciel. Soulever des problèmes de vie privée ou de nationalité est un acte antipoétique.

Gary Klang, écrivain, Montréal

***

Après avoir désigné successivement M. Eriq Pierre et M. Robert Manuel, au poste de Premier Ministre, le président René Préval nous propose son choix le plus judicieux jusqu'ici, Madame Michèle Pierre-Louis. Il est indéniable que le pays compte nombre d'hommes et de femmes compétents pour occuper ce poste dont certains présentent une image différente de celle de Madame Pierre-Louis. Cependant, à cause de son amitié avec le Président Préval, sa forte personnalité, son intégrité et sa longue militance, personne n'est mieux placé, dans cette conjoncture, pour réussir à cette fonction que Madame Pierre-Louis. Nous avons raté des occasions pareilles dans notre histoire, aujourd'hui, transcendons nos différends car l'heure est grave !

Nos insistons auprès de tous ceux qui adhèrent à cette réflexion ou toute autre idée œuvrant dans le même sens pour qu'ils contactent les parlementaires de leur circonscription afin de leur demander qu'ils supportent la candidature de Madame Pierre-Louis. C'est probablement notre dernière chance pour éviter le pire qui se profile.

Eric Boucicaut, Ancien Directeur General American Airliines, Promoteur Konkou Mizik, Président-Fondateur A.C.T.I.O.N. Foundation, Florida

***

La clameur causée par la désignation à la primature de Michèle Duvivier Pierre-Louis, économiste et militante des droits démocratiques, offre par son ampleur et son retentissement médiatique, la possibilité d'analyser en détail les enjeux sociaux et politiques de « l'homosexualité » dans l'Haiti moderne et postmoderne. Elle dévoile une sous-culture homosexuelle en pleine mutation dans l'imaginaire haitien, caractérisée par des manières très différentes de vivre et de définir selon les classes sociales et le lieu géographique son « homosexualité ». Les pratiques sexuelles dans un pays naguère stigmatisé par le SIDA (qu'on se rappelle les 4 H des années 80), l'inversion de genre, le respect de la norme sociétale, le poids de la tradition catholique et la place de l'homosexualité dans le vodou sont autant de variables qui interviennent et éclairent la façon dont la question homosexuelle est alors perçue par l'opinion et gérée par les pouvoirs publics.

Une caractéristique de notre époque est d'avoir placé l'homosexualité sur la scène publique, et sur le mode revendicatif. Les icônes des cultures gay et lesbienne pullulent dans les médias jusqu'à saturation. De là, le grand danger de la posture revendicative qui peut déboucher sur l'exclusion de comportements sexuels perçus comme déviants. Paradoxalement, c'est une grande solitude qui pèse le plus sur les homosexuels en dépit d'une socialité affichée, sous-tendue par le culte du corps et l'hédonisme - ambiance sociétale dans laquelle baigne l'Occident et vers laquelle les pays du Sud se dirigent. Comprendre « l'homosexualité » en Haiti aujourd'hui passe à la fois par la connaissance des œuvres qui la mettent en scène soit par la fiction (La Dernière goutte d'homme, Jean-Claude Fignolé, 1999) soit par le documentaire (Des hommes et des dieux, de Anne Lescot et Laurence Magloire, 2002) et par le singulier de la question posée par l'homosexualité sur le désir et le même.

Je laisse de côté les calculs qui conduisent les responsables politiques à des contorsions pour ne pas heurter la sensibilité de leurs électeurs pour librement associer ce qui me paraît faire vérité dans cette affaire. Si l'on lit attentivement la mise au point de Michèle Duvivier Pierre-Louis, (Le Nouvelliste du 3 juillet 2008), l'on verra qu'elle contient un argumentaire anthropologique essentiel sur la parenté et la filiation : « ma fille qui vient tout juste de me donner mon premier petit-fils » Par l'évocation de la dette de vie, on constate qu'elle fait ainsi une place à « l'ordre symbolique », estuaire théorique où confluent Lévi-Strauss, Lacan et le droit positif de la famille. Ce concordat reçoit son intelligibilité dès lors que l'on y cherche en vain la place de la fonction paternelle. Or la question du déclin du père, père déchu dans l'inconscient collectif depuis la Plantation, notamment dans les prescrits du Code Noir qui interdisait la filiation par les esclaves, fonde la protohistoire de notre culture et prendra toute son importance idéologique pendant la période duvaliérienne avec le personnage du Papa Doc.

Sur la scène des pulsions, voici venir le dictateur soumis lui aussi à la sexualité, figure négative du père, c'est-à-dire celui qui littéralement dicte la parole, dans une violence convulsive pratiquée en foule, au lieu de la susciter. Exaspérée par la nature même de l'action politique, -un parle au nom de tous-, c'est sans doute la terreur océanique d'une société sans père qui est ici réveillée… face à un désir mimétique libéré des contraintes archaiques.

Joël Des Rosiers, poète et psychiatre, Montréal

***

Michèle, c'est sur les chemins du savoir, de la compétence et de la qualité que je t'ai rencontrée, bravant les tourmentes du sous-développement haitien, t'éloignant – incitant les autres à s'éloigner- des errances de comportement et du délire verbal désincarné sans effet. En témoignent les quarante bibliothèques installées à travers le territoire et la richesse des débats à « Monique Calixte », ouverts sur une formation citoyenne de rupture. Je suis témoin. La bibliothèque « Amis lecteurs de Port-Salut », financée par la FOKAL que je fondai en compagnie d'un groupe de patriotes, me permit, douze années de suite, de poursuivre l'œuvre de rupture ouverte à des citoyens accédant à la connaissance de leur origine, de son caractère dramatique, des urgences qui s'en suivent.

Grâce à ton dynamisme, Michèle, je pus répondre à la prégnance du défi et répandre, au sein de la Commune de Port-Salut, une bonne parole permettant la saisie de l'aventure haitienne et des voies de sortie qui s'offrent encore. Et tout cela, à partir d'une nouvelle présence réflexive et des clémences de l'effort. Ni comportements ni discours contraires à ta pratique quotidienne n'auront raison de qui tu es.

Raymond Chassagne, écrivain, Montréal

***

La désignation de Michèle Pierre-Louis au poste de Premier Ministre a créé tout un remous. Au delà de l'écume des choses, de ce matraquage obscène contre la personne de Michèle Pierre-louis, il règne une odeur vague de refus de trouver une solution à la crise. Il y a d'un côté ceux qui privilégient le dénigrement et la dénonciation. De l'autre, ceux qui veulent faire de la rationalité un enjeu politique, refusant de laisser le pays en otage à ceux dont la seule politique est celle de slogans et de clichés éculés.

La permanence de la crise politique a pour effet de gangrener le pays de l'intérieur, de provoquer lassitude et désespoir et finalement de réduire à néant le débat politique. Après l'échec des deux nominations précédentes, la désignation de Michèle Duvivier Pierre-Louis laissait inaugurer une sortie honorable à la grave crise que vit le pays. Sans lui donner un chèque en blanc et tout en gardant une posture critique, dans la situation actuelle la nomination de Michèle Pierre-Louis indiquerait un changement de cap dans la manière de faire de la politique dans ce pays. À ceux qui dénigrent Michèle Pierre-Louis nous disons que le débat public doit porter sur les problèmes de la nation, agriculture, emploi, fiscalité, éducation, santé, sécurité, justice, etc. Elle doit être jugée sur ses compétences et sa capacité à apporter des réponses innovatrices aux problèmes du pays.

La diversité des personnalités qui soutiennent la nomination de Michèle Pierre-Louis nous indique qu'il y a de la lumière au milieu des ténèbres.

S'il n'existait aujourd'hui qu'une chance même très mince de sortir le pays de la crise avec la nomination de Michèle Duvivier Pierre -Louis, il faut la prendre.

Frantz Voltaire, éditeur et politologue, Montréal

Isabelle Fassinou

Haiti : Un Lotus dans le bourbier Par Nancy Roc

Post by Isabelle Fassinou » Sun Jul 06, 2008 8:35 am

Haiti : Un Lotus dans le bourbier
Qu'arrivera-t-il si Michèle Duvivier Pierre-Louis est ratifiée ou pas ?
samedi 5 juillet 2008

Par Nancy Roc

Soumis à AlterPresse le 5 juillet 2008

Depuis le renvoi du gouvernement Alexis par le Sénat le 12 avril dernier, toute l'attention des médias et de la société haitienne est focalisée sur le choix d'un nouveau Premier ministre. Entre-temps, la cherté de la vie et la multiplication des cas de kidnapping affectent toutes les catégories sociales. « La méthode d'isoler l'un de l'autre, les différents éléments qui composent la conjoncture, fait partie d'une vieille méthode métaphysique pour tromper la vigilance des masses populaires », a dénoncé Marc Arthur Fils Aimé, Directeur Général de l'Institut Culturel Karl Levêque (ICKL), dans son dernier texte intitulé « Haiti : Valse de l'insécurité et politique néolibérale » [1]. Le 23 juin dernier, le Chef de l'État, René Préval, a désigné pour la troisième fois consécutive un Premier ministre en la personne de Michèle Duvivier Pierre-Louis, Directrice de la Fondasyon Konesans ak Libète (Fondation Connaissance et Liberté -FOKAL). Alors qu'il a fallu attendre près d'une dizaine de jours avant que la Chambre des Députés ne procède à la formation de la commission spéciale chargée de l'examen du dossier du Premier ministre désigné, des moralistes qui font honte, comme les a qualifiés Lyonel Trouillot [2], ont déclenché une campagne haineuse contre Michèle Duvivier Pierre-Louis et ses proches. « Qu'est-ce donc que cette pensée républicaine qui abandonne le terrain de la politique pour chercher dans la vie privée, avec l'ardeur des charognards et le sans-gêne du voyeurisme, prétexte à détruire une personne ? », questionne judicieusement l'écrivain. À cette question nous ajouterons celles-ci : que démontrent ces attaques systématiques et avilissantes pour toute notre société ? Comment peut-on descendre si bas dans la fange, tant dans les médias que sur le Net, alors que le pays se convulse douloureusement en plein cœur d'une crise politique et institutionnelle qui pourrait entraîner une implosion sociale sans précédent ? Qu'arrivera-t-il si Michèle Duvivier Pierre-Louis est ratifiée ou pas ? Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de répondre dans ce texte.

Le bestiaire de la bêtise

Ce choix est-il le bon ?, questionnait le quotidien Le Nouvelliste à la suite de la nomination de Madame Pierre-Louis. De nombreux secteurs et associations ont déjà répondu par l'affirmative en soulignant son expérience, son engagement dans de nombreux dossiers importants pour la nation tels que l'éducation, la culture, le développement communautaire, l'environnement, l'équité de genre, la société civile, la formation de jeunes entrepreneurs. Organisations féministes, intellectuels, certains sénateurs, organisations de jeunes et autres ont ouvertement appuyé la nomination de Madame Duvivier Pierre-Louis comme Premier ministre désigné, contrairement aux précédents choix de René Préval, en l'occurrence Éricq Pierre et Robert Manuel. Ainsi, au-delà de la réticence voire de l'aversion (exprimée notamment par 100.000 personnes lors des funérailles des membres de Barikad Crew au Champ de Mars le 21 juin écoulé) de certains secteurs ou individus pour le Chef de l'État et sa façon de gouverner, ils sont sortis de leur silence pour appuyer ouvertement Madame Pierre-Louis. Ceci démontre déjà une certaine capacité de rassemblement de cette dernière dans un pays totalement divisé. En effet, cette femme discrète, intègre, courageuse et généreuse, n'a cessé depuis son retour dans ce pays en 1976, d'œuvrer pour le développement d'Haiti. Cette économiste de formation a plus d'une corde à son arc et a fait de l'éducation son cheval de bataille. Sa connaissance du pays est riche de son expérience aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé [3]. Depuis 1995, ses convictions, son engagement autant que son approche pédagogique se sont épanouis avec succès à travers la Fondation Connaissance et Liberté dont le sérieux et la réputation nationale et internationale dépassent nos frontières. Cette institution est à l'image de sa directrice qui défend « la position fondamentale que le changement véritable ne peut s'opérer que si ceux qu'il concerne en deviennent les premiers acteurs, [4] ». Elle a sillonné les quatre coins du pays, vivant dans une réelle proximité avec les gens, travaillant elle-même directement à la réussite des projets subventionnés par la FOKAL avec les communautés les plus reculées du pays. Michèle Duvivier Pierre-Louis estime que la plus grave crise que traverse Haiti est celle de la paysannerie. « Le paysan haitien est épuisé, il n'arrive plus à se reconstituer, il faut investir massivement dans la paysannerie et avec elle comme partenaire, investir dans l'eau, dans la terre, dans la production [5] », déclarait-elle en 2005 lors d'une interview avec Michèle Lemoine. Imbue de la réalité du pays et de ses affres, elle n'a pas attendu la crise alimentaire actuelle pour exprimer ses préoccupations : déjà en 1986, elle publiait dans le journal Le Nouvelliste un « Plaidoyer pour l'autosuffisance alimentaire ». Elle a toujours œuvré à la création d'une chaîne de solidarité susceptible de conduire à la matérialisation du nécessaire projet de changement profond auquel aspire la société haitienne, particulièrement ses fractions historiquement marginalisées.

Or, c'est cet esprit là, cette conscience et ce cheminement là, que les mauvaises langues ont voulu écorcher et avilir en lançant, dès sa désignation, une campagne raciste et homophobe d'une rare cruauté et d'une rare bêtise. Alors que l'inclusion et le respect de la diversité sont prônés dans toutes les sociétés modernes, une partie malsaine de la nôtre prouve encore que le chemin de la tolérance est parsemé d'obstacles et d'épines. À la lecture ou à l'écoute de certains propos concernant la vie privée du Premier ministre désigné- propos qui dans n'importe quel autre pays seraient passibles de procès pour diffamation- on est consterné par l'acharnement de ces personnes qui, clairement, n'ont ni le souci du bien collectif ni celui du développement du pays. Il n'est alors pas étonnant qu'Haiti se retrouve embourbée dans d'immondes écuries d'Augias où le nettoyage s'avèrera excessivement difficile voire presqu'impossible. En effet, dans le pays le plus pauvre du continent et un des plus corrompus au monde, voilà qu'on lynche une femme aussi compétente au lieu de s'atteler à l'essentiel, en l'occurrence le respect des droits de tous et la satisfaction de leurs besoins immédiats, d'autant qu'une crise multidimensionnelle mal gérée menace de nous plonger dans le chaos. Il est à espérer que le Parlement et le reste de la société ne tomberont pas dans ce piège vicieux et grotesque en cautionnant la bêtise, piège tendu par un noyau de résistance à la cérébralité tant exigée par les problèmes profonds de notre société. Les esprits archaiques s'en donnent à cœur joie et démontrent que Michèle Pierre-Louis est tel le lotus qui pousse dans la vase. En Inde, le lotus est un symbole de l'accomplissement spirituel de l'être, depuis les profondeurs obscures associées aux « Eaux inférieures » jusqu'à la floraison complète dans la pleine lumière des « Eaux supérieures ». Espérons que la descente des « Eaux supérieures » vers les « Eaux inférieures » se concrétisera pour nettoyer les écuries d'Augias à l'haitienne héritées du passage des eaux lavalasiennes. À ce propos, il ne faut pas sous-estimer le poids des lavalassiens dans la campagne de diffamation contre le Premier ministre désigné. Nous rappellerons pour mémoire le courage que Michèle Pierre-Louis a démontré pour sortir de ses bureaux et confronter l'inspecteur Jackson Bernard (alias BigJack) et les policiers du CIMO, le samedi 14 février 2004, qui menaçaient d'ouvrir le feu si elle ne venait pas répondre aux invectives de la police politique d'Aristide, suite à une réunion du comité directeur de la FOKAL, qui se tenait au siège de l'organisation, ce matin-là. « Le pouvoir aristidien voyait dans la FOKAL un foyer de dangereux agitateurs depuis que Michèle Pierre-Louis avait protesté publiquement, dans les journaux, contre les agissements scandaleux des chimères et des policiers qui attaquèrent les étudiants de la Faculté des Sciences humaines, le 5 décembre 2003. [6] »

Au-delà de cette campagne de dénigrement, tout observateur politique doit s'inquiéter de cette tendance à abandonner la réflexion et le terrain politique pour chercher dans la vie privée prétexte à lynchage politique, prétexte à détruire une personne. « Car, c'est de cela qu'il semble s'agir, détruire par un verbe rageur le travail d'une vie. Et c'est cela qui est immoral », s'indigne Lyonel Trouillot [7]. « C'est cela qui témoigne de cette force de haine dictée par les intérêts individuels mesquins, les fondamentalismes arriérés, la pensée bloquée qui n'a jamais entendu parler du libre arbitre, des droits de la personne, de la différence entre sphère publique et sphère privée, de Voltaire, voire de toute la pensée républicaine du XXe siècle. Ici, là où l'intelligence a appris trop souvent à se taire, la haine remplit des pages et des pages, s'étale sur les ondes, sur le Net. Haiti ne pratiquait pourtant pas l'exclusion pour motifs de vie privée dans le domaine du travail et de la gestion de la chose publique. C'est une nouveauté archaique qui nous vient de ce que Jean Coulanges appelait dans un article qui date de vingt ans : l'invisible invasion. Nous payons d'avoir laissé grignoter la sphère publique et la pensée laique. Et ce n'est qu'un début. Le pire est à venir. Il se lève en sourdine une odeur de bûcher et de pilori [8] », avertit-il.

Ce 2 juillet, Michèle Duvivier Pierre-Louis est enfin sortie de sa réserve. « Je sais que je dois m'armer de courage et de sagesse pour affronter les multiples défis auxquels je serai confrontée. Mais, je n'accepterai jamais de me laisser entrainer dans un débat axé sur la désinformation et les calomnies », a-t-elle prévenu dans une mise au point à ses détracteurs transmise à l'agence en ligne AlterPresse. Pour elle, répondre, « dans cette conjoncture difficile », à l'invitation de Préval de servir le pays a impliqué, de sa part, du courage et de la détermination « de le faire la tête haute, sachant que je m'engage dans le champ du politique, c'est-à-dire de l'intérêt collectif et du bien commun », a-t-elle déclaré. Madame Pierre-Louis a ainsi fait taire les dernières rumeurs voulant qu'elle ait retiré sa candidature ou que Préval était à la recherche d'un autre Premier ministre à désigner.

Sur le fil du rasoir

Le pire serait donc à venir pour nous tous. Dans quel sens et dans quels domaines ? Tout d'abord pour le prochain Premier ministre et son gouvernement. « Un État aussi pourri que le nôtre, pourra-t-il s'accommoder d'une personnalité telle que celle de Michèle Duvivier Pierre-Louis ? », questionnait l'écrivain Gary Victor la semaine dernière. Question pertinente lorsque l'on brandit l'immoralité contre Michèle Duvivier Pierre-Louis, tandis qu'on ne l'a pas fait lorsque des sénateurs impliqués hier dans les trafics de la drogue deviennent aujourd'hui des coqueluches de la presse ou lorsque Samba Boukman, chef de gang accusé de viols par le RNDDH [9], a son bureau au Palais National. Pourquoi l'Église catholique n'a-t-elle pas dénoncé les agissements des prêtres lavalassiens qui s'attaquaient aux journalistes tels qu'Yvon Massac, Gérard Jean-Juste, Fritz Sauvagère, Edwige Carré et Léobert Dieudonné ? Où étaient les défenseurs de la moralité et les responsables de l'Église quand la chanteuse Yolette Lagrandeur a affirmé, devant le Sénat, qu'elle et de nombreuses jeunes filles avaient été contaminées par le prêtre lavalassien Edner Devalcin, décédé le 23 juillet 2007 du SIDA [10] ? Informés de cette situation scandaleuse, Mgr Serge Miot et ses collègues n'ont jamais réagi, alors que dans tout pays moderne la transmission volontaire du SIDA est considérée comme un crime notamment passible de la peine de mort comme dans certains états aux États-Unis. À l'issue de l'audition, le Sénateur Youri Latortue, président de la commission justice et sécurité, avait annoncé l'ouverture d'une enquête parlementaire sur le dossier et la présentation prochaine d'une proposition de loi visant à faire de la transmission volontaire du VIH/SIDA un crime impliquant des dispositions pénales draconiennes. Depuis, niet !

Il est clair qu'en acceptant le poste de Premier ministre désigné, alors que depuis vingt ans elle a refusé toutes les propositions d'occuper un poste public, Michèle Duvivier Pierre-Louis a fait montre d'un sens du sacrifice mais elle a aussi pris un gros risque. En effet, bien qu'elle soit proche de René Préval, on sait comment ce dernier traite ses « amis », en témoigne le sort d'Éricq Pierre envoyé pour la seconde fois à la boucherie. Quant à Robert Manuel, ne détenant même pas les pièces nécessaires pour franchir l'étape technique de la ratification, il n'avait aucune chance d'être ratifié. D'autre part, vu le parcours de ce dernier, si l'opinion publique a condamné la Concertation des Parlementaires Progressistes (CPP) d'avoir écarté Éricq Pierre pour des raisons fallacieuses, la CPP s'est toutefois rattrapée en ne ratifiant pas Robert Manuel. Que fera-t-elle dans le cas de Michèle Duvivier Pierre-Louis ? S'attachera-t-elle uniquement aux prescrits de la Constitution ou se laissera-t-elle happée par les rumeurs ? L'article 157 de la Constitution est clair. Pour être nommé Premier Ministre, il faut :

1.être haitien d'origine et n'avoir pas renoncé à sa nationalité ;

2. être âgé de trente (30) ans accomplis ;

3. jouir de ses droits civils et politiques et n'avoir jamais été condamné à une peine afflictive et infamante ;

4. être propriétaire en Haiti ou y exercer une profession ;

5.résider dans le pays depuis cinq (5) années consécutives ;

6.avoir reçu décharge de sa gestion si on a été comptable des deniers publics.

Or, à notre connaissance, Madame D. Pierre-Louis répond à toutes ces prérogatives. Ainsi toute autre interprétation de la Constitution contre le Premier ministre désigné constituera une lecture ou interprétation politique de la Loi Mère et les Parlementaires devront en assumer les conséquences pour l'Histoire et devant la Nation. Dans la situation actuelle, la société haitienne se trouve sur le fil du rasoir et n'importe quel prétexte servira de détonateur à une implosion sociale. Des sources fiables de La Saline à Miami nous confirment la possibilité de manifestations de rues majeures d'ici le mois d'août. Mme Pierre-Louis a bien précisé qu'elle n'avait pas de problème à faire des compromis, mais il est clair qu'il lui sera extrêmement difficile d'entrer dans des compromissions politiques, a-t-elle averti [11]. Espérons que les parlementaires comprendront l'urgence pour la population de mettre fin à la crise en ratifiant le plus vite possible un Premier ministre sans lui imposer de chantages. Dans le cas contraire, on devrait en effet s'attendre au pire. Or, ce cas de figure pourrait très bien entraîner la chute de Préval, l'exil d'Alexis et la perte du Parlement. Le reste du pays sera donc plongé dans le chaos le plus total.

Si Madame Duvivier Pierre-Louis est ratifiée, elle devra affirmer son leadership et sa vision de l'avenir du pays dans sa politique générale. À travers cette dernière, elle devra faire un diagnostic perspicace de la situation actuelle du pays et démontrer clairement sa conception de l'État. Ensuite, elle devrait clairement exprimer les actions urgentes à prendre par rapport aux problèmes cruciaux du pays, en l'occurrence l'insécurité, la corruption endémique du Palais National à la Police, en passant par l'UCREF [12], le Bureau de la Protection du Citoyen et la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (CNDDR) qui devraient être les objets d'enquêtes sérieuses. Si le président Préval a promis dans de beaux discours de lutter contre la corruption, dans les actes, il s'est entouré d'hommes peu crédibles et qui s'arrogent tous les droits en ne répondant qu'à lui. Nous énumérerons dans un autre grand dossier les priorités du prochain gouvernement, parmi lesquels la relance de la production nationale et des solutions concrètes face à l'augmentation du coût de la vie et à la crise alimentaire. Le discours de politique générale de Mme Pierre-Louis devrait aussi faire appel à l'ensemble des forces vives de la Nation pour démontrer clairement à la communauté internationale que le sauvetage d'Haiti doit être collectif et ne doit pas reposer sur l'aide étrangère. D'autre part, même si Michèle Pierre-Louis est une amie proche du président, elle devra avoir le courage, si son choix est ratifié par les deux Chambres, de faire la différence entre le domaine public et le domaine privé, car elle tirera sa légitimité du Parlement et non de son amitié avec le président René Préval. Si Madame Pierre-Louis a évolué avec succès dans le secteur des ONG, elle doit aussi prendre conscience que dans le domaine politique, ce sont surtout les résultats qui comptent. Ainsi, elle devra s'entourer d'une équipe compétente pour l'aider à porter sa croix car Préval lui réserve sans doute bien des surprises voire des coups bas. L'adage ne veut-il pas que « la politique dénature et ruine l'amitié [13] » ?

En effet, même en connaissant l'amour et la dévotion de Michèle Pierre-Louis envers notre pays, on se demande qu'est-ce qu'elle est venue faire dans cette galère. La crise que traverse Haiti est profonde et elle n'aura pas le temps de la résoudre puisque dans un an, elle aura à faire face à l'organisation des élections. Ces dernières constituent le seul enjeu qui préoccupe réellement les forces en place, en l'occurrence le Parlement, les partis politiques, le président et l'ex-Premier ministre qui, selon certaines sources, aurait scellé une alliance avec Aristide. Dans ce jeu perfide et bourré de pièges, Michèle Duvivier Pierre-Louis n'aura même pas l'opportunité de prouver ses capacités de gestionnaire, à moins qu'elle puisse arriver à trouver des solutions urgentes et concrètes aux exigences de la population, notamment par rapport à la crise alimentaire et à la cherté de la vie. Pour cela, il faudrait qu'elle fasse montre d'imagination, de créativité et d'inventivité tant sur le plan national qu'au niveau des relations Sud-Sud, tout en conservant de très bons rapports avec les grands pays du Nord. Dans le cas contraire, elle se verra harcelée par des invectives de toutes sortes dont la campagne de diffamation actuelle a déjà tracé la voie. D'autre part, vu l'informalité gouvernementale dans laquelle se délecte René Préval et ses ambitions par rapport à son poulain pour 2011, Michèle Duvivier Pierre-Louis, malgré sa bonne foi, se retrouvera entre l'enclume et le marteau. Si elle accepte de jouer le jeu du président, elle en sera la complice. Dans le cas contraire, elle devra le combattre… et l'on sait ce que cela donnera. Ainsi, des deux côtés, le mal est et sera infini.

Aujourd'hui, la présidence autant que le Parlement sont fragilisés. La situation socio-économique du pays est catastrophique. Michèle Duvivier Pierre-Louis saura-t-elle rétablir l'autorité de l'État qu'on attend depuis 1990 ? Comment pourra-t-elle le faire sans base politique ? Voici des questions cruciales sur lesquelles devrait se pencher l'ensemble de la population aujourd'hui dans un pays où la démocratie demeure introuvable depuis 1986.

« La perversion de la cité commence par la fraude des mots », disait Platon. Or nous avons assisté récemment à cette perversion par des mots sur le Net et sur les murs de la capitale. De son côté, Auguste Detoeuf disait que « la véritable épreuve de l'amitié, c'est le succès : car le malheur ne réclame que du secours et ne risque que la résistance de l'avarice ; tandis que le succès voudrait de l'affection et ne rencontre que l'envie. » Dans les jours ou les mois à venir - selon qu'elle soit ratifiée ou pas- Michèle Duvivier Pierre-Louis pourra soupeser son amitié avec Préval. Et nous tous en jouirons ou nous en payerons les conséquences…

Montréal, le 2 juillet 2008…Jour de la libération d'Ingrid Betancourt.



[1] Marc- Arthur Fils- Aimé, « Haiti : Valse de l'insécurité et politique néolibérale », AlterPresse, le 26 juin 2008

[2] Lyonel Trouillot, « Des moralisateurs qui font honte », Le Matin, 1er juillet 2008

[3] Elle a été Directrice Adjointe de l'Aéroport (1979 - 1982), Directrice de Crédit à la Bank of Nova Scotia (1976 - 1979), ou encore Chargée de l'Administration et des Ressources Humaines à la Société Financière Haitienne de Développement (SOFHIDES - 1983 - 1984)

[4] Portrait de Michèle Pierre-Louis, FOKAL.

[5] Extrait d'une interview accordée à la réalisatrice Michèle Lemoine en 2005.

[6] Haiti Observateur, « Michèle Pierre-Louis est-elle le choix qu'il faut dans la présente conjoncture ? », Haiti Observateur du 2 au 9 juillet 2008.

[7] Lyonel Trouillot, « Des moralisateurs qui font honte », Le Matin, 1er juillet 2008

[8] Ibid.

[9] Réseau National de Défense des Droits des Haitiens

[10] Radio Kiskeya, « Le père Edner Devalcin rattrapé dans sa tombe par son passé controversé », le 22 août 2007.

[11] AlterPresse, « Haiti : Le premier ministre désigné prêt à faire le dépôt de ses pièces au parlement », le 28 juin 2008.

[12] L'Unité Centrale de Renseignements Financiers

[13] Tahar Ben Jelloun, Extrait de l'éloge de l'amitié

Post Reply