Des idées pour l'action par Marc L Bazin: Double Nationalité

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Frantz
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Des idées pour l'action par Marc L Bazin: Double Nationalité

Post by Frantz » Wed Jan 23, 2008 4:03 pm

Double nationalité
par Marc L Bazin
http://www.lenouvelliste.com/blogs/blog.php?r=2#b53

Vers la fin de l'année dernière, le Président de la République créait une Commission de Réforme de la Constitution. Parmi les problèmes à examiner par la Commission figure la double nationalité.

Une image vivante du problème

Pour la majorité de nos contemporains, l'image vivante des tourments et des turbulences que cause le dossier d'accession à la nationalité haitienne, c'est Dumas Siméus. Un beau matin, l'homme débarque. Il n'a pas de femme, pas d'enfants. Il est seul. N'habitant pas en Haiti, il n'a pas de maison. Avec sa mallette, il descend à l'hôtel. Tel un commis voyageur. Il a une collaboratrice mais la dame est Américaine. Elle ne parle ni créole, ni français. Et que veut Siméus ? Il veut être Président de la République. Au Texas, d'où il arrive, il n'était ni shérif, ni Sénateur, ni Ministre. Il n'a jamais été engagé dans une action politique. Sa spécialité : les affaires. Il est réputé prospère. On dit qu'il avait en poche un plan Marshall pour Haiti, un Plan Marshall à un moment où nous n'arrivions déjà pas à dépenser le modeste argent du CCI. Siméus est-il Haitien ? Pas Haitien ? Cela dépend. Tantôt il l'est, tantôt, il ne l'est pas. De toutes façons, Haitien ou pas, on croit comprendre que là n'est pas le problème. Il vient pour nous sauver. D'ailleurs, il est notre seul espoir, car les politiciens en Haiti sont soit des imbéciles, soit des voleurs, le plus souvent, les deux à la fois.


Un obstacle : la Constitution

Mais il y a un problème, la Constitution est très claire. D'une part, elle stipule que la nationalité haitienne se perd par naturalisation acquise en pays étranger et, d'autre part, que la double nationalité, haitienne et étrangère n'est admise dans aucun cas. Sur quoi, la Constitution ajoute: « Pour être Président de la République, il faut être Haitien d'origine et n'avoir jamais renoncé à sa nationalité ». Elle dit cela la Constitution ? Eh oui, c'est vrai, elle dit cela. Mais une Constitution est faite pour être interprétée. On peut lui trouver des contradictions, et de contradictions en contradictions, on peut lui prêter des intentions et même finir par lui faire dire le contraire de ce qu'elle dit. D'ailleurs, Haiti est un pays pauvre. Tout devrait pouvoir s'arranger, n'est-ce pas ? Alors commence la saga. Latortue, Premier Ministre, tient ferme. Boniface, Président, est outragé. La Cour de Cassation, en émoi, est tiraillée : Tchotcho ou pas tchotcho? Certains prennent. D'autres pas. Bientôt, ce sera le cirque. Des juges s'enferment dans une salle et, comme des lycéens, tapent sur les pupitres. Quant au Conseil Electoral, embêté, il se mettra à embêter tout le monde, y compris des Haitiens dont il sait très bien qu'ils n'ont aucun problème de nationalité, en leur imposant un formulaire pensum dans lequel ils doivent raconter leur vie par le détail, passeports à l'appui. Finalement, on arrive au stade où il faut choisir : ce sera soit Siméus, soit les élections. Pas les deux ensemble. Le brouhaha s'apaise, Siméus repart, comme il était venu, emportant avec lui dans l'espace, rêve de présidence et Plan Marshall. De toute évidence, l'ami Dumas s'était trompé de contexte, d'objectif et de stratégie.


Erreur de contexte, d'objectif et de stratégie

J'ai souvent, et longuement, parlé avec Dumas Siméus, à l'étranger, en Haiti, dans des réunions formelles, et à l'impromptu. L'homme est pétri de bonnes intentions. Mieux. Il est doté d'un solide bon sens. Alors, on se demande : comment, à cet homme-là, lucide et éclairé, est-elle venue l'idée, qu'il devait devenir Président de la République en Haiti, et comment s'imaginait-il, une fois Président, pouvoir gouverner de manière indépendante et crédible, ayant deux nationalités ? Il aurait dit : «une fois Président, je renoncerai à ma nationalité américaine ». Ce qui en clair signifiait : «Je veux bien être Haitien mais à condition d'être Président ». Position sans noblesse, mais nette et sans état d'âme.

Pour percer les mystères de cette extravagante démarche, comment elle est née, comment elle a germé, grandi et prospéré dans l'esprit de Dumas Siméus, nous avons passé en revue toutes les hypothèses. Celle, classique et typiquement haitienne, que son grand père, agonisant, lui avait prédit un grand destin, celle de la Vierge Marie qui lui serait apparue en rêve, avec à la main, une photo du Palais National, celle enfin de l'effet nocif de la petite poignée d'opportunistes qui espéraient « manger son argent », en se réservant d'en faire plus tard un Président marionnette. Chacune de ces hypothèses a son mérite et aucune ne peut être écartée d'emblée, d'un revers de main. Mais, même prises ensemble, elles n'épuisent pas le phénomène. Car, enfin tout de même, vouloir être Président d'un pays dont, selon la loi mère, on n'a pas la nationalité, c'est ou bien le signe qu'on ne doit pas réfléchir comme tout le monde ou bien qu'on est sous le coup d'une impulsion soudaine, irrésistible et incontrôlable. J'opte pour l'impulsion soudaine. Elle agirait comme l'expression de l'impuissance révoltée contre l'abaissement de la Nation. Cette impuissance en révolte prendrait principalement sa source dans le fossé qui s'est creusé entre Haitiens les uns vis-à-vis des autres, selon qu'ils vivent en Haiti, ou à l'étranger. Tout d'abord, il n'est pas facile de faire la distinction. Tel, aujourd'hui en Haiti, était, hier encore, diaspora. Quand cesse-t-on d'être diaspora ? Mystère et boule de gomme. Il n'empêche. Ceux qui vivent en dehors du pays, ne «comprennent » pas que ceux du dedans ne changent pas les choses. Ils les considèrent comme des « méchants ». Ceux du dedans pensent que les gens de l'extérieur sont des naifs « qui ne connaissent pas les réalités du terrain ».


Frustration et révolte devant l'impuissance

Ainsi s'est progressivement développé, chez les élites haitiennes de l'étranger, ce sentiment qu'elles ne comptent pas, qu'elles ne servent à rien, qu'on les ignore alors que, grâce à leur expérience et à l'argent gagné à l'étranger, elles auraient une contribution à faire. Ayant réussi à l'étranger, ces Haitiens veulent être connus et reconnus chez eux, dans ce cher et petit pays, qu'au fond, ils n'ont peut-être jamais quitté que pour mieux le servir. Vu sous cet angle, le problème que posent les Haitiens de l'étranger, c'est celui de leur participation effective et régulière aux affaires du pays et, dans une telle hypothèse, la double nationalité, que j'appuie, ne serait qu'une solution partielle.


Organiser la double nationalité

Tout d'abord, il ne suffira pas de l'octroyer, il conviendra de l'organiser. Admettre et consacrer le principe de la double nationalité, c'est une chose. Autre chose est de déterminer les privilèges auxquels, une fois obtenue, elle donnerait droit. Aux USA, Kissinger et Swartzennegger seront bien Ministre et Gouverneur mais jamais Président de la République, car étant nés à l'étranger. Telle que nous la concevons, la double nationalité ouvrirait chez nous droit à certains privilèges et donnerait accès à des fonctions déterminées, pas n'importe lesquelles, et ce, sur une période plus ou moins longue. Admettre l'idée que la première fonction à briguer par le bénéficiaire de la double nationalité puisse être la Présidence de la République équivaudrait à passer d'un excès dans l'autre, de l'absence de droit au droit le plus élevé, sans transition et sans délai. Nous pensons, au contraire, que l'accès à certaines charges ne devrait être autorisé qu'après des délais bien calibrés, en fonction de l'importance et de la nature du poste recherché. Dans un tel délai d'attente, les aspirants à la double nationalité ne devraient voir ni sanction, ni purgatoire mais un temps d'incubation qui leur permettrait de s'adapter aux rigueurs du climat local, ce qui garantirait le maintien dans l'emploi et découragerait la fuite, à la première déconvenue.


Rapatrier la diaspora

Solution partielle, la double nationalité, à elle seule, serait également une solution superficielle. Occuper des fonctions publiques en Haiti n'est pas la préoccupation majeure de la grande masse des Haitiens vivant à l'étranger. Les Haitiens de l'étranger, dans leur immense majorité aspirent à voir qu'existe un Etat dont ils soient fiers, qui créé en Haiti des conditions de vie qui les encouragent à rester vivre chez eux, qui travaille à améliorer leurs conditions de travail à l'étranger, les protège et les défende quand ils sont menacés dans leurs biens et leur sécurité, et qui les aide à valoriser leurs transferts financiers.

À cet effet, il faudra mettre en place des passerelles de communication Etat haitien-Diaspora, créer tout un tissu de relations, d'institutions et de mécanismes dont la finalité serait d'intégrer la diaspora dans la Nation et la Nation dans la diaspora. À la limite, ce dont il s'agirait c'est de ne pas laisser se perpétuer une situation dans laquelle les Haitiens de l'extérieur, à force d'être frustrés de ne pas être mis à contribution et, subissant l'attraction de l'impulsion soudaine, ne voient, comme Siméus, d'autre moyen d'échapper à l'anonymat et à l'inaction qu'en commençant par vouloir frapper un grand coup. Il nous faut donc mettre en place entre les deux groupes des courroies de communication qui créent le sentiment permanent d'une solidarité et d'une identité partagées. Pour mettre en place de telles courroies, il nous faut aller au-delà de la double nationalité. Il nous faut concevoir une véritable politique de la migration qui vise à rapatrier la diaspora. Tel est l'objet de notre prochain article.

Serge
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Post by Serge » Thu Jan 24, 2008 10:37 am

Marc Bazin dixit:

"À cet effet, il faudra mettre en place des passerelles de communication Etat haitien-Diaspora, créer tout un tissu de relations, d'institutions et de mécanismes dont la finalité serait d'intégrer la diaspora dans la Nation et la Nation dans la diaspora."

Cette remarque de Marc Bazin n'aurait pas pu être plus à point. Et c'est précisément l'un des domaines où le Gouvernement est le plus déficient: la communication. Pas de communication sur le plan interne; pas de communication entre l'intérieur et l'extérieur. Un Ministère des Haitiens à l'étranger dont on se demande quel est le rôle, d'où la frustration dont parle Marc Bazin. C'est une vraie tragédie pour notre pays qui voit cette énergie se gaspiller, au lieu d'être canalisée vers cette intégration qui est impérative.

Ce n'est pas la mer à boire, mais nous autres Haitiens, avons cette manie de toujours vouloir réinventer la roue, alors que l'on pourrait s'inspirer de plusieurs exemples de pays dans des situations similaires à travers le monde: Israël, Corée du Sud, l'Amérique centrale etc. et efffectuer les adaptations nécessaires à notre situation particulière. Mais, il faudrait tout d'abord cette volonté politique et surtout, cette vision si importante permettant de voir le grand tableau dans le long terme.

Serge

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